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Des documents classés confidentiels détaillent les armes françaises utilisées dans la guerre au Yémen

Des chars Leclerc français, de la coalition dirigée par les Saoudiens, déployés dans le district de Dhubab, le 7 janvier 2017, au Yémen.
Des chars Leclerc français, de la coalition dirigée par les Saoudiens, déployés dans le district de Dhubab, le 7 janvier 2017, au Yémen. Saleh Al-Obeidi, AFP

Des armes françaises ont bien été utilisées dans le conflit saoudo-yéménite, selon des documents confidentiels, recueillis par le média Disclose. Des révélations qui interrogent la version officielle du gouvernement.

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Des armes made in France utilisées dans la guerre au Yémen. Le nouveau site d’information Disclose, en partenariat avec Mediapart, Konbini, Radio France, Arte et The Intercept, a publié, lundi 15 avril, des documents classés secret-défense apportant la preuve de l’utilisation d’armes françaises vendues à l’Arabie saoudite dans le conflit au Yémen, notamment dans des zones où des dizaines de civils ont été tués.

>> À lire : Suspendre les ventes d’armes à Riyad, quelques menaces, beaucoup de refus

Prise de conscience ?

Intitulés "Yémen - situation sécuritaire", ces documents transmis, selon Disclose, à Emmanuel Macron, à la ministre des Armées, Florence Parly, au Premier ministre, Édouard Philippe, et à celui des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, détaillent l'arsenal français utilisé par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis contre les rebelles houthis au Yémen.

Chars Leclerc, obus-flèche, Mirage 2000-9, radar Cobra, blindés Aravis, hélicoptères Cougar et Dauphin, frégates de classe Makkah, etc., la liste des armes françaises dressée par les auteurs de ces "Yémen Papers" est longue. Et les ventes françaises ne devraient pas s’arrêter là puisque l’enquête révèle, en outre, que des exportations d'armes vers l'Arabie saoudite vont se poursuivre, selon un nouveau contrat signé en décembre. Signé par le groupe industriel français Nexter, le contrat prévoit notamment la livraison  de véhicules blindés et de canons au royaume wahhabite entre 2019 et 2024.

"Le fait que la France vende des armes à l’Arabie saoudite n’est pas nouveau, explique à France 24 Pieter Wezeman, chercheur à Sipri, l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Mais ces documents viennent toutefois confirmer, de manière très détaillée, ce que l’on savait déjà. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que les services de renseignement français aient eu pour mission d’enquêter sur ce qui se passe au Yémen. Cela montre que les cercles gouvernementaux sont suffisamment inquiets pour vouloir en savoir davantage. Il s’agit certainement là d’une prise de conscience."

Une logique commerciale

Dans une réponse communiquée lundi, le gouvernement a affirmé de son côté que "les armes françaises dont disposent les membres de la coalition sont placées pour l'essentiel en position défensive (...) mais pas sur la ligne de front, se défend-on du côté du cabinet du Premier ministre. Et Matignon de poursuivre, "nous n'avons pas connaissance de victimes civiles résultant de leur utilisation sur le théâtre yéménite".

Le discours du gouvernement n’est pas forcément mensonger, estime Élie Tenenbaum, chercheur au Centre des études de sécurité de l'Ifri et coordinateur du Laboratoire de recherche sur la défense (LRD), dans un entretien à France 24. "La France peut tout à fait vendre des armes dans un but défensif. Et ceux qui les achètent peuvent les utiliser à des fins offensives. La seule chose que le vendeur peut faire pour éviter un détournement de l’usage d’arme initial est d’imposer un embargo sur les pièces détachées."

La communication officielle du gouvernement, qui nie l’éventualité que des armes françaises aient servi à tuer des civils yéménites, traduit "une situation difficilement justifiable auprès de l’opinion publique. La France s’est inscrite dans une logique commerciale vis-à-vis de l’armement", juge Élie Tenenbaum. "Historiquement, la France a toujours eu pour ambition de devenir un acteur majeur et indépendant de l’armement industriel et technologique. Or, elle dispose d’une armée peu importante au regard de la quantité d’armes qu’elle produit. Pour que les entreprises privées d’armement soient rentables, elles n’ont d’autre choix que de se tourner vers l’export. Elles préféraient vendre en Europe, mais le marché est déjà largement occupé par les États-Unis. Les industriels français de l’armement se sont donc tournés vers le Moyen-Orient."

Explosion des ventes d’armes sous Hollande

À cet égard, il convient de rappeler que ces ventes d’armes ont été particulièrement intenses sous le quinquennat précédent. "Les exportations de défense françaises ont obtenu des résultats spectaculaires au cours du quinquennat de François Hollande. Les ventes à l’étranger auront été multipliées par quatre depuis 2012, date de l’arrivée au pouvoir de l’équipe présidentielle", note Lucie Béraud-Sudreau, doctorante, dans son étude "La politique française de soutien à l’export de défense."

Des personnalités politiques de gauche ont appelé, lundi, l'exécutif à faire preuve de "transparence" après les révélations. "Le mensonge d'État dévoilé. La France complice de la sale guerre de l'Arabie saoudite au Yémen. Stop aux ventes d'armes, comme l'Allemagne !", s'est indigné, sur Twitter, l'écologiste Julien Bayou.

Le cas allemand

Face aux critiques, il est fort à parier que la France conservera la même ligne de défense en affirmant qu'elle respecte ses obligations internationales. "Le Traité sur le commerce des armes (TCA) et la position commune européenne sur les exportations d’armes n’obligent pas les signataires à cesser d’en exporter vers les pays qui s’engagent dans une guerre, explique Pieter Wezeman. Ils exigent seulement des gouvernements de s’engager à évaluer que leurs armes ne contribuent pas aux crimes de guerre. […] Dans ce cas présent, il semblerait que la France ait conclu qu'il n'y avait pas assez de raisons pour arrêter ses exportations."

"L'Allemagne prend ces questions beaucoup plus au sérieux, à l'instar de la plupart des pays nordiques,poursuit Pieter Wezeman. L'Allemagne a en effet décidé, après la révélation du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien en Turquie, le 2 octobre 2018, d'interdire l'exportation des armes vers l'Arabie saoudite. Il existe traditionnellement une pression politique beaucoup plus forte en faveur d’une plus grande prudence dans les exportations d’armes. […] Les enjeux économiques étaient tout aussi importants pour l'Allemagne, qui aurait largement profité de la vente d'armes avec l'Arabie saoudite. Riyad, d'ailleurs, s'intéressait particulièrement aux armes allemandes, notamment les chars."

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