Accéder au contenu principal
PORTRAIT

Pete Buttigieg, le démocrate du Midwest qui pourrait être "l'antidote à Trump"

Pete Buttigieg lors d'un discours à San Francisco le 28 mars 2019.
Pete Buttigieg lors d'un discours à San Francisco le 28 mars 2019. Justin Sullivan, Getty Images/AFP

S'il parvenait au bureau Ovale, le candidat démocrate Pete Buttigieg serait le plus jeune et le premier homosexuel à devenir président américain. Ce maire intello explose dans les médias et espère faire de même dans les sondages. Portrait.

PUBLICITÉ

Son nom de famille est réputé imprononçable, alors les Américains l'appellent "Mayor Pete". Pete Buttigieg ("Boud-edgèdge", selon le principal intéressé) est la coqueluche du moment parmi les candidats démocrates aux primaires de 2020. Non pas tant en matière d'intentions de vote – il est passé de 1 % mi-mars à 5 % début avril, pour une moyenne située à 2,9 %, selon divers sondages – mais pour la rapidité avec laquelle il a réussi à occuper le terrain médiatique.

Encore inconnu il y a quelques semaines, le maire de la petite ville de South Bend, dans l'Indiana (nord des États-Unis), figure désormais dans le top cinq des observateurs de la course à la Maison Blanche. Il a lancé fin janvier un comité exploratoire pour sa candidature, qu'il doit officialiser en grande pompe ce week-end.

>> À lire aussi : "Beto O'Rourke, l''Obama blanc' à l'assaut de la Maison Blanche"

Son premier coup d'éclat date du 10 mars, lors d'une réunion publique organisée par CNN. Chemise blanche, cravate colorée : l'homme a surpris l'audience par son style décontracté, son côté terre à terre, son esprit vif et sa fraîcheur – il n'a que 37 ans. David Axelrod, l'ancien conseiller de Barack Obama, a tweeté qu'il avait "rarement vu un candidat utiliser aussi bien" ce format "town hall" où les candidats sont interrogés par des citoyens.

Son manque d'expérience politique n'est-elle pas un problème ? À cette question du public, Pete Buttigieg a répondu simplement en enfilant sa casquette de maire d'une ville de 100 000 habitants : "Nous serions mieux lotis si Washington ressemblait davantage aux villes les mieux gérées du pays !" Applaudissements. "On n'a jamais vu une ville faire un shutdown en cas de désaccord politique", a-t-il raillé, en référence à la fermeture des administrations fédérales décidée par le président Trump en décembre. Sa performance fut tellement convaincante qu'il avait déjà levé 600 000 dollars de la part de 22 000 donateurs 24 heures après l'émission.

Un polyglotte passé par Harvard et Oxford

Depuis, il continue d'intriguer les médias à coups de meetings et d'interventions remarquées. Au premier trimestre 2019, il a réussi à récolter 7 millions de dollars, derrière ses concurrents Bernie Sanders (18,2 millions), Kamala Harris (12 millions) et Beto O'Rourke (9,4 millions). Une performance surprenante pour un candidat qui n'est soutenu par aucune "machine" politique. "Il est partout, il est authentique, intéressant et inattendu dans son message – ce qui en fait à la fois le chouchou des médias et une source de curiosité pour les électeurs", affirme la stratège démocrate Christy Setzer au site politique The Hill.

Son profil érudit plaît beaucoup aux progressistes. Ses deux parents étaient des universitaires. Son père, arrivé de Malte dans les années 1970, était le traducteur du théoricien marxiste italien Antonio Gramsci. Sa mère était linguiste. Lui-même est diplômé de Harvard avec les félicitations du jury. Il est aussi passé par Oxford après avoir remporté la prestigieuse bourse Rhodes. Seulement 32 candidats, la crème de la crème des étudiants, ont cette opportunité chaque année aux États-Unis.

>> À lire aussi : "Les femmes démocrates ouvrent le bal des candidatures à la Maison Blanche"

Il parle sept langues dont le français et a appris le norvégien tout seul. Et comme cela ne suffisait pas, il joue aussi du piano et de la guitare. De quoi lui coller l'étiquette d'intello, ce qui ne réussit pas toujours aux candidats à la présidence. Parmi sa liste de livres préférés, "Ulysse", de James Joyce, figure en première position. "Rien que pour ça, il ne peut pas gagner", plaisante un diplomate français, en référence à la réputation pour le moins hermétique du chef d'œuvre irlandais.

