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En Israël, Benjamin Netanyahu enterre la gauche

Le leader du Parti travailliste Avi Gabbay n'a pas réussi à empêcher la déroute de la gauche israélienne lors des élections législatives du 9 avril 2019..
Le leader du Parti travailliste Avi Gabbay n'a pas réussi à empêcher la déroute de la gauche israélienne lors des élections législatives du 9 avril 2019.. Amir Cohen, Reuters

Les partis de gauche en Israël ont vécu la pire défaite de leur histoire lors des élections législatives de mardi. Cette déroute montre à quel point la gauche israélienne n’est plus adaptée à son époque, estiment les experts contactés par France 24.

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À gauche, rien ne va plus en Israël. Alors que le champion de la droite Benjamin Netanyahu devrait être reconduit pour la cinquième fois d’affilée au poste de Premier ministre, les deux principales formations de gauche – le Parti travailliste et Meretz – ne devraient pas avoir plus de dix sièges à la Knesset à l’issue des élections législatives du 9 avril. La pilule est particulièrement dure à avaler pour les travaillistes, dont le nombre de sièges a été divisé par quatre depuis l’élection de 2015.

"C’est le pire résultat de l’histoire de la gauche israélienne. Le Parti travailliste – qui a établi l’État hébreu – ne va quasiment plus avoir d’influence sur la politique du pays", résume Yossi Mekelberg, directeur du département des relations internationales de la Regent’s University de Londres et spécialiste d’Israël, contacté par France 24. Tamar Herman, une politologue israélienne qui établit l’indice de la démocratie israélienne depuis 2010, confirme le diagnostic : "Il y a eu les élections de 1977, lorsque le Parti travailliste a pour la première fois dû céder le pouvoir au Likoud, et celles de 2019 qui, d’un point de vue des résultats, sont encore pires pour la gauche."

Longue liste de reproches

La déroute était en partie annoncée. Benny Gantz, le principal opposant à Benjamin Netanyahu, n’était pas issu des rangs de la gauche, mais de l'alliance "Bleu-blanc" (Kahol Lavan), constituée de plusieurs formations centristes. La plupart des études d’opinion effectuées durant la campagne ont aussi confirmé que les Israéliens penchaient de plus en plus à droite. Un sondage de l’Institut de la démocratie israélienne a démontré qu’en quinze ans, la part de la population se revendiquant de gauche est passée de près de 30 % à seulement 12 %, rapporte le quotidien de centre-gauche Haaretz. Même les fidèles du Parti travailliste ont en partie voté pour Benny Gantz, convaincus qu’il était leur meilleur espoir pour faire barrage à Benjamin Netanyahu. "La liste 'Bleu-Blanc' a pris beaucoup de voix à la gauche traditionnelle", confirme Yossi Mekelberg.

Mais l’ampleur de la défaite n’était pas anticipée. Les sondeurs prévoyaient jusque début avril que les partis de gauche réussiraient à limiter la casse avec 15 à 20 sièges. Il faut dire que la liste des reproches qui leur sont adressés était longue. "Il y a d’abord eu une erreur claire de casting", assure le chercheur de la Regent’s University de Londres. Le leader du Parti travailliste, Avi Gabbay, un ancien membre du parti centriste Koulanou et homme d’affaires, "n’a pas réussi sa transition du secteur privé vers la sphère politique", souligne cet expert.

Sa campagne a constitué une "défaite morale pour la gauche", juge Tamar Herman. Pour elle, le candidat a davantage "essayé d’imiter les méthodes et techniques de la droite [comme les attaques personnelles]" que de développer un projet de gauche.

La tentative d’Avi Gabbay de se poser en principal pourfendeur d’un Benjamin Netanyahu qui serait corrompu (le Premier ministre est visé par plusieurs enquêtes pour corruption) n’a pas porté ses fruits. Essentiellement parce que le créneau était déjà occupé avec succès par Benny Gantz.

Montée du populisme

Lorsque la gauche s’est hasardée sur le terrain des propositions, elle "n’a pas non plus réussi à se montrer pertinente", estime Tamar Herman. Pour cette politologue, "les deux partis de gauche n’ont pas évolué dans leur discours qui ne sont plus adaptés aux attentes des électeurs". Elle en veut pour preuve la question palestinienne : "La gauche plaide toujours pour le principe de deux États, mais n’apporte aucune réponse, par exemple, à la question de savoir s’il faut se comporter différemment avec l’OLP et le Hamas."

Mais tout n’est pas non plus de la faute des candidats de gauche. Benjamin Netanyahu, même soupçonné de corruption, incarne un pays "qui va très bien économiquement, n’a pas de souci sécuritaire majeur et a réussi à se faire une place sur la scène internationale où le Premier ministre sortant est soutenu aussi bien par Donald Trump que Vladimir Poutine, tout en étant reçu en grande pompe par le Premier ministre indien Narendra Modi", résume Tamar Herman.

Pour ces deux experts, le Parti travailliste et Meretz souffrent aussi du même mal que les gauches partout ailleurs : la montée du populisme de droite. "Le monde dans lequel nous vivons est clairement plus adapté à un politicien [populiste] comme Benjamin Netanyahu", affirme Yossi Mekelberg. "Les mêmes interrogations identitaires qu’on retrouve en Europe ou aux États-Unis traversent aussi la société israélienne", renchérit Tamar Herman. Des questions auxquelles Benjamin Netanyahu est mieux armé pour répondre. Le logiciel idéologique de gauche n’est, là encore, pas "adapté pour répondre à la question de ce qu’est l’identité israélienne", juge la politologue israélienne. Pour Yossi Mekelberg, le verdict électoral ne laisse guère de choix à ces partis : "Soit ils se réunissent pour tirer les conséquences de tout ce qui est allé de travers, soit c’est la fin de l’histoire pour eux."

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