Accéder au contenu principal

"Je t'aime, moi non plus" : les discours de Gaïd Salah peinent à convaincre les Algériens

Un manifestant porte une pancarte "Gaïd Salah dégage", lors d'une manifestation contre l'ex-président, Abdelaziz Bouteflika, le 29 mars 2019.
Un manifestant porte une pancarte "Gaïd Salah dégage", lors d'une manifestation contre l'ex-président, Abdelaziz Bouteflika, le 29 mars 2019. Ryad Kramdi, AFP

Le général Gaïd Salah, chef de l’armée et nouvel homme fort de l'Algérie depuis la démission d'Abdelaziz Bouteflika, a réitéré son soutien aux manifestants. Mais son rôle interroge et suscite des inquiétudes.

PUBLICITÉ

Le chef de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, a prononcé un discours, mardi 16 avril, à Ouargla, dans le sud algérien, quelques heures après la démission du président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz.

Dans son allocution, à quelques jours du 9e vendredi de mobilistaion populaire attendu ce 19 avril, le général a tenu à rassurer les Algériens en réitérant le soutien de l’armée au mouvement de contestation. Il a également condamné la répression des manifestations qui a commencé le 10 avril contre des étudiants algérois.

Gaïd Salah a garanti que l’armée ne retournera pas ses armes contre son peuple, et veillera "à ce qu’aucune goutte de sang algérien ne soit versée".

"La décision de protéger le peuple, avec ses différentes composantes, est une décision irréversible et dont nous ne dévierons point, a-t-il déclaré. (…) Nous avons donné des instructions claires et sans équivoque pour la protection des citoyens, notamment lors des marches."

En contrepartie, il exige le respect des symboles de l’État etla non violence afin "de préserver les biens publics et privés et d’éviter d’entraver les intérêts des citoyens."

Le général a replacé la puissante armée algérienne au centre du jeu politique depuis qu'il a lâché le président Abdelaziz Bouteflika, rendant inéluctable sa démission après 20 ans au pouvoir.

Décalage entre les discours et le terrain

Malgré cet énième discours de l’homme fort du pays, sur les réseaux sociaux et dans la rue, des Algériens continuent d’émettre des doutes sur le rôle de l’armée et celui qui la dirige, réclamant son départ.

À Annaba, comme chaque mardi depuis le début des protestations le 22 février, les étudiants défilaient pour réclamer le départ de tout le "système". Ils ont scandé des slogans hostiles au chef de l’état-major, l’appelant également à "dégager".

"Gaïd Salah fait plus de discours que tout le gouvernement réuni, dénonce Saïd Mehnaoui, ingénieur en travaux publics et militant très actif sur Twitter contacté par France 24. Et entre un discours et un autre, tantôt il soutient le hirak (mouvement), tantôt il dit qu’il est manipulé par l’étranger", fustige-t-il en référence aux discours très menaçants du général aux prémices de la contestation.

Pour de nombreux Algériens, Gaïd Salah, fidèle à Bouteflika depuis son arrivée au pouvoir en 2004, gagne du temps. "On ne se découvre pas du jour au lendemain une âme de héros, poursuit Saïd Mehnaoui, et un dictateur ne peut devenir démocrate".

Pour lui, la stratégie du régime est de miser sur l'essoufflement du mouvement durant le ramadan, qui débute en mai, et la période estivale avec les vacances.

Arrestations d’étudiants en plein cours

Lors des dernières manifestations, des gendarmes étaient postés en périphérie de la capitale et sur plusieurs axes routiers. Certains manifestants, venus par cars entiers, étaient empêchés d’accéder au rassemblement au centre d’Alger.

Mercredi, des étudiants ont été arrêtés en pleine conférence à l’université de droit d’Alger, par la BRI, groupe d'intervention d'élite. Selon des témoignages de certains d’entre eux et les médias algériens, ceux qui auraient résisté auraient subi des violences. Cette intervention policière viole "la franchise des universités", loi qui protège les établissements contre une action policière dans ses murs.

Alors qu’aucun communiqué n’a été publié sur cette intrusion, dans la même soirée, Hassane Rabehi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, affirmait, lors d’une conférence de presse, que "les services de sécurité n'ont reçu aucune instruction de la part du gouvernement ni des cercles dirigeants, à l'effet de réprimer les marches".

Dernière sommation contre ceux qui complotent

Dans son discours, Gaïd Salah a d'ailleurs une dernière fois mis en garde le général Mohamed Médiène dit "Toufik", ex-patron du puissant renseignement algérien, dissous en 2016. Pourtant Gaïd Salah accuse ce dernier de comploter contre la volonté du peuple, preuves à l’appui.

"Je lance à cette personne un dernier avertissement, et dans le cas où il persiste dans ses agissements, des mesures légales fermes seront prises à son encontre", a déclaré le général.

Saïd Mehnaoui doute de ces accusations. "Il dit qu’il a des preuves accablantes contre 'Toufik'. Alors pourquoi ce dernier n'est pas inquiété ? On ne fait pas de dernier avertissement quand il s'agit de trahison et de complot contre la nation". Cette menace agitée par le chef de l’armée ne convainc pas grand monde. "Personne n'est naïf. Il s'attaque à 'Toufik' parce qu'il est détesté et il espère devenir un héros aux yeux des Algériens grâce à ça", déplore Hadjer, étudiante de 22 ans en licence de français et militante, contactée par France 24.

Ahmed Gaïd Salah a par ailleurs réitéré l'importance d'une transition dans le cadre institutionnel actuel, rejeté par les manifestants. Mais selon lui, "toutes les options restent ouvertes".

Cette page n'est pas disponible.

Il semblerait qu'il y ait une erreur de notre côté et que cette page ne soit pas disponible. Nos équipes vont se pencher sur la question pour résoudre ce problème au plus tôt.