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Le sultan de Brunei, visage de la charia la plus stricte au monde

Le sultan de Brunei célébrant ses 50 ans de règne en octobre 2017.
Le sultan de Brunei célébrant ses 50 ans de règne en octobre 2017. Roslan Rahman, AFP

Depuis le début du mois d’avril, le Brunei est le premier pays d’Asie du Sud-Est à appliquer un code pénal fondé sur la charia. À l’origine de cette décision, le sultan Hassanal Bolkiah, qui gouverne d’une main de fer la nation. Portrait.

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Le Bruneiterreau idéal pour imposer à un peuple des lois de plus en plus dures ? En 2019, ce petit État au nord de Bornéo, est devenu le premier pays d'Asie du Sud-Est à appliquer un système pénal intégralement basé sur la charia, sous les ordres du sultan Hassanal Bolkiah. L’adultère ou l’homosexualité y sont désormais passibles de lapidation ou de peine de mort, et le vol de l’amputation d’une main ou d’un pied depuis début avril. De nouvelles lois décriées au-delà des frontières du pays puisque le 16 avril, la Coalition pour les droits égaux, menée par le Canada, a demandé au gouvernement de Brunei d’abroger les nouvelles peines récemment instaurées. Une requête à laquelle le sultan n’a pour l’instant pas répondu.

Le pouvoir et la fortune

À la tête du gouvernement de Brunei depuis l’abdication de son père en 1967, le sultan Hassanal Bolkiah est également le détenteur de l’une des plus importantes fortunes privées du monde. En 1997, il est désigné par le magazine économique américain Forbes comme plus grande fortune mondiale, avec plus de 4 milliards de dollars. En 2019, cette somme est désormais estimée à 20 milliards. Un capital qu'il doit à la richesse pétrolière du pays, qu’il fait fructifier en investissant dans une poignée d’hôtels de luxe à travers le monde. Mais qu’il écoule aussi dans des dépenses extravagantes : un palais de 1 788 pièces, un garage de plus de 5 000 voitures de luxe – dont une recouverte de diamants –, des yachts… Dans les années 1990, il hérite d’une réputation de flambeur décadent, qui, selon Marie-Sybille de Vienne, chercheure-enseignante à l’INALCO et auteure de "Brunei : de la thalassocratie à la rente", serait issue d’un amalgame avec celle du prince Jefri Bolkiah, son frère.

"Jefri Bolkiah était connu pour son harem, ses soirées décadentes et sa banqueroute dans les années 2000", explique-t-elle à France 24. "Si Hassanal Bolkiah n’a jamais caché son attrait pour le luxe, il est loin des scandales, notamment sexuels, qui ont entaché la réputation de son frère."

En effet, lors de la parution en 2010 de l’ouvrage autobiographique de Jillian Lauren, une jeune femme qui raconte son passage dans le harem de Jefri Bolkiah ("Some Girls : My Life in a Harem"), elle explique n’avoir vu qu’une seule fois le sultan dans le sérail. Cependant, son mode de vie luxueux est, lui, bel et bien connu de tous. Entre importation de chevaux de polo pour ses loisirs et concerts privés à domicile des plus grandes stars de la musique (Michael Jackson, Whitney Houston ou encore Céline Dion), Hassanal Bolkiah mène une vie plutôt éloignée du caractère répressif de son gouvernement.

Le sultan annonçant la mise en place de la charia le 3 avril 2019.
Le sultan annonçant la mise en place de la charia le 3 avril 2019. AFP

"Le peuple du Brunei vit dans un cocon"

Pour fêter les 50 ans de son règne en 2017, Hassanal Bolkiah défile dans les rues de la capitale Bandar Seri Begawan sur un char en or, tiré par une cinquantaine d’hommes. Le tout sous les applaudissements de la foule, majoritairement très favorable au sultan pour plusieurs raisons. "Les Brunéiens disposent d'un revenu annuel moyen par habitant parmi les plus confortables au monde (33 000 dollars) et bénéficient d'un nombre incroyable d'avantages, dont le pèlerinage à la Mecque financé par le sultan", explique à France 24 Sophie Boisseau du Rocher, chercheure au Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Mais aussi grâce à la gratuité quasi-totale des frais de santé ou d’éducation, et une protection sociale. "Le peuple du Brunei vit dans un cocon", continue Marie-Sybille de Vienne. "Je ne dis pas que les jeunes brunéiens ne voudraient pas aller en boîte de nuit, à la plage, ou boire de l’alcool, mais ces privations sont beaucoup plus simples à accepter avec tous les avantages qu’ils ont par ailleurs. Il n’y a presque pas d’opposition dans le pays." Elle y est quasiment impossible, puisque critiquer le gouvernement est passible d’une amende, voire d'une peine de prison.

Et, selon Matthew Woolfe, fondateur de l’association de défense des droits de l’Homme The Brunei Project, les appels au boycott des biens du sultan de la part de stars occidentales ne pourront pas changer grand-chose. "Ce genre de prise de parole a déjà eu lieu en 2014, lors de la première phase d’application de la charia", explique Matthew Woolfe. "Ça a ponctuellement éveillé les consciences, mais c’est retombé très rapidement". Un avis partagé par Marie-Sybille de Vienne, qui craint que cela ne fasse que "renforcer la défiance du sultan vis-à-vis du monde occidental". La chercheuse estime que tant que le pétrole "fera tourner le pays, le peuple n’aura pas de mal à rester dans une petite boîte isolée des autres".

Hassanal Bolkiah face à son peuple (3 avril 2019).
Hassanal Bolkiah face à son peuple (3 avril 2019). AFP

La religion comme rempart

En 2019, le Brunei devient le premier pays d’Asie du Sud-Est à respecter la charia dans son intégralité, six ans après en avoir amorcé la mise en place. Une tentative pour le sultan de redorer le blason de sa famille, quelque peu entâché d'actions "décadentes" ? "C’est une théorie plausible", pour Matthew Woolfe. "Ça peut être un moyen d’être considéré comme un musulman pieux, et de laisser en héritage le Brunei comme un modèle islamique."

Avis que partage Marie-Sybille de Vienne, qui ajoute qu'à 72 ans, le sultan "se sait vieillissant et a de plus en plus de mal à prendre des décisions". Elle s'appuie d'ailleurs sur le contenu de ses récents discours, où il explique avoir peur que Allah lui demande des comptes après sa mort.

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