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PORTRAIT

Alan Garcia, le président péruvien qui a toujours fui la justice

Alan Garcia chantant l'hymne national devant le Congrès péruvien en 2006.
Alan Garcia chantant l'hymne national devant le Congrès péruvien en 2006. Jaime Razuri, AFP

L'ancien président péruvien Alan Garcia s'est suicidé mercredi à Lima avant son arrestation. Accusé de corruption, l'homme a été rattrapé par la justice après avoir marqué pendant 35 ans l'histoire de son pays. Portrait.

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Pour beaucoup de Péruviens, il était le "cheval fou" de la politique. L'ancien président (de 1985 à 1990, puis de 2006 à 2011) Alan Garcia, 69 ans, a mis fin à ses jours mercredi 17 avril, juste avant son arrestation dans le cadre du scandale de corruption Odebrecht.

L'actuel chef de l'État péruvien, Martin Vizcarra, a confirmé la nouvelle sur Twitter en se disant "consterné par le décès de l'ex-président Alan Garcia. Je transmets mes condoléances à sa famille et à ses proches", a-t-il écrit, annonçant trois jours de deuil national, du 17 au 19 avril. Il a également ordonné la mise en berne du drapeau national sur les institutions publiques.

Présent dans la sphère publique du pays depuis les années 1970, Alan Garcia fut le plus jeune président de l'histoire de son pays. Pourtant, ses deux bilans à la tête de l'État andin sont contrastés, entre récession économique, violations des droits de l'homme et corruption.

Une aura de persécuté politique

Né en 1949 à Lima, Alan Garcia est issu d'une famille de la classe moyenne et de militants du parti social-démocrate. Son père, Carlos García Ronceros, a même fait de la prison pour son appartenance à ce parti de la gauche socialiste. En 1978, il devient le plus jeune député élu à l'Assemblée constituante, puis à partir de 1985 le plus jeune président du Pérou.

Ce colosse de 1,90 m s'est notamment fait connaître grâce à ses talents de tribun hors-pair. Il danse parfois sur les estrades de ses meetings. En raison de son impulsivité, certains le surnomment le "cheval fou".

Après son premier mandat (de 1985 à 1990), il commence à bénéficier de l'aura du persécuté politique en raison de sa traque par la police du président Alberto Fujimori – depuis accusé de crimes contre l'humanité. Sa fuite en 1992 est rocambolesque : c'est en s'enfuyant par les toits de sa maison qu'il gagne l'ambassade de Colombie.

>> À lire aussi : "Fujimori, la dynastie japonaise qui se déchire au Pérou"

Réfugié un temps à Bogota, ce francophone s'installe ensuite en France, où, dans les années 1970, il avait fait une partie de ses études. Diplômé de la Sorbonne en sociologie, après un doctorat en droit obtenu à Madrid, Alan Garcia s'était à l'époque lié avec la famille Mitterrand.

Un bilan contrasté

Sa première gouvernance s’est déroulée dans un contexte de forte violence politique, marqué par l’insurrection de la guérilla maoïste du Sentier lumineux et la crise de la dette en Amérique latine. Lorsqu’il termine son mandat en 1990, il laisse un pays exsangue, au bord de l’asphyxie économique, avec une récession et une inflation record de 7 600 %.

C'est après son départ du pouvoir en 1990 qu'éclatent les premières accusations de violations des droits de l'Homme. Des associations l'accusent de la disparition forcée de 1 682 personnes, notamment dans des centres pénitentiaires. En 1991, la justice l'accuse également d'avoir détourné 500 000 dollars des caisses de l'État pour se faire construire trois maisons à Lima. Il dénonce alors une manigance politique du président Fujimori pour l'empêcher de se présenter à la présidentielle. Il ne reviendra au Pérou qu'une fois que la Cour suprême aura indiqué que les faits sont prescrits. Il ne sera jamais jugé.

Lors de son deuxième mandat, il rompt avec le socialisme au niveau économique pour adopter un tournant libéral. Il abandonne le protectionnisme qu'il avait défendu lors de son premier gouvernement et devient un ardent défenseur du libre marché. Sur le plan international, il affiche notamment son amitié avec le président brésilien Lula – également accusé de corruption dans son propre pays.

Rattrapé par la justice

Début 2017, son nom commence à être associé au tentaculaire dossier Odebrecht, du nom du géant brésilien de BTP qui a versé durant plus d'une décennie 788 millions de dollars à des partis politiques à travers l'Amérique latine pour remporter des appels d'offres pour des marchés publics. Tous les chefs d’État ayant gouverné le Pérou entre 2001 et 2018 – à savoir Alejandro Toledo, Alan Garcia, Ollanta Humala et Pedro Pablo Kuczynski – sont accusés d'avoir touché des pots-de-vin.

Craignant, comme dans les années 1990, une fuite à l'étranger, la justice lui interdit de quitter le territoire. Mi-novembre 2018, il demande l'asile à l'Uruguay en restant seize jours dans l'ambassade de ce pays à Lima. Montevideo rejette sa demande après examen de son dossier.

Dès lors dans le collimateur de la justice péruvienne, Alan Garcia semble mal vivre cette situation : malgré son large sourire crispé, il perd son calme devant les caméras. "Prouvez-le donc bande d'imbéciles ! Trouvez quelque chose !", lance-t-il défiant, alors que la presse vient de révéler qu'il aurait reçu 100 000 dollars – provenant de fonds illégaux d'Odebrecht – en paiement d'une conférence donnée devant des entrepreneurs brésiliens à Sao Paulo en mai 2012.

Alan Garcia s'est tiré une balle dans la tête alors que la police venait d'arriver à son domicile de Lima pour le placer en détention provisoire pour dix jours. Ses partisans, comme son ex-ministre Nidia Vilchez, voient en lui un homme "parti avec honneur", tandis que ses opposants voient dans son geste l'acte d'un "lâche" n'ayant jamais payé pour ses crimes. Même dans la mort, le président continue de diviser le Pérou.

Avec AFP

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