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Restaurer Notre-Dame de Paris en cinq ans : coup de com' ou projet réaliste ?

La reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris va prendre des années.
La reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris va prendre des années. Gonzalo Fuentes, Reuters

Emmanuel Macron a souhaité dans une adresse à la Nation, que la cathédrale Notre-Dame soit rebâtie "plus belle encore" et "d'ici cinq années". Parmi les architectes et les médiévistes, les avis sur la durée du projet divergent.

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"Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore et je veux que ce soit achevé d'ici cinq années. Nous le pouvons et là aussi nous mobiliserons". C’est ce qu’a déclaré le président Emmanuel Macron, mardi 16 avril, au lendemain de l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris.

"Le but est de restaurer l’image de Paris"

Dès cette annonce, les commentaires n’ont pas manqué sur les réseaux sociaux. Beaucoup ironisant sur la rapidité de cette rénovation. "Cinq ans pour reconstruire, avec une bonne imprimante 3D, cela devrait le faire, non ?", a ainsi plaisanté sur son compte Twitter, Mickaël Wilmart, historien médiéviste, ingénieur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHSS). Contacté par France 24, il réaffirme son scepticisme. Pour lui, il s’agit avant tout d’un "discours politique qui relève de la communication". "Dans cinq ans se dérouleront les Jeux Olympiques. Le but est de restaurer l’image de Paris d’ici là", résume le médiéviste.

D’un point de vue purement technique, Mickaël Wilmart ne pense pas qu’une rénovation soit réaliste en si peu de temps. "Nous avons des précédents. Il y a celui de la cathédrale de Nantes, qui a connu un incendie similaire sur sa toiture en janvier 1972. Elle a été fermée pendant trois ans, rien que pour refaire le toit. Mais il a fallu dix ans de travaux supplémentaires pour qu’elle soit complètement remise sur pied", décrit-t-il. "Il y a aussi l’exemple du parlement de Bretagne à Rennes [dont l'incendie a eu lieu en février 1994]. Il a fallu cinq ans de travaux, alors que ce monument n’est même pas du même volume que Notre-Dame", ajoute l’historien.

Architecte de l’ordre des architectes d’Île de France, Marine de la Guerrande, partage le même sentiment. Interrogé sur l’antenne de France 24, elle estime qu’il est "beaucoup trop tôt pour donner un planning". "Pour avoir connu un sinistre par le feu sur un batîment datant du XVIIe siècle, il a fallu cinq ans pour le reconstruire et ce n’était pas Notre-Dame. Il a fallu pas moins de deux ans pour prendre des mesures conservatoires, monitorer le bâtiment et le sécher".

Les explications de Marine de la Guerrande, architecte, élue à l'Ordre des architectes d'Île-de-France

"Si tout le monde s’y met, c’est possible"

De son côté, l’historienne Claude Gauvard, médiéviste reconnue et professeur émérite à la Sorbonne, se veut plus optimiste. "Je suis prête à le croire. Je prends cet exemple en Russie, avec l’église du Christ Sauveur [à Moscou reconstruite, entre 1995 et 2000], qu'ils ont mis quatre ans à construire", affirme-t-elle sur le plateau de France 24. "Cinq ans, c’est un challenge, c’est ambitieux. Mais si tout le monde s’y met, c’est possible".

"Si tout le monde s’y met, c’est possible", selon l'historienne Claude Gauvard

Selon Pierre-Alain Mariaux, professeur à l'institut d'histoire de l'art de l'université de Neuchâtel en Suisse et spécialiste de l'art médiéval, ces cinq ans sont également envisageables, si l’on prend en compte le contexte politique actuel en France. "Connaissant la situation du président Emmanuel Macron, cela peut devenir un chantier d’importance nationale, presque un chantier réparateur. Le grand chantier dont il a besoin est peut-être là pour ressouder la France autour de ce monument emblématique", explique-t-il. "À partir du moment, où cela devient un enjeu qui n’est plus seulement monumental mais symbolique, il est tout à fait possible d’imaginer une pression de toute part pour le réaliser dans les temps impartis. Les plus grandes fortunes de France ont promis monts et merveilles pour que cette restauration aille vite", ajoute-t-il. "Mais je préfère qu’on le fasse bien, qu’on prenne le temps de le faire et qu’on arrive à terme à montrer un chantier exemplaire", tempère-t-il.

Car la question est finalement ailleurs, comme le souligne l’historien Mickaël Wilmart. "Est-ce qu’on va agir dans l’urgence, et faire une restauration rapide et d’apparence ? Est-ce qu’on va utiliser les technologies les plus récentes ou refaire une charpente en bois ?", s’interroge-t-il. "À chaque fois – que ce soit pour Reims, Nantes ou le parlement de Bretagne –, on a finalement utilisé des techniques de construction du XXe siècle Mais si on choisit de refaire la charpente en bois, il faudrait selon les spécialistes, entre dix et quinze ans. Cela nécessite du chêne, et nous n’avons pas les réserves pour une telle charpente. On peut abattre des arbres, mais il faut un temps de séchage avant la construction de plusieurs années". Pour Jean-Louis Cohen, architecte et historien, l’interrogation est même plus profonde : "Veut-on restaurer la version XIXe siècle de la cathédrale, ou veut-on remonter beaucoup plus loin dans le temps dans le sens de la version originelle de la cathédrale ?".

Les travaux pourraient, en tout cas, être accélérés par les données collectées sur ce monument historique. "Un historien de l’art américain, Andrew Tallon, a numérisé en 3D Notre-Dame de Paris", précise ainsi l'historien Pierre-Alain Mariaux. "Avec l’ensemble de la documentation dont nous disposons sur la cathédrale, on doit arriver relativement facilement à faire cette rénovation".

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