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Ukraine : après l’élection de Volodymyr Zelensky, quid des relations avec Moscou ?

Le comédien ukrainien Volodymyr Zelensky, vainqueur de la présidentielle le 21 avril 2019.
Le comédien ukrainien Volodymyr Zelensky, vainqueur de la présidentielle le 21 avril 2019. Vasily Maximov, AFP

L’élection en Ukraine d'un nouveau président inexpérimenté, qui a entretenu un certain flou sur son programme, interroge sur sa capacité à discuter avec Vladimir Poutine et à mettre fin à la guerre avec le voisin russe.

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La présidentielle ukrainienne remportée, dimanche 21 avril, par le comédien novice en politique Volodymyr Zelensky avec une majorité écrasante (73,1 %) face au sortant Petro Porochenko, partisan d'une ligne dure face au Kremlin, a été suivie de près par Moscou et les pays occidentaux.

Cette victoire ouvre une période d’incertitudes pour l’Ukraine, alors que le conflit est toujours ouvert avec la Russie, qui a annexé la Crimée en 2014, et que la guerre dans les régions de l’est du pays a fait près de 13 000 morts en cinq ans. Kiev et les Occidentaux accusent Moscou de soutenir militairement les séparatistes prorusses à la tête de ces régions, ce que dément le Kremlin.

Prudence russe face à un novice en politique

"Il est trop tôt pour évoquer (...) la possibilité d'un travail en commun", a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, ajoutant que Moscou jugera sur ses actes la politique du président Zelensky.

Un commentaire qui laisse entrevoir la prudence des Russes face à un nouveau président imprévisible, entré en campagne en décembre 2018 et qui a entretenu un certain flou sur le programme qu'il veut appliquer.

"C’est certainement un saut dans l’inconnu, parce que les positions de Volodymyr Zelensky sont très ambiguës sur ce qu’il compte faire par rapport à ce conflit et sur ses relations à l’Est", estime Florent Parmentier, enseignant à Sciences Po Paris, spécialiste de l’Ukraine, interrogé par France 24.

Le Kremlin n'a "aucune position ou stratégie claire face à Zelensky, qui a été une surprise totale pour Moscou", explique à l'AFP Andreï Kolesnikov, politologue au centre Carnegie de Moscou.

L’ambiguïté entretenue par le comédien lui a réussi, puisque les positions très tranchées du président sortant, qui a cherché à se présenter comme le commandant en chef d’une armée en guerre face à un comique sympathique mais incompétent, n’ont pas séduit l’électorat. En effet, Petro Porochenko n’est pas parvenu à mettre fin au conflit avec le voisin russe, alors qu’il s’agissait de l’une de ses promesses de campagne en 2014.

Lors de sa première conférence de presse après sa victoire, Volodymyr Zelensky a déclaré souhaiter "relancer" le processus de paix de Minsk et "arriver à un cessez-le-feu", en référence aux accords signés en février 2015 entre Kiev et Moscou dans la capitale biélorusse, sous l'égide de Paris et Berlin. Après être arrivé en tête du premier tour de la présidentielle, il avait cependant bombé le torse face au voisin russe, disant vouloir demander au Kremlin des compensations pour la guerre et la perte de la Crimée.

"Tout cela reste flou, on ne connaît pas vraiment sa stratégie, et ces cinq dernières années ont démontré que la clé pour la résolution du conflit se trouvait à Moscou, et non pas à Kiev, juge Vlodymyr Yermolenko, philosophe et politologue ukrainien, rédacteur en chef d’Ukraine World, interrogé par France 24. Zelensky a déclaré qu’il allait lancer une guerre de l’information pour envoyer un message aux habitants des territoires occupés par les Russes, leur disant qu’ils restaient ukrainiens et que le pays ne les avait pas oubliés. Mais il est un peu naïf de penser qu’il s’agit de la seule clé qui permettra de mettre fin à la guerre."

Une élection synonyme de victoire pour Vladimir Poutine ?

Parmi les éditorialistes et commentateurs ukrainiens, le débat reste entier autour de celui qui veut poursuivre le rapprochement de son pays avec les Européens. "Ils s’interrogent pour savoir si le résultat de cette présidentielle est synonyme de défaite ou de victoire pour Vladimir Poutine, rapporte le correspondant de France 24 à Kiev, Gulliver Cragg. Ceux qui n’ont pas confiance en Volodymyr Zelensky estiment que sans expérience, il sera incapable de faire face à la Russie et maintenir le cap pro-européen pour l’Ukraine, ils pensent que le président russe doit être en train de se frotter les mains."

Lors d'un meeting, organisé la semaine dernière sur la place Maïdan de Kiev, Petro Porochenko avait déclaré que "Poutine rêv[ait] d'un président novice, faible, non préparé. Plus le président ukrainien est faible, plus le président russe est fort."

Pendant la campagne, l’humoriste avait dû s’expliquer sur une de ses sorties, remontant à 2014, dans laquelle il avait proposé de s’agenouiller devant Vladimir Poutine pour éviter un "conflit militaire" entre les deux "peuples frères". Vlodymyr Zelensky a confié qu’il s’agissait "d’un plaidoyer désespéré pour la paix, pas pour faire quoi que ce soit".

"Vladimir Poutine peut en effet se sentir satisfait du résultat de cette élection, car il considère Petro Porochenko comme un ennemi, et il avait à plusieurs reprises déclaré qu’il souhaitait changer d'interlocuteur, explique Vlodymyr Yermolenko. On constate une certaine euphorie dans les médias russes, mais il est aussi naïf de leur côté de penser que Zelensky, même s’il est une figure ambiguë, sera un président prorusse, d’autant plus que 50 % de ses électeurs sont pro-européens."

D’autres observateurs, au contraire, pensent en effet que le résultat de la présidentielle peut être considéré comme une défaite pour le Kremlin. "Une victoire pour la démocratie, et un exemple que les Russes pourraient être tentés de suivre, ajoute Gulliver Cragg. Il est rare dans l’espace postsoviétique, hormis les trois pays baltes, qu’un président sortant perde une élection et reconnaisse immédiatement sa défaite. C’est quelque chose qui est difficilement imaginable en Russie ou en Biélorussie", indique-t-il.

Toujours est-il que la marge de manœuvre du nouveau président Zelensky sera réduite, car "il existe une ligne rouge aux yeux de l’opinion, affirme Vlodymyr Yermolenko, qui est celle de ne pas chercher la paix avec la Russie en se pliant aux termes fixés par Moscou".

Son plus grand défi, outre la lutte contre la corruption et le redressement de l'économie, sera dans un premier temps de lever les doutes qui existent sur ses capacités à diriger l’armée (en Ukraine, le président est selon la Constitution le chef des armées) et à discuter d’égal à égal avec Vladimir Poutine. "Il s’agit d’une peur que ressentent de nombreux Ukrainiens par rapport à son aptitude à présider le pays dans un contexte aussi grave", conclut Vlodymyr Yermolenko.

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