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Aux États-Unis, une milice antimigrants dans le viseur du FBI

Larry Mitchell Hopkins, surnommé "Striker", chef des United Constitutional Patriots (UCP), près de la frontière avec le Mexique, dans le Nouveau-Mexique, le 20 mars 2019.
Larry Mitchell Hopkins, surnommé "Striker", chef des United Constitutional Patriots (UCP), près de la frontière avec le Mexique, dans le Nouveau-Mexique, le 20 mars 2019. Paul Ratje, AFP

Le FBI a arrêté samedi le leader d'un groupe de miliciens volontaires qui patrouillaient armés à la frontière sud pour capturer des migrants. Une vidéo montrant la détention de centaines d'illégaux avait affolé les défenseurs des droits humains.

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On le surnomme "striker", le "cogneur". Larry Mitchell Hopkins, 69 ans, dirige les United Constitutional Patriots (UCP), une milice du Nouveau-Mexique composée d’anciens militaires et policiers. Fortement armée, elle patrouille le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, à la recherche de migrants illégaux. Pour le procureur général de cet État du sud des États-Unis, Hector Balderas, Larry Mitchell Hopkins est un "dangereux criminel qui ne devrait pas traîner avec des armes, près d'enfants et de familles".

L’UCP, actif sur Facebook depuis 2016  et jusqu’à présent peu connu du grand public [ un peu plus de 5 100 abonnés au jour où nous éditons cet article], se définit comme une association "de patriotes" mobilisés "pour aider la police des frontières (la Border Patrol) et protéger les familles américaines". D’après l’observatoire américain des groupes nationalistes, Southern Poverty Law Center, Larry Mitchell Hopkins prétend offrir à Donald Trump des renseignements sur les activités à la frontière sud, à travers ce groupe d’autodéfense.

Ses membres publient quasi quotidiennement sur les réseaux sociaux des vidéos de leurs patrouilles : on y voit des familles entières originaires d’Amérique centrale se faire interpeller dans le désert, avant d’être regroupées et livrées à la police des frontières. Parmi les dernières vidéos en date, les défenseurs des droits humains retiennent celle filmée dans la nuit du lundi 15 au mardi 16 avril, près de la ville de Sunland Park.

Plus de 200 personnes apparaissent alignées à genoux, fatiguées et apeurées, en pleine nuit, près d’une ligne de fer, retenus par des membres armés des UCP. Parmi elles, on dénombre plusieurs enfants en bas âge. La milice attend l’arrivée de la police pour lui remettre les migrants.

Vives réactions

Deux jours après, l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), une des plus anciennes organisations de défense des libertés individuelles, saisit la gouverneure et le procureur général du Nouveau-Mexique, Michelle Lujan Grisham et Hector Balderas. Dans une lettre datant du 18 avril, l’association dénonce ce qu’elle considère comme une "séquestration illégale" à caractère racial de "personnes cherchant l’asile" et demande aux autorités d’enquêter sur les agissements de l’UCP. Entre temps, la vidéo de Sunland Park suscite l’indignation dans tout le pays.  

Le ministère des Affaires étrangères mexicains se déclare pour sa part "profondément préoccupé face aux activités d’intimidation et d’extorsion contre des migrants de la part de milices à la frontière qui […] peut conduire à des atteintes aux droits humains". Michelle Lujan Grisham, elle, réagit sur Twitter en indiquant que "toute menace envers des familles migrantes et des demandeurs d’asile est absolument inacceptable".

L’arrestation par le FBI de Larry Mitchell Hopkins, vétéran de la guerre du Vietnam et "chasseur de primes" selon ses proches, intervient ainsi cinq jours après la diffusion de la détention de masse. Il est accusé de "possession d'armes à feu par un criminel". Dans sa déclaration, le procureur général du Nouveau-Mexique affirme que sa détention "montre que l’application de la loi doit être entre les mains d’agents de police et non pas de miliciens".

Jim Benvie, un autre membre très actif du groupe d’autodéfense, a qualifié dans une vidéo publiée dimanche l’arrestation de son "commandant" de "coup monté" par les autorités dans un contexte de "guerre politique". Quelques heures auparavant, il diffusait en direct sur Facebook une nouvelle patrouille des United Constitutional Patriots. Interrogé par le New York Times avant l’arrestation de Larry Mitchell Hopkins, Jim Benvie affirmait que la milice allait continuer ses opérations jusqu’à l’érection du mur promis par Donald Trump, tout le long de la frontière.

Un regain d’activités

Ce genre d’interventions par des groupes d’autodéfense ne sont pourtant pas nouvelles. On dénombre dès les années 1970 des mouvements de surveillance des frontières aux États-Unis au sein du Ku Klux Klan, signale David Neiwert, auteur du livre "Alt-America : The Rise of the Radical Right in the Age of Trump" [que l'on pourrait traduire par "Alt-América : la montée de la droite radicale à l’ère de Trump"] (livre non traduit au français).

Selon lui, le mouvement aurait pris son envol dans les années 2000, avec la figure de Glenn Spencer, fondateur des American Border Patrol, qui ouvert ensuite la voie à une myriade d’autres groupuscules. Dès cette période, la justice américaine s’est penché sur des cas d’agressions envers des immigrés.

En août 2005, deux Salvadoriens, Fatima Leiva et Edwin Mancia, entrés illégalement aux États-Unis ont gagné le procès qui les opposait à un groupe d’autodéfense nommé Ranch Rescue, dans le Texas. En 2003, ils avaient porté plainte au civil, après avoir été retenus par les miliciens, qui avaient lâché un chien sur Edwin Mancia. Deux ans après, la Justice leur a donné raison en confisquant une propriété de Ranch Rescue pour la concéder aux deux migrants.

Plus récemment, en 2014, un groupuscule texan nommé Camp Rusty s’était fait remarqué par un échange de tirs avec la Border Patrol, qui a conduit à une série d’arrestations et au démantèlement de la milice.

Aujourd’hui, seuls 28 États américains interdisent les groupes d’autodéfense "non autorisés par le gouvernement de l’État en question". Le Nouveau-Mexique n’en fait pas partie. Attisées ces derniers mois par les caravanes de migrants qui ont frappés aux portes des États-Unis en 2018, et l’augmentation de détentions de migrants à la frontière – plus de 92 000 en mars 2018 –, les milices se sont redéployées dernièrement. Selon le Washington Post, qui cite des documents de l’armée américaine, ils pouvait y avoir, en novembre 2018, "environ 200 miliciens à la frontière sud".

Quant à Larry Mitchell Hopkins, pour le New York Times, bien que l’accusation de possession illégale d’armes qui porte contre lui soit plutôt mineure, il est probable que le "cogneur", soit par la suite inculpé "pour séquestration et pour s’être fait passer pour un agent de police".

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