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Notre-Dame de Paris : les défis de la reconstruction

La reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris va prendre des années.
La reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris va prendre des années. Ludovic Marin, AFP

Après l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, Emmanuel Macron a promis, mardi, de faire rebâtir l’édifice d'ici cinq ans. Mais de quelle restauration parle-t-on ? Comment faire renaître de ses cendres un tel bâtiment historique ?

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“Cette cathédrale, nous la rebâtirons ensemble”. Sur le parvis de Notre-Dame, alors que les flammes de l’incendie étaient à peine éteintes, le président français, Emmanuel Macron, s’est engagé, lundi 15 avril, à reconstruire l’imposant édifice qui trône au cœur de Paris depuis plus de 800 ans.

Un chantier qui s’annonce de très longue haleine. Les images impressionnantes de l’effondrement de la flèche, édifiée sous la direction de l’architecte Eugène Viollet-le-Duc en 1859, et de la toiture en bois, emportée par les flammes, laissent augurer de l’ampleur des dégâts. Le ministre de la Culture, Franck Riester, a ajouté, mardi, que des “vulnérabilités” de la structure avaient, en outre, été identifiées. Il s’est voulu prudent, estimant que pour l’instant “ il était beaucoup trop tôt pour estimer le coût et la durée [du chantier]".

Bois ou métal : comment reconstruire ?

“Le principal défi consiste à reconstruire dans la forme à l’identique, mais pas forcément avec les mêmes matériaux, ni les techniques d’origine”, note Hervé Cazelle, architecte du patrimoine qui a participé à une vingtaine de chantiers de reconstruction de bâtiments historiques, contacté par France 24. L’architecte en chef de Notre-Dame, Benjamin Mouton, et la commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) auront la lourde tâche de décider, à une date ultérieure, s’ils doivent, par exemple, recourir au même bois qui a servi à bâtir la toiture et la flèche, ou opter plutôt pour une structure en métal.

“Techniquement, ce n’est pas un problème de refaire à l’identique. Nous disposons des plans précis de la cathédrale et le savoir-faire existe en France”, précise Hervé Cazelle. Mais pour un édifice de l’importance historique et symbolique de Notre-Dame de Paris, il y a d’autres considérations qui entrent en ligne de compte.

L'avenir de la flèche "va probablement susciter de nombreux débats", note Alexandre Goulet, architecte au cabinet GCG à Paris, contacté par France 24. En effet, Eugène Viollet-le-Duc s'était affranchi du style gothique d'origine (XIIe siècle) pour son édification. Sa reconstruction devra-t-elle être fidèle à l'originale ou, comme Viollet-le-Duc, les architectes prendront-ils des libertés avec le modèle ?

En outre, “utiliser les matériaux et les techniques de l’époque peut prendre plus de temps que d'avoir recours à des méthodes plus modernes. Toute la question est de savoir si pour respecter l’intégrité du patrimoine, on peut se permettre de garder une cathédrale ‘invisitable’ en plein cœur de Paris pendant des années”, décrypte Félix Bulcourt, directeur du département design de l’ENS Paris-Saclay et passionné de  l’architecture de Notre-Dame de Paris, contacté par France 24.

Mais des mois, voire des années vont s’écouler avant d’avoir à trancher cette épineuse question. Le chantier de restauration a, en fait, “commencé dès ce matin par les mesures d’urgence et à titre conservatoire”, souligne Hervé Cazelle. Il s’agit de sécuriser ce qui a été épargné par l’incendie. Les autorités vont examiner la maçonnerie, les vitraux ou encore les revêtements du sol et mettre en place des dispositifs, comme des étais, pour éviter toute dégradation supplémentaire.

Un travail de fourmi

Un travail d’enquête minutieux va débuter ensuite. Les architectes vont “procéder au diagnostic de l’ensemble de l’édifice, littéralement pierre par pierre”, précise l’architecte. Un bilan de santé global d’autant plus essentiel que l’incendie a généré “énormément de chaleur qui a pu endommager les scellements entre les pierres ce qui peut avoir altéré la structure de l’édifice”, précise Alexandre Goulet. La chaleur a peut-être aussi “fait fondre ou déformé le plomb qui maintient les vitraux, ce qui peut obliger à les renforcer”, note Hervé Cazelle. “Le poids des cendres et de l’eau utilisée pour éteindre les flammes peut aussi avoir fragilisé la structure d’ensemble”, ajoute Felix Bulcourt. Un inventaire comparable à un travail de fourmi qui devrait occuper des équipes sur place pendant des mois, voire plus d’un an, en fonction des forces mobilisées.

Ensuite, “on chiffre les travaux de consolidation et, en parallèle, les architectes commencent à envisager les projets de restauration”, explique Hervé Cazelle. Mais ils n'ont pas le dernier mot. Ils soumettent plusieurs propositions à la CNPA qui décidera en dernier ressort. C’est cette assemblée composée d’architectes, d’historiens, d’ingénieurs et de politiciens qui établira la feuille de route pour faire renaître la cathédrale Notre-Dame de ses cendres, et à quel prix. C’est la dernière grande inconnue, car même si plus de 600 millions d’euros de dons ont déjà été promis par les grandes fortunes françaises, “celui qui peut dire aujourd’hui à combien va se chiffrer la restauration de la cathédrale ne sait pas de quoi il parle”, conclut Hervé Cazelle.

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