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L'agriculteur français Paul François remporte une nouvelle victoire contre Monsanto

L'agriculteur français Paul François lors d'une conférence de presse à la suite de la condamnation du géant américain Monsanto, à Paris, le 11 avril 2019.
L'agriculteur français Paul François lors d'une conférence de presse à la suite de la condamnation du géant américain Monsanto, à Paris, le 11 avril 2019. Jacques Demarthon, AFP

L'agriculteur français Paul François a remporté une 3e victoire contre Monsanto, jeudi, devant la cour d'appel de Lyon. La firme a été reconnue responsable de ses problèmes de santé. Il appelle les politiques à "prendre leurs responsabilités".

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"Il y aura un avant et un après". C'est ainsi qu'a réagi Paul François, l'agriculteur français qui a remporté, jeudi 11 avril, une troisième bataille judiciaire contre la firme américaine Monsanto, filiale du groupe allemand Bayer, dont la responsabilité a été reconnue en appel pour les troubles dont se plaint l'agriculteur qui a inhalé un herbicide.

L'agriculteur charentais mène son combat en justice depuis 12 ans. Il avait déjà obtenu gain de cause en première instance en 2012 et en appel en 2015. La cour de cassation, saisie par Monsanto a annulé cette décision en 2017, à la suite de quoi l'agriculteur a sollicité ce nouvel appel. La firme peut encore former un pourvoi contre cette dernière décision.

>> À lire : Paul François, l’agriculteur charentais qui défie Monsanto

"C'est beaucoup d'émotion aujourd'hui, mais je suis fatigué de tout ça, c'était si violent. J'ai gagné, je suis content, mais à quel prix ? C'est cher payé", a déclaré devant la presse l'agriculteur, au bord des larmes, évoquant l'impact de son combat sur sa famille.

Il s'est aussi emporté contre les politiques qu'ils appellent à "prendre leurs responsabilités" sur l'utilisation des pesticides : "Honte à eux ! Ils seront jugés par l'Histoire pour leur inaction !", s'est-il emporté. "C'est un message à Agnès Buzyn, au ministre de l'Agriculture et au président de la République".

"Une grande victoire"

Le fondateur de l'association Phyto-victimes estime qu'Emmanuel Macron "avait dit qu'il prendrait ses responsabilités pour une autre agriculture, pour retirer le glyphosate", mais "il ne l'a pas fait, donc maintenant on sait aussi pour qui il roule, il roule pour Bayer". Il a aussi mis en cause la ministre de la Santé "Agnès Buzyn qui a tout fait pour empêcher la mise en place d'un fonds d'indemnisation que nous défendons depuis trois ans, honte à elle aussi ! Car ces victimes demandent juste une réparation."

"On va faire bouger les politiques, qui devront prendre leurs responsabilités pour une meilleure prévention et réparation", a-t-il dit, une "pensée pour les autres victimes, qui peinent à parler" de ce sujet "encore tabou".

Dans leur arrêt de 21 pages, les magistrats lyonnais insistent notamment sur la dangerosité du Lasso et sur le défaut d'étiquetage du produit au moment de l'accident. Pour Me François Lafforgue, son avocat, "c'est une grande victoire, un tournant dans la lutte des victimes de pesticides contre les firmes".

>> À lire : Avec la nouvelle condamnation de Monsanto aux États-Unis, "on change de dimension"

La justice a "retenu la responsabilité pleine et entière de Monsanto", a-t-il dit, relevant que l'entreprise est aussi condamnée à participer aux frais de justice du plaignant autre "signe que le travail engagé a été reconnu par la Cour d'appel".

Harcèlement judiciaire

Quant à la demande d'indemnisation (un million d'euros), la justice n'a pas encore statué : "Monsanto n'a pas répondu à nos arguments sur cette question (...) comme ça, ça retarde, c'est ce qu'on appelle une manoeuvre dilatoire : Monsanto continue sa stratégie de harcèlement judiciaire", a dit l'avocat. Selon lui, les parties ont désormais jusqu'au 29 juin pour rendre leurs arguments, avant fixation d'une audience de plaidoirie.

Le groupe Bayer a fait savoir par communiqué qu'il réfléchissait à la possibilité de former un nouveau pourvoi en cassation. "Les produits de protection des plantes (...) ne présentent pas de risque pour la santé humaine s’ils sont utilisés dans les conditions d’emploi définies dans le cadre de leur autorisation de mise sur le marché", peut-on lire dans ce même communiqué.

L'action du groupe Bayer a creusé ses pertes à la Bourse de Francfort après l'annonce de la décision et a cédé 1,11 %.

"Ma plus belle victoire est d'avoir passé ma ferme en bio"

Quant à Paul François, il a dit aspirer à une vie plus normale, en dépit des troubles dont il souffre. "Si la décision était tombée la semaine dernière, j'aurais été incapable d'être présent physiquement, je ne pouvais pas tenir debout", a-t-il dit.

"J'aspire à prendre du temps pour moi et ma famille. Ma plus belle victoire est d'avoir passé ma ferme en bio, maintenant je vais retourner sur ma ferme, et continuer mon passage en bio", a-t-il ajouté.

Avec AFP et Reuters

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