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Le rapport Mueller, une arme politique difficile à manier contre Donald Trump

Le rapport Mueller, long de 448 pages, a été rendu public jeudi 18 avril.
Le rapport Mueller, long de 448 pages, a été rendu public jeudi 18 avril. Jonathan Ernst, Reuters

Les démocrates américains cherchent le meilleur moyen d’exploiter le rapport du procureur spécial Robert Mueller sur les liens entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie, publié jeudi. Au risque de faire le jeu du président.

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C’est un pavé de 448 pages qui a été jeté dans la mare politique américaine, jeudi 18 avril. Le rapport Mueller, même amputé de nombreux passages par le ministère américain de la Justice [pour des raisons, notamment, de respect d'instructions en cours], a commencé à être épluché au Congrès et dans toutes les rédactions du pays pour savoir si les conclusions de l’enquête sur les liens entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie avaient été présentées fidèlement par William Barr, le ministre de la Justice.

Ce dernier avait répété, quelques heures avant la publication du rapport, que les preuves accumulées par le procureur spécial Robert Mueller ne permettaient pas d’enclencher des poursuites pour conspiration avec la Russie ou entrave à la justice. Son président de patron était ainsi blanchi. Fin de l’histoire ? Sûrement pas.

Robert Mueller tend une perche aux démocrates du Congrès

"En réalité, ce n’est que le début de la vie du rapport Mueller", estime Jean-Éric Branaa, spécialiste des États-Unis à l’université Paris II, contacté par France 24. D’abord, parce que Robert Mueller a tendu une perche au Congrès pour continuer à s’intéresser à l’aspect obstruction de justice de l’enquête. Le procureur spécial explique que si son équipe n’a pas réussi à trancher cette question, les députés pouvaient "appliquer au président la loi sur l’obstruction de justice, en accord avec le principe d’équilibre des pouvoirs". Le rapport fournit même une liste de dix exemples où Donald Trump a dangereusement flirté avec le délit d’entrave à la justice.

Reste à savoir si la Chambre des représentants – où les démocrates sont majoritaires – va saisir cette occasion. Pour ce faire, ils devraient entamer une procédure d’impeachment (mise en accusation du président). Les députés auraient alors un avantage sur le bureau du procureur spécial : Robert Mueller n’a pas retenu l’entrave à la justice, parce qu’il a estimé "ne pas avoir les éléments suffisants pour prouver au-delà du doute raisonnable que Donald Trump avait l’intention de commettre cette infraction. Mais comme la procédure d’impeachment est politique et non pas juridique, les députés n’auraient pas à prouver l’intention, simplement à constater que le résultat [d’entrave à la justice] est constitué", explique Jacob Maillet, spécialiste du droit constitutionnel nord-américain au Laboratoire de recherche sur les cultures anglophones du CNRS, contacté par France 24.

Mais les démocrates ne semblent pas enclins à s’aventurer sur ce chemin… Du moins pour l’instant. "Cela ne vaut pas le coup en l’état actuel des choses", a affirmé Steny Hoyer, le chef du groupe majoritaire à la Chambre des représentants. Le risque politique est grand : "Une majorité des Américains en a ras-le-bol de cette affaire, et serait susceptible de considérer qu’une procédure d’impeachment constitue un harcèlement pur et simple d’un président contre lequel Robert Mueller n’a pas retenu de charge", résume Jean-Éric Branaa.

Un rapport, deux versions

Pour autant, le Parti démocrate ne va pas rester les bras croisés. Après tout, le rapport établit que des membres de l’équipe de campagne de Donald Trump étaient ouverts à l’idée de recevoir l’aide de la Russie pour battre Hillary Clinton lors de l’élection présidentielle de 2016. Il raconte également comment le président a cherché à mettre un terme à l’enquête de Robert Mueller. Pour exploiter ce "filon" sans avoir l’air de tirer sur la corde politique, "il y a eu une répartition des tâches entre la vingtaine de candidats démocrates [à la présidentielle de 2020, NDLR] et les députés du Congrès. Les candidats affirment qu’il faut tourner la page et parler des sujets qui préoccupent les électeurs. De leur côté, les élus au Congrès sont chargés d’utiliser le rapport pour maintenir la pression juridique sur le président", explique Jean-Éric Branaa.

Pour ce faire, ils ont demandé au ministère de la Justice, vendredi 19 avril, de leur fournir le rapport complet sans les (nombreuses) coupes. "C’est une manière de suggérer qu’il y a des éléments à charge que la présidence essaierait de cacher, ce qui permet d’insinuer le doute dans l’esprit des électeurs", résume le politologue français.

Les députés ont aussi signifié leur intention de faire témoigner Robert Mueller devant le Comité des affaires judiciaires de la Chambre des représentants. "Les démocrates veulent lui faire dire qu’il n’a pas exonéré Donald Trump des accusations d’obstruction de justice, afin de présenter aux électeurs une version différente des conclusions du rapport de celle de la Maison Blanche", affirme Jacob Maillet.

"Le but de ces initiatives est de faire planer aussi longtemps que possible la menace d’un impeachment, afin de continuer à perturber le président avec cette affaire, mais sans jamais vraiment passer à l’acte", estime Jean-Éric Branaa.

Mais le Parti démocrate ne va pas être le seul à essayer de transformer le rapport Mueller en arme politique. Donald Trump a déjà commencé en exigeant, sur Twitter, des excuses à ceux qui l’ont accusé d’être un pion entre les mains du Kremlin. "Le rapport apparaît comme du pain bénit pour lui, car la seule chose que la majorité des Américains va en retenir, c’est qu’ils ne sont pas gouvernés par un traître à la nation", juge Jean-Éric Branaa. Le chef de l’exécutif devrait continuer à essayer de provoquer les démocrates, à coups de tweets, sur le terrain du rapport, afin de pouvoir répéter aussi souvent que possible qu’une enquête indépendante qui a duré deux ans et demi l’a innocenté des accusations de conspiration.

D'après Jean-Éric Branaa, les deux camps cherchent à imposer leur lecture du rapport Mueller pour s’attirer les faveurs des quelque 15 % d’électeurs indécis. Pour le politologue, "s’ils n’ont plus aucun doute sur l’innocence de Donald Trump, ils risquent de prêter une oreille beaucoup plus attentive aux discours du président sur le bon état de l’économie américaine et sur l’immigration". Ce qui pourrait faire la différence entre une victoire et un nouvel échec pour les démocrates à la prochaine élection présidentielle de 2020.

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