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Une femme vêtue de blanc, symbole de la révolte soudanaise

Photo postée sur Twitter par @lana_hago, le 9 avril 2019.
Photo postée sur Twitter par @lana_hago, le 9 avril 2019. Lana H. Haroun, Reuters

À Khartoum, les images d’une femme vêtue de blanc, exhortant la foule à se révolter contre le régime d’Omar el-Béchir, font le tour des réseaux sociaux. Dans ce mouvement de protestation politique, les femmes occupent les premiers rangs.

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"Thawra !", "Révolution !" scande une foule en réponse aux exhortations d’une femme habillée de blanc et juchée sur une voiture à Khartoum. Les images prises au milieu des manifestants de cette chantre des revendications anti-gouvernementales sont devenues populaires sur les réseaux sociaux, frappés par le charisme de cette "Kandaka", cette "reine nubienne", surnom donné aux femmes qui forment la majorité des cortèges appelant à la destitution du président Omar el-Béchir. Plusieurs médias arabophones désignent cette nouvelle effigie de la révolution sous le nom de Ala'a Salah (آلاء صلاح).

D’après Hind Makki, qui observe sur le compte @SideEntrance la place des femmes dans les mosquées et lieux de culte musulman, la femme "porte une robe blanche comme en portaient nos mères et grand-mères dans les années 60, 70 et 80, lors des grandes manifestations contre les précédentes dictatures militaires". Cet habit de coton blanc était en effet porté par les femmes lors des mouvements populaires de 1964 et 1985 au Soudan.

L’appellation "Kandaka", "c'était le titre des reines mères du royaume de Koush, qui a érigé des dizaines de pyramides à trois heures de route au nord de Khartoum, et donné au pays, juste avant l’ère chrétienne, une impératrice qui avait défait les légions romaines d’Auguste", rappelle Jean-Philippe Rémy, dans Le Monde.

Or, explique le journaliste, les femmes sont à la pointe de ce mouvement de protestation populaire contre le régime d’Omar el-Béchir, tout comme elles sont majoritaires sur les bancs des universités – à hauteur de "76 %", d’après un professeur cité dans l’article du Monde. "Elles sont majoritaires presque partout, même en médecine, en architecture, en agriculture. Elles sont plus éduquées que les hommes et leur place est, à l’inverse, plus petite. Il est évident que c’est intolérable !", poursuit cet universitaire.

Le Soudan connaît depuis plus de trois mois des manifestations, dirigées initialement contre une hausse du prix du pain avant de se transformer en contestation du régime d'Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans. Des dizaines de personnes ont été tuées depuis le début du mouvement et des milliers de manifestants ont été arrêtés.

>> À voir : Retour sur trois mois de manifestations et de révolte au Soudan

Lors de précédentes manifestations en mars, une jeune manifestante nommée Eiman raconte, sur RFI, que les femmes représentent désormais la moitié des Soudanais qui descendent dans la rue. "Ce gouvernement opprime les femmes et essaye de restreindre leurs droits, affirme-t-elle. Les femmes sont constamment harcelées, soit à cause des vêtements qu’elles portent, ou parce qu’elles sont dans la rue tard le soir, ou dans un café, ou dans un lieu public. Elles sont victimes de discrimination au travail. D’ailleurs le gouvernement cherche à les empêcher de travailler, pour qu’elles restent à la maison et soient des femmes aux foyers. Donc chacune d’entre nous a une raison différente pour vouloir aller manifester contre ce régime. (...) C’est une opportunité pour nous les femmes de nous faire entendre, de faire passer un message aux hommes, aux médias, et à la communauté internationale."

Cette présence des femmes sur le front de la contestation du pouvoir d’Omar el-Béchir est d’autant plus notable que le régime tient des positions très conservatrices sur les droits des femmes, écrit Jeune Afrique, qui rappelle que le Soudan est l’un des rares pays au monde à ne pas avoir signé la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, adoptée par l’Assemblée générale des Nations-unies en 1979.

Depuis le début des contestations, Omar el-Béchir refuse de démissionner. Après avoir tenté de réprimer la contestation par la force, il a instauré le 22 février l'état d'urgence dans tout le pays. La mobilisation avait alors nettement baissé, jusqu'à la journée de samedi, date marquant l'anniversaire de la révolte du 6 avril 1985 qui avait permis de renverser le régime du président Jaafar al-Nimeiri. Au moins 38 manifestants ont été tués depuis le début de la contestation.

Avec AFP

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