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Comme les garçons? Les footballeuses ne veulent plus être comparées

L'attaquante de l'équipe de France, Eugénie Le Sommer, lors d'un match amical face au Japon, à Auxerre, le 4 avril 2019
L'attaquante de l'équipe de France, Eugénie Le Sommer, lors d'un match amical face au Japon, à Auxerre, le 4 avril 2019 AFP/Archives
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Rennes (AFP)

Le football féminin, pas l'égal de celui des hommes ? Cette comparaison stérile masque les importants progrès des dernières années. "J'ai juste envie d'être considérée comme une sportive de haut niveau" martèle Eugénie Le Sommer, une des meilleures joueuses au monde.

"On nous compare mais tu ne peux pas comparer (...) Vous allez beaucoup plus vite, vous sautez beaucoup plus haut, vous êtes beaucoup plus puissants. Il n'y aura jamais autant d'intensité du fait de la différence de morphologie entre l'homme et la femme".

Dans un entretien en vidéo avec Léo Dubois, il y a quelques jours sur le compte Instagram de ce joueur de l'Olympique lyonnais, comme elle, Eugénie Le Sommer, attaquante des Bleues, exprime son ras-le-bol.

"J'ai juste envie d'être considérée comme une sportive de haut niveau et une joueuse professionnelle à part entière", ajoute-elle, mettant le doigt sur ce mauvais procès fait au foot féminin.

Une tendance surtout présente dans le monde latin, où le développement du football féminin est plus récent, que dans les bastions historiques que sont l'Allemagne, les pays nordiques et les États-Unis.

Outre l'écart athlétique, on a aussi longtemps reproché aux joueuses un niveau tactique et technique au mieux inégal. "Il y a une méconnaissance du niveau du football féminin. Dans un match entre de bonnes équipes, le niveau technique et tactique est haut", avait protesté en 2016 Veronica Boquete, alors joueuse espagnole du Paris SG, aujourd'hui aux États-Unis (Utah Royals).

- Le niveau se resserre -

Les rapports techniques publiés par la Fifa après chaque compétition majeure soulignent d'ailleurs ces progrès constants.

"C'est aujourd'hui le collectif, et surtout l'esprit et le travail d'équipe qui font la différence et non plus les individualités à elles seules, comme cela a pu être le cas par le passé", écrivait ainsi l'institution après le dernier Mondial, au Canada en 2015.

Le rapport pointait également les progrès des gardiennes de but - "celles qui ont le plus évolué au cours de ces quatre dernières années" - ou "la qualité de jeu dans les trente derniers mètres, avec davantage de précision tant dans les passes que dans les frappes au but".

Plus récemment, le rapport sur le Mondial des moins de vingt ans (U20) disputé en Bretagne l'été dernier, relevait une plus grande flexibilité tactique et une prise de risque accrue dans les passes, "une évolution positive par rapport à certaines tendances autrefois associées au football féminin".

La baisse du nombre de buts lors de ces compétitions est d'ailleurs paradoxalement encourageante puisqu'elle démontre que les différences de niveau tendent à s'estomper, rendant les compétitions féminines plus incertaines.

"La question du spectacle sportif est délicate quand il n'y a pas de lutte ou quand il y a trop d'écart. Le spectacle sportif n'a d'intérêt, a priori, que quand il y a une réelle opposition", confirme auprès de l'AFP Yann Imine, professeur à l'Université Paris-Sud où il enseigne notamment le développement du football féminin.

- La formation, prochain chantier -

Sans surprise, ces progrès sont venus avec la multiplication de clubs professionnels et une structuration accrue à tous les niveaux.

"Maintenant ça devient fréquent dans les clubs d'avoir un préparateur physique, un staff kiné/ostéo, ce qui n'était pas forcément le cas dans les années 1990 ou au début des années 2000", note M. Imine.

Des efforts peuvent pourtant encore être faits, en particuliers dans la formation.

En France, où a lieu le Mondial cet été (7 juin-7 juillet), pays qui fait figure de référence pour la formation masculine, "on a encore du retard", admet ainsi le Directeur technique national Hubert Fournier.

Les équipes évoluant en D1 féminine et la plupart des équipes de D2 ont l'obligation d'avoir une équipe engagée dans le championnat des U19 nationales.

Mais dans les faits, ces équipes "sont très loin d'être des passerelles vers les clubs de D1. La progression est parfois freinée, ou pas possible, ou rare. Ça dépend vraiment des politiques de club", certains préférant faire venir des joueuses étrangères au rendement plus immédiat, déplore M. Imine.

Pour le moment, les jeunes joueuses françaises sortent des huit pôles régionaux fédéraux mis en place, "mais dans les 3 à 5 ans à venir, il serait intéressant que les clubs professionnels prennent en charge aussi une partie de la formation", estime Hubert Fournier.

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