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Élections européennes : le RN repeint ses idées en vert

Marine Le Pen présentant le manifeste du Rassemblement national, le 15 avril 2019 à Strasbourg.
Marine Le Pen présentant le manifeste du Rassemblement national, le 15 avril 2019 à Strasbourg. Vincent Kessler, Reuters

Dans son manifeste dévoilé lundi pour les européennes, le Rassemblement national de Marine Le Pen prône l’écologie identitaire et cherche à repeindre son image en vert pour séduire un nouvel électorat.

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Dans l’indifférence générale ou presque, le Rassemblement national (RN) a présenté lundi 15 avril à Strasbourg un manifeste contenant une série de propositions en vue des élections européennes, avant que l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris ne réduise en cendres sa communication. Le parti de Marine Le Pen proposait pourtant une nouvelle ligne mêlant écologie, "localisme" et humanisme.

Avec ce manifeste de 75 pages, qui n'est "pas seulement un programme" mais une "vision de l'homme", la patronne de l’ex-Front national amorce un nouveau positionnement : elle entend désormais "tout remettre sur la table" pour faire de "l'Europe des nations" la "première civilisation écologique" du monde.

La ligne vert-bleu Marine

L'écologie ne semble donc plus être l’apanage des "bobos", comme le tambourinait Jean-Marie Le Pen en son temps. Un nouveau paradigme que le parti doit à l'essayiste Hervé Juvin, apôtre du "localisme" et d'une écologie identitaire et civilisationnelle, qui a d’ailleurs participé à la rédaction du manifeste.

L’écologie version RN n’a que peu de rapport avec celle traditionnellement portée par les partis de gauche. Jordan Bardella, tête de liste RN aux européennes, soutient notamment que "le meilleur allié de l'écologie, c'est la frontière. C'est par elle que nous sauverons la planète", a-t-il asséné lundi dans Le Figaro, prônant un "localisme" qui suppose la fin des importations tous azimuts.

Sa patronne assure de son côté que "l'homme n'est pas interchangeable", qu'il n'est pas "simplement un consommateur ou un producteur" mais un "être enraciné, qui aspire à vivre sur sa terre pour la transmettre à ses enfants". Prolongeant ce raisonnement, elle affirme que "celui qui est enraciné chez lui est écologiste, celui qui est nomade (...) s'en moque de l'écologie, il n'a pas de terre".

Dans cette perspective, le RN fait logiquement l’apologie du "localisme", concept phare du parti qui entend réconcilier économie et écologie par le circuit court et le financement d'entreprises locales. "L’écologie et le 'localisme' ont gagné une large visibilité dans la ligne politique du RN, mais il s’agit d’une écologie d’extrême droite, très identitaire", fait remarquer Jean-Yves Camus, politologue français et spécialiste de l’extrême droite. "Beaucoup d’électeurs d’extrême droite conçoivent la société comme un biotope ou un organisme humain, qu’il convient de conserver dans son état d’origine. Dès lors que l’on y introduit un corps étranger, on sème le désordre. D’où le refus de l’immigration. Il en va logiquement de même pour la nature : on doit respecter l’ordre naturel établi par les saisons, les cultures, etc."

Adieu Frexit, adieu franc

Le parti souverainiste a aussi considérablement revu son positionnement sur l’Europe. Oublié le Frexit. Oubliée la sortie de l’euro. "Après la présidentielle de 2017, Marine Le Pen a mis le Frexit sous le tapis car elle s’est rendue compte que ce sujet était anxiogène, estime Jean-Yves Camus. Le Brexit a fait prendre conscience, au-delà de la belle promesse, qu’il s’avérait beaucoup plus compliqué à mettre en place. La sortie de l’euro n’était pas rassurante non plus pour les jeunes qui n’ont jamais connu le franc."

Marine Le Pen entend aujourd’hui "renégocier les traités européens" et remplacer la Commission européenne par un simple secrétariat administratif. "Pour la première fois depuis qu’il est élu au suffrage universel direct, le Parlement européen peut devenir le lieu où se joue le changement, si une alliance des partis nationaux et populaires l’emporte", peut-on lire dans le manifeste. "En d’autres termes, le RN veut dynamiter l’Europe de l’intérieur", estime Jean-Yves Camus. Reste qu’il faut encore l’unanimité au Conseil européen, composé des chefs d’État ou de gouvernement, pour mener à bien ce grand projet. Or, la probabilité qu’une unanimité s’y dégage en faveur d’un retour en arrière demeure peu probable.

Restent enfin de nombreuses contradictions dans ce nouveau projet lepéniste. À commencer par la volonté de défendre des souverainetés nationales au sein du Parlement tout en se soumettant aux décisions des institutions européennes prises à la majorité. Autre ambiguïté, Marine Le Pen a compris qu’il fallait conserver l’euro bien ancré dans les usages mais remet en cause la Banque centrale européenne qui en est la garante. Enfin, le RN qui aspire à davantage d’écologie milite également pour le nucléaire, jugé plus sûr et assurant l’indépendance de la France. Mais le parti lepéniste a su montrer par le passé qu’il savait manier les paradoxes.

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