Pete Buttigieg est difficile à placer dans une case prédéfinie. Son ébauche de programme est plutôt progressiste : il soutient une réforme sur les armes à feu, veut agir contre le changement climatique et pour les droits des personnes transgenres. Il soutient aussi l'idée d'une assurance santé publique universelle, souhaite abolir le collège électoral et réformer la Cour suprême. Sa grande idée est la "justice entre générations" : selon lui, la jeune génération est victime de la vision à court terme des anciens sur le climat et l'économie.

La carte du Midwest

Pourtant, "ses racines du Midwest peuvent l'aider" à convaincre au-delà du champ démocrate, parie Constance Mixon, politologue à l'Elmhurst College de Chicago et spécialiste de la polarisation de la vie politique américaine. "Pete Buttigieg est le maire d'une ville post-industrielle dans un État remporté par Barack Obama en 2008 et Donald Trump en 2016. Il peut attirer les électeurs qui se sentent délaissés par les politiciens nationaux et par une économie mondialisée", ajoute la chercheuse interrogée par France 24, qui considère l'élu comme un potentiel "antidote à Trump".

>> À lire aussi : "Dans l'Illinois, les agriculteurs otages de la guerre commerciale avec la Chine"

Pete Buttigieg est aussi un vétéran de la Navy respecté qui a servi sept mois en Afghanistan. Peut-être est-ce ce qui lui vaut la sympathie d'une partie inattendue des républicains. Le commentateur conservateur Ben Shapiro l'a ainsi qualifié de "sympa et rafraîchissant", saluant auprès du site Politico sa volonté de s'adresser à ceux qui ne sont pas de son bord politique. Le républicain Newt Gingrich a prévenu ses camarades qu'ils feraient bien de prêter attention à ce nouveau venu qui pourrait être "l'outsider inconnu qui monte grâce à son authenticité".

La directrice de campagne de Pete Buttigieg a d'ailleurs annoncé à Politico que le candidat ferait bientôt des apparitions dans des médias "que les démocrates tendent à ignorer". Le message : respecter l'adversaire, même si on n'est pas d'accord avec lui.

Un démocrate qui prend la religion au sérieux

Sur la religion, dont il parle sans complexe, la relation avec les conservateurs est plus compliquée. Pete Buttigieg accuse les évangéliques d'être des moralisateurs "hypocrites" puisqu'ils utilisent leur foi pour justifier leur vote pour Donald Trump. Or ce dernier est mêlé à des scandales sexuels et revendique sa dureté envers les migrants. Pour Pete Buttigieg, les Évangiles incitent au contraire à "protéger l'étranger, le prisonnier, le pauvre". "En résumé, Buttigieg dit aux démocrates qu'ils ne devraient rien lâcher aux républicains sur le thème de la foi et des valeurs. Non pas (ou pas seulement) parce que Trump est une personne sordide, mais parce que les politiques avancées par les démocrates sont en adéquation avec nos plus profondes traditions religieuses", écrit l'éditorialiste Jennifer Rubin dans le Washington Post.

Le fait qu'il soit d'obédience épiscopale (une branche modérée du protestantisme) gène certains commentateurs évangéliques qui ont déjà commencé à l'étiqueter comme un "faux chrétien". "Si Buttigieg pense que les évangéliques devraient le soutenir lui plutôt que Trump, il ne comprend fondamentalement pas les racines de la chrétienté", a ainsi tweeté le commentateur conservateur Erick Erickson.

Pour finir de repousser les plus intolérants, Pete Buttigieg est ouvertement homosexuel. Il a fait son coming out dans une tribune publiée en 2015. Son mari, Chasten Glezman, est professeur dans une école Montessori. "J'aimerais que tous les Mike Pence du monde puissent comprendre que… si vous avez un problème avec ce que je suis, votre problème n'est pas avec moi. Votre querelle, monsieur, est avec mon créateur", a-t-il lancé début avril, en référence à l'homophobie notoire du vice-président américain. Une punchline très remarquée dans un pays où religion et identité sont devenus des thèmes incontournables.

"Il y a dix ans, un maire ouvertement gay d'une petite ville du Midwest n'aurait pas été pris au sérieux s'il avait annoncé sa candidature à la Maison Blanche, relève Constance Mixon auprès de France 24. Le fait qu'il fasse partie des concurrents aujourd'hui est la preuve d'un changement d'époque et de démographie aux États-Unis."

Cette page n'est pas disponible.

Il semblerait qu'il y ait une erreur de notre côté et que cette page ne soit pas disponible. Nos équipes vont se pencher sur la question pour résoudre ce problème au plus tôt.