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Imamoglu, l'outsider qui a soufflé la mairie d'Istanbul à un fidèle d'Erdogan

Ekrem Imamoglu lors de la campagne des municipales, le 28 mars 2019 à Istanbul.
Ekrem Imamoglu lors de la campagne des municipales, le 28 mars 2019 à Istanbul. Murad Sezer, Reuters

Élu maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, 49 ans, est en passe de devenir l'un des opposants au président Recep Tayyip Erdogan les plus en vue. À quatre ans de la présidentielle, certains lui prédisent des ambitions nationales. Portrait.

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Quasiment inconnu en Turquie avant de se lancer dans la courses aux municipales à Istanbul, Ekrem Imamoglu, 49 ans, a réalisé un exploit. Candidat commun des partis d'opposition CHP (le "Parti républicain du peuple") et Iyi ("Le Bon Parti"), il est parvenu à arracher la mairie centrale de la ville la plus riche et la plus peuplée du pays à l’AKP, à la manœuvre depuis 15 ans. Selon les résultats officiels rendus publics mardi 2 avril, Ekrem Imamoglu a gagné avec 24 000 voix d’avance, une paille quand on sait qu’Istanbul compte 10 millions d'inscrits sur les listes électorales. Mais cette courte victoire relève en réalité du tour de force, car Ekrem Imamoglu avait face à lui une machine de guerre en la personne de Binali Yildirim, 63 ans.

>> À lire aussi : Municipales en Turquie: les votes recomptés dans certains districts d'Istanbul

Poids lourd du Parti de la justice et du développement (AKP), proche de la première heure de Recep Tayyip Erdogan dont il fut Premier ministre, ce dernier faisait figure de grand favori dans la course à la mairie la plus convoitée de Turquie. Il faut dire qu’Erdogan avait mis tout son poids dans ces municipales en affirmant notamment que la "survie de la nation" était en jeu. Juste avant le scrutin stambouliote, le "raïs" ("le chef") a, d’ailleurs, prononcé en personne pas moins de 14 discours en deux jours aux quatre coins de la ville. Ajoutant à cela la couverture écrasante des médias à la solde de l’AKP, et la victoire semblait assurée. Sans même attendre les résultats, de grandes affiches avec les portraits de Binali Yildirim et Recep Tayyip Erdogan ont d’ailleurs été placardées un peu partout au cours de la nuit de dimanche à lundi avec l’inscription "merci Istanbul", avant d’être retirées dans la matinée.

Une campagne inéquitable… dont il a su tirer avantage

Face au rouleau compresseur de l’AKP, Ekrem Imamoglu a su tirer son épingle du jeu. Dans un entretien accordé à l'AFP en mars, il voyait sa discrétion comme un "avantage" en jugeant que la "société a depuis peu érigé un mur autour de ceux qui sont déjà connus en politique". Devant l’iniquité des conditions de campagne, il estimait aussi avoir d’autres armes pour faire passer son message : "Nous avons les réseaux sociaux qui sont pour l'instant laissés tranquilles" par le pouvoir. "Mais ma principale arme sur le terrain, c'est la technique plurimillénaire du bouche-à-oreille", avait-il ajouté.

Lors d’une visite de campagne au grand bazar d’Istanbul, il a ainsi marqué des points en donnant l’accolade à un vieux partisan de l’AKP qui refusait initialement de lui serrer la main. Dans un paysage politique très fracturé, cette courtoisie envers les électeurs de l’autre bord a détonné, de même que sa rhétorique rassembleuse, à mille lieues de la rudesse d’Erdogan. Ekrem Imamoglu, dans la lignée de son slogan "Istanbul senin" ("votre Istanbul"), a ainsi assuré en revendiquant la victoire qu’il serait "le maire de tous", y compris de ceux qui n’ont pas voté pour lui.

>> Lire aussi sur France 24 : "Défaite de l'AKP à Istanbul : 'Plus qu'un symbole, un avertissement pour Erdogan'"

Face au curriculum d’homme d'État de Binali Yildirim, Ekrem Imamoglu, qui a étudié l'administration des affaires à l'université d'Istanbul, a joué la carte de la proximité, en mettant en avant son bilan dans l’arrondissent de Beylikdüzü où il a été élu maire il y a cinq ans sous la bannière du CHP, après avoir travaillé pour l'entreprise de construction familiale.

Le futur adversaire d’Erdogan en 2023 ?

En accédant au siège de maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu acquiert une visibilité rare pour un opposant en Turquie. Encore inconnu avant les municipales, certains lui prêtent déjà un avenir national. Il faut dire que tout le monde a en tête un précédent : c'est une fois élu maire de l'ancienne capitale ottomane, de 1994 à 1998, qu’Erdogan a lancé sa carrière politique à l'échelle nationale. Jusqu’à ce scrutin, le "raïs" a d’ailleurs toujours dit : "Gagner Istanbul, c'est gagner la Turquie".

Alors qu'Erdogan a pour objectif de se faire réélire en 2023 pour le centenaire de la république de Turquie, Ekrem Imamoglu peut-il dans quatre ans être en position de "gagner la Turquie" ? Rien n’est moins sûr, selon Guillaume Perrier, journaliste, ancien correspondant en Turquie et auteur du livre "Dans la tête d'Erdogan" (éd. Actes Sud), joint par France 24. "La mairie d’Istanbul peut être un tremplin national, mais ce n'est pas nécessairement le cas non plus", souligne-t-il en relevant qu’il est encore un peu tôt pour se faire une idée de l’envergure politique de Ekrem Imamoglu. Par ailleurs, il faut relativiser, selon lui, la capacité du CHP à transformer cette victoire au plan national : "Cette opposition est, depuis 15 ans, une 'machine à perdre' et ne constitue pas une alternative crédible à Erdogan, pour le moment. La clé ,c'est l'unité de toute l'opposition, avec les Kurdes, ce qui n'est pas fait, loin s'en faut".

Les médias pro-AKP ont déjà commencé leur campagne de dénigrement en accusant, mercredi, Ekrem Imamoglu de "putsch dans les urnes".

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