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La minijupe de Mary Quant, de l’outil d’émancipation à la pièce de musée

Des modèles de robes courtes et de minijupes créées par Mary Quant entre 1955 et 1975, exposés pour la première fois, au Victoria & Albert Museum de Londres, le 6 avril 2009.
Des modèles de robes courtes et de minijupes créées par Mary Quant entre 1955 et 1975, exposés pour la première fois, au Victoria & Albert Museum de Londres, le 6 avril 2009. Adrian Dennis, AFP

La célèbre styliste Mary Quant est à l’honneur depuis samedi au Victoria & Albert Museum de Londres. Parmi les 200 pièces exposées, sa fameuse minijupe qui a marqué l’histoire de l'émancipation des femmes.

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Elle est à l’origine des robes tabliers, des imperméables en PVC, et plus largement, de la "streetwear" – littéralement, la mode de rue. Mary Quant, la styliste britannique des "sixties", aujourd’hui âgée de 85 ans, est à l’honneur, depuis samedi 6 avril, au Victoria & Albert Museum de Londres (V&A). C’est la toute première fois qu’une exposition est consacrée aux créations de celle qui est surtout connue pour avoir popularisé la minijupe, outil d’émancipation pour la femme occidentale.

Aujourd'hui incontournable, la minijupe est sulfureuse à ses débuts. Son apparition, en 1964, est vécue comme un choc. Le vêtement, dévoilant les genoux des femmes (voire leurs cuisses), s’attire les foudres d’une partie de la société, qui crie au scandale.

Londres vit à l’heure des "Swinging Sixties", cette décennie charnière pour la mode et la pop culture qui fait encore fantasmer. Ses symboles ? Les Beatles, la Mini (Cooper), et la minijupe.

Renouveau d’après-guerre

Fille de mineurs, Mary Quant ouvre sa première boutique en 1955 après des études d’art, accessibles depuis peu à la classe ouvrière. Son célèbre "Bazaar", situé à King’s Road (quartier de Chelsea, à Londres), lui permet de se faire connaître et de créer ses premières pièces. Des tenues qui s’inscrivent comme une réaction aux années de disette qu’a connues la Grande-Bretagne de l’après-guerre, alors que le rationnement n’a cessé que depuis quelques mois.

Dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pays sort tout juste de la pénurie. La société aspire au changement : s’ouvre alors une période propice au renouveau, que Mary Quant entend marquer à grands coups de ciseaux. La mode doit être accessible, confortable, elle doit libérer physiquement les femmes. Les années 1960 marquent en effet l’arrivée en masse des femmes sur le marché du travail, et de plus en plus dans des métiers dits masculins. Sa première minijupe, Mary Quant disait l’avoir dessinée pour "permettre aux femmes de courir après un bus".

Confectionnés en masse, les minijupes et shorts de Mary Quant, dont les coupes empruntent à la mode masculine, favorisent la libération de la femme mais aussi une démocratisation de la mode dont Londres, grâce à ses artistes et créateurs, devient l’un des emblèmes.

Fossé entre deux générations

Incarnation de l’anticonformisme, la minijupe matérialise la rupture entre la nouvelle génération et celles d’avant. Les jeunes filles voient en elle un moyen de s’émanciper, de gagner et afficher leur liberté. Leurs parents, horrifiés devant tant d’indécence et de vulgarité, ne peuvent se résoudre, eux, à laisser sortir leur progéniture les jambes nues. D’autant que parfois, la créatrice jouant avec les matières et les formes, la jupe de Quant n’est pas que mini, elle est aussi moulante.

"Les messieurs en chapeau melon frappaient sur nos vitrines avec leurs parapluies en criant 'Immoral et dégoûtant !' à la vue de nos minijupes sur les collants, mais les clients affluaient pour acheter", raconte Mary Quant dans son autobiographie.

Le vêtement fait fureur. Les plus conservateurs, attachés aux robes longues (sous le genou), veulent la peau de ce petit bout de tissu. En vain : la minijupe se porte. Mieux, elle s’exporte.

"Une nouvelle espèce de superwomen"

En 1967, la minijupe traverse la Manche et se retrouve à Paris où elle est enfilée par des références du cinéma français, telles que Catherine Deneuve et Brigitte Bardot. L’engouement est viral et la scène artistique française s’empare du phénomène. Les plus grandes icônes nationales affichent leurs jambes surmontées de la fameuse, l’osée minijupe, popularisée en France (et dans le monde occidental) par le couturier André Courrèges, qui sera le premier à proposer la minijupe lors d’un défilé de haute-couture en 1965. "Ni moi, ni Courrèges n’avons eu l’idée de la minijupe. C’est la rue qui l’a inventée", déclarait Mary Quant, dont le penchant pour la mode de rue et le "sportswear" (vêtements inspirés du monde du sport) a fait d’elle une véritable avant-gardiste.

"Une nouvelle espèce de superwomen est apparue", écrit-elle dans "My Autobiography" (2012). "Elles évoluent comme des athlètes et s’assoient comme des hommes avec les genoux écartés. Leurs enfants prennent le nom de leur mère (…). Elles ont le contrôle."

Enfin imposée, tout juste acceptée, la minijupe s’efface quelque temps, laissant place à des modèles plus audacieux comme la fameuse jupe fendue, et disparaît presque totalement dans les années 1970 (les années hippies), face au retour du pantalon. Véritable symbole de féminité et d’indépendance, elle fait son grand retour dans les années 1980, parée de couleurs vives et de formes géométriques. Hommage à ces "sixties" qui l’ont vue naître.

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