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Vent de révolte sur l'Afrique : "Il n'y a pas de régime politique éternel"

Un soldat soudanais se joint à un groupe de danse traditionnelle pour célébrer la chute du président Omar el-Béchir, non loin du quartier général de l'armée à Khartoum, le 15 avril 2019.
Un soldat soudanais se joint à un groupe de danse traditionnelle pour célébrer la chute du président Omar el-Béchir, non loin du quartier général de l'armée à Khartoum, le 15 avril 2019. Ahmed Mustafa, AFP

Pour Roland Marchal, spécialiste des conflits en Afrique subsaharienne, la chute de présidents comme Abdelaziz Bouteflika et Omar el-Béchir marque l'aspiration profonde des peuples au changement. Y compris au sein des armées.

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Contestation sociale, départ du président, organisation de la transition... L'Algérie et le Soudan ont suivi des trajectoires parallèles ces dernières semaines. L'aspiration des manifestants au changement a conduit aux départs d'Abdelaziz Bouteflika et d'Omar el-Béchir, après 20 années passées au pouvoir pour le premier et 30 pour le second.

Depuis la chute du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali en 2011 et les printemps arabes, la liste des régimes autoritaires renversés ne cesse de s'allonger en Afrique. Roland Marchal, chargé de recherches au CNRS, spécialiste de l’économie et des conflits en Afrique subsaharienne, analyse pour France 24 le vent de révolte qui souffle sur le continent.

France 24 : L'Afrique est-elle en train d’écrire une nouvelle page de son histoire ?

Roland Marchal : L’Afrique écrit tout le temps son histoire. La question est de savoir pourquoi les régimes qui ont été capables de durer n'arrivent plus à se maintenir au pouvoir. Il y a plusieurs explications. D'abord, les régimes dont nous parlons sont des régimes dont le personnel politique a assez peu évolué. Ensuite, il y a une forte crise économique qui s’est largement développée en raison  l’endettement, et une hausse du coût des importations. Enfin, la demande d'élections, de multipartisme et d'un minimum de libertés se généralise. Ces exigences sont là depuis plusieurs années. Les régimes qui n’ont pas compris cela sont soumis à des mouvements sociaux qui sont porteurs de normes démocratiques.

Si ces révoltes sont portées par les peuples – et notamment par la jeunesse –, le dernier mot est, pour l'instant, revenu à l’armée en Algérie et au Soudan où on a toutefois vu des soldats fraterniser avec les manifestants. Comment interpréter l'ambiguïté de l'armée ?

En Algérie et au Burkina Faso, par exemple, l’armée est politisée. Et en même temps, ce sont des régimes très anciens qui ont été affectés par les transformations des années 1990. La crise sociale traverse aussi l’appareil militaire. Évidemment, la haute hiérarchie militaire joue un rôle économique important. Mais les secteurs inférieurs, c’est-à-dire les officiers, les sous-officiers et les soldats, souffrent des crises économiques comme le reste de la population. Par conséquent, ils sont tentés de se dissocier de leur hiérarchie et de soutenir le mouvement social.

En quoi les renversements de régimes sont aujourd’hui différents de ceux que l’Afrique a connus entre les années 1960 et 1990 ?

Les contextes sont très différents. Aujourd’hui, il y a des normes internationales dans l’organisation du champ politique. Il faut des élections tous les quatre ou cinq ans. Il faut une presse indépendante. Et il y a aussi une ouverture sur le monde : si vous êtes au Soudan, vous suivez ce qui se passe en Algérie. Si vous êtes au Burkina Faso, vous voyez ce qui s’est passé ailleurs en termes de printemps arabe. Les autres situations de crise incitent les intellectuels organiques, c’est-à-dire les gens qui font de la politique ou les animateurs de la société civile, à se mobiliser dans leur propre pays.

La population veut se gouverner, trouver un système qui permette l’expression de tous, et sans doute avoir un gouvernement qui réponde aux aspirations de la majorité. On appelle cela la démocratie. Cela suppose un dialogue permanent entre les gouvernants et les gouvernés. Cela suppose des lois fondamentales pour la population. Les gens sont à la recherche de ça. C’est vrai en Afrique mais aussi ailleurs.

Doit-on s’attendre, en Afrique,  à la chute de régimes qui se caractérisent par leur longévité, notamment au Tchad, en Guinée équatoriale ou encore au Congo-Brazzaville ?

Il n’y a pas d’ordre éternel. Il n’y aura pas de régime politique éternel. Évidemment, il y aura des évolutions. Mais quelle pression faut-il pour que ces régimes prennent en compte les demandes de fractions de plus en plus importantes de leur population ? Idriss Déby Itno [le président du Tchad, ndlr] n’est pas éternel. Et le régime qu’il a construit ne sera pas éternel non plus.

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