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REPORTAGE

Primaires démocrates : sur le terrain, le charisme de Beto O’Rourke ne suffit déjà plus

Beto O'Rourke lors d'un meeting à Alexandria, en Virginie, le 17 avril 2019.
Beto O'Rourke lors d'un meeting à Alexandria, en Virginie, le 17 avril 2019. Drew Angerer, Getty Images/AFP

Le public aime son énergie, son charisme et son côté accessible. Mais Beto O’Rourke, candidat aux primaires démocrates, a du mal à préciser ses idées de campagne et pâtit d’une concurrence grandissante. Reportage en Virginie.

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Au son d’Arcade Fire, Patti Smith et The Who, le public attend l’homme qui rêvait d’être une rock star mais qui a changé de plan de carrière. Beto O’Rourke, candidat aux primaires démocrates de 2020, vise désormais la Maison Blanche. Après s’être fait remarquer pour sa campagne contre le sénateur Ted Cruz au Texas en 2018, il sillonne à nouveau les routes à la rencontre des Américains.

"Il conduit son propre mini-van", raconte une journaliste qui le suit à travers le pays depuis sa candidature mi-mars. Ce mercredi 17 avril, Beto O’Rourke a garé son bolide à Alexandria, en Virginie, près de la capitale Washington. Quelques centaines de personnes l’attendent en musique dans la salle de conférence d’un hôtel sans charme. La foule n’est pas compacte mais, pour un après-midi en pleine semaine, l’affluence est respectable.

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Surtout, cette intimité permet au candidat de démontrer une nouvelle fois que son point fort, c’est l’humain. Il est proche des électeurs, il leur parle droit dans les yeux. Chemise bleue, sans cravate, manches retroussées, le Texan de 46 ans passe une heure avec le public. Du haut de son mètre 93, il transmet son énergie à la foule. Et n’hésite pas à s’accroupir pour se mettre au niveau de son auditoire quand on lui pose une question. C’est probablement ce charisme - vérifié, donc - qui lui a permis de lever 9,4 millions de dollars lors de ses premiers 18 jours de campagne, un chiffre impressionnant.

"Son intégrité, son charisme sont ses points forts"

"Beto, c’est notre lueur d’espoir, il va sauver l’Amérique", lance Lyn Bacha, 59 ans. Cette fan a fait deux heures de route pour venir voir son chouchou. "C’est lui qui a le plus gros cœur, je le sens sincère et je pense qu’il est la meilleure personne pour battre Donald Trump en ce moment, ajoute-t-elle. La principale raison qui me fait le soutenir, c’est son empathie. Aujourd’hui, on a désespérément besoin de quelqu’un qui se soucie de nous et qui nous mènera vers un meilleur futur."

"Beto a cette personnalité de meneur qui me plaît beaucoup", abonde Carmen Raventos-Suarez, 72 ans. "Son intégrité, son charisme sont ses points forts. Il communique bien", ajoute son ami Ernie Lehmann, 85 ans. Tous les deux arborent des pancartes "Viva Beto". Pourtant, ils ne sont pas sûrs de voter pour lui in fine. S’ils sont venus cet après-midi, c’est pour "comparer".

"Pete Buttigieg, Kamala Harris, Elizabeth Warren et Bernie Sanders sont honnêtes aussi", affirme Ernie, énumérant d'autres candidats démocrates dans la course. "J’ai beaucoup de favoris. Tous les candidats ont quelque chose de bon à dire", estime-t-il. Comme lui, beaucoup d’Américains apprécient Beto O’Rourke pour sa personnalité. Sur ses thèmes de campagne, en revanche, ils sont un peu perdus.

Beto O’Rourke cherche encore sa proposition phare

Il faut dire que, sur scène, le candidat entretient le flou sur ses propositions. Il égrène des thèmes comme la santé, l’éducation, le climat ou encore la légalisation du cannabis sans vraiment les détailler. C’est sur l’immigration qu’il est le plus précis. Originaire d’El Paso, à la frontière mexicaine, cet ancien élu de la Chambre des représentants critique violemment le mur anti-migrants de Donald Trump. Pour les "Dreamers", ces jeunes sans-papiers arrivés illégalement avec leurs parents lorsqu’ils étaient enfants et qui ont passé toute leur vie aux États-Unis, Beto O’Rourke réclame la citoyenneté américaine.

Toutefois, rien dans son programme n’est unique. Il cherche encore sa proposition phare. Pendant ce temps-là, ses concurrents ont trouvé la leur. Kamala Harris propose une hausse des salaires des professeurs. Amy Klobuchar projette un grand plan sur les infrastructures. Et Elizabeth Warren a de multiples propositions précises et chiffrées, tandis que Bernie Sanders prône le socialisme à l’Américaine. Dans les meetings de ce dernier, il est rare de croiser des électeurs qui ne soient pas certains de voter pour lui. Ce jour-là, à Alexandria, quasiment tous les Américains interrogés se tâtaient encore.

Lilah Gonzalez, 19 ans, l’admet : "Je suis venue voir Beto pour en savoir plus sur ses thèmes de campagne car je ne suis pas vraiment sûre de savoir ce qu’il pense réellement. J’ai une idée générale de ce qu’il dit, mais pas plus. Il est possible que je vote pour d’autres candidats, ils sont tellement nombreux chez les démocrates ! Il y a ce nouveau type, un jeune : son nom est Pete Buttigieg. Je l’aime bien. Il est très jeune, il a une perspective fraîche, un peu comme Beto. C’est pour ça que je veux trouver un moyen de les différencier aujourd’hui."

Beto O’Rourke n’a plus le monopole de la fraîcheur

Pete Buttigieg, c’est en effet le nouveau phénomène qui fait de l’ombre à Beto O’Rourke. Il lui est même passé devant dans les sondages la semaine dernière avec 9 % des intentions de vote contre 8 % pour le Texan. Les deux hommes sont jeunes et incarnent un certain renouveau à une époque où les Américains sont fatigués des vieilles figures politiques. Or si Beto O’Rourke n’a plus le monopole de la fraîcheur, il devra se démarquer sur le fond pour rester dans la course.

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Daniel Lazovick, 32 ans, a peut-être la solution. Il arbore un badge "Beto" sur la poitrine, mais il avoue avoir le même à la maison en version "Mayor Pete" (le surnom de Pete Buttigieg). "Je les aime bien tous les deux, pour être honnête. Je ne sais pas lequel je préfère pour l’instant. Ce qui serait cool, c’est que l’un des deux l’emporte et qu’ils forment un ticket commun après les primaires !"

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