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PORTRAIT

Julian Assange, lanceur d'alerte encensé devenu paria

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange alors qu'il quitte un poste de police londonien le 11 avril 2019.
Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange alors qu'il quitte un poste de police londonien le 11 avril 2019. Peter Nicholls, Reuters

Le fondateur de WikiLeaks a été arrêté jeudi à par la police britannique. Défenseur de la liberté d'informer, Julian Assange s'est fait autant d'amis que d'ennemis tout au long d'une vie tumultueuse. Portrait.

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"L'homme qui se targue de dévoiler les secrets de ce monde ne supporte pas les siens." C'est par ces mots que l'écrivain écossais Andrew O'Hagan, chargé de rédiger l'autobiographie de Julian Assange, a décrit le fondateur de WikiLeaks, après avoir décidé de jeter l'éponge. La vie de l'Australien, qui fait peur aux États du monde, a pourtant tout pour faire un bon livre.

De son enfance sur la route à son arrestation rocambolesque par la police britannique jeudi 11 avril, en passant par son séjour prolongé à l'ambassadeur d'Équateur, tous les ingrédients d'un improbable scénario sont réunis. En quelques années, le cybermilitant a même réussi à passer du statut de chevalier blanc à celui d'hôte indésirable.

Tout a pourtant commencé bien loin des tumultes du pouvoir. Le futur hacker est né en 1971 à Townsville, une ville de la côte nord-est de l'Australie. Ses parents se séparent peu après sa naissance. Sa mère Christine est alors une artiste bohême. Quand il a deux ans, elle se marie avec un directeur de théâtre ambulant, Brett Assange, qui reconnaît alors Julian. Comme le rapporte le magazine MacLean, les camarades de classe du jeune garçon décrivent alors cette famille comme atypique : "C'était très intéressant d'aller chez eux, il se passait toujours quelque chose."

Julian est en effet ballotté au gré des représentations de sa mère, mais également de ses histoires d'amour. En 1979, elle se remarie avec un musicien, membre d'une secte, décrit par Assange comme un "manipulateur et violent psychopathe". Pour lui échapper, Julian et sa mère déménagent régulièrement. Le jeune garçon fréquente ainsi plus d'une trentaine d'établissements scolaires durant son enfance. "Parfois, Assange allait à l'école, d'autres fois, non. Mais il était quand même éduqué dans tout un tas de domaines et il avait une passion pour les ordinateurs", décrit le magazine MacLean.

Un jeune pirate

L'enfant d'artistes plonge en effet très rapidement dans le monde de l'informatique. Ce qui lui vaudra d'ailleurs ses premiers démêlés avec la justice. À 16 ans, il intègre la communauté des hackers sous le pseudo de Mendax. Il fait alors partie d'un trio appelé "International Subversives" qui s'amuse à infiltrer des ordinateurs un peu partout dans le monde. De la Nasa au Pentagone, tout y passe, mais ces hackers ont un credo : ne pas faire de dégâts ni profiter des informations qu'ils obtiennent. Ils sont pourtant repérés lorsqu'ils ciblent la compagnie de téléphone Nortel. Julian Assange, qui a à peine 20 ans, et ses camarades sont arrêtés en mai 1991. Il écope finalement d'une amende de 2 300 dollars, mais le mal est fait. Il devient paranoïaque et redoute une nouvelle arrestation.

Dans le même temps, il fait face à des problèmes conjugaux. Sa femme s'enfuit avec leur petit garçon Daniel. C'est alors qu'il entreprend une longue bataille juridique pour en récupérer la garde. Une nouvelle fois, il est psychologiquement ébranlé. Dans un entretien accordé au New Yorker, sa mère Christine explique que ses cheveux seraient alors devenus tout blancs en raison d'un stress post-traumatique et il aurait développé une haine farouche contre les institutions gouvernementales.

Une personnalité mondiale

Julian Assange n'en oublie pas pour autant sa première passion, l'informatique. En 1999, il lance un site Internet qui deviendra WikiLeaks par la suite. Mais ce n'est qu'en 2010 qu'il se fait connaître du grand public avec la publication des centaines de milliers de documents confidentiels américains. Son but : "libérer la presse" et "démasquer les secrets et abus d'État".

Il devient alors un symbole pour ceux qui entendent défendre la liberté d'informer, mais également un paria aux yeux des États-Unis. La spirale judiciaire se met en marche. Pour échapper à une extradition vers la Suède, où il est accusé de viol, il finit par se réfugier à l'ambassade d'Équateur à Londres en juin 2012. L'objectif est d'éviter une éventuelle extradition vers les États-Unis où il encourt la peine de mort, en raison de la publication des documents secrets américains. L'Équateur, présidé alors par la grande figure de la gauche sud-américaine Rafael Correa, lui répond favorablement et lui accorde l'asile.

Une vie de reclus

Pendant sept ans, le fondateur de WikiLeaks vit reclus. À l'intérieur, il doit composer un semblant de chez-soi dans une pièce de 18 mètres carrés, comprenant un lit, une douche, un ordinateur et un micro-ondes. Cela ne l'empêche pas de recevoir une cour d'admirateurs : du footballeur Éric Cantona au politique britannique pro-Brexit Nigel Farage, en passant par la chanteuse Lady Gaga ou encore la comédienne Pamela Anderson, "qui lui apporte des sandwiches vegan".

Le message de colère de Pamela Anderson après l'arrestation de Julian Assange

Alors que son fondateur est coincé entre quatre murs, l'aventure WikiLeaks continue. Le site déclenche une nouvelle tempête en 2016, en pleine campagne présidentielle aux États-Unis, en publiant des milliers d'e-mails volés dans le camp démocrate et vite devenus embarrassants pour la candidate Hillary Clinton. Les services de renseignements américains ont depuis établi que les e-mails avaient été piratés par des hackers russes dans le cadre d'une campagne de Moscou pour peser sur l'élection américaine.

Un changement d'image

Ces révélations ont quelque peu terni l'image de l'activiste Assange. En 2011 déjà, les cinq journaux associés à WikiLeaks (dont The New York Times, The Guardian et Le Monde) avaient condamné la méthode de la plateforme, qui rendait publics des télégrammes du département d'État américain non expurgés. Ils avaient estimé que les documents étaient susceptibles de "mettre certaines sources en danger". La critique a également été formulée par le lanceur d'alerte Edward Snowden.

Depuis, seul un noyau dur, dont quelques célébrités comme l'acteur américain Martin Sheen et l'actrice Pamela Anderson, lui est resté fidèle. En France, à l'annonce de son arrestation, plusieurs politiques lui ont apporté leur soutien et demandé à ce que la France lui accorde sa protection, à l'image de Jean-Luc Mélenchon, François Asselineau ou encore Florian Philippot.

Le soutien de Jean-Luc Mélenchon

Dans le camp de ses détracteurs, il s'agit désormais de briser son image de "cyber warrior". La Première ministre britannique Theresa May a ainsi insisté sur le fait que "personne n'est au-dessus des lois". Pour son chef de la diplomatie, Jeremy Hunt, Julian Assange "a fui la vérité pendant des années" et il "n'est pas un héros". Le chevalier blanc est tombé de son piédestal.

"Personne n'est au-dessus des lois", selon le chef de la diplomatie britannique Jeremy Hunt

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