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Une étude américaine pointe les risques de se passer de petit-déjeuner

Des pains au chocolat.
Des pains au chocolat. Joel Saget, AFP

Selon une étude américaine, ne pas prendre de petit-déjeuner pourrait entraîner des maladies cardiovasculaires. Des conclusions à interpréter avec prudence.

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Depuis mardi 23 avril, des petits-déjeuners sont offerts aux élèves français dans certaines écoles de zones d’éducation prioritaires (ZEP). Mesure phare du plan pauvreté du président de la République Emmanuel Macron, ce dispositif doit être étendu d’ici la rentrée scolaire de septembre 2019 à l’ensemble des ZEP du territoire français. "L’objectif est de permettre aux enfants de ne pas commencer la journée le ventre vide, de rester concentrés pendant toute la matinée et ainsi d’apprendre dans les meilleures conditions", a justifié mardi le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer.

Une étude basée sur les habitudes alimentaires de 6 550 Américains

Une mesure qui fait écho à la parution, le 16 avril, d’une étude dans le Journal of the American College of Cardiology, mettant en évidence les risques à ne pas prendre de petit-déjeuner le matin. Selon les auteurs, les personnes qui manquent le petit-déjeuner augmenteraient leur risque de décès par maladie cardiovasculaire de 87 %. "Le petit-déjeuner est connu comme étant le plus important – ou au moins l'un des plus importants – repas de la journée, mais il existe peu de données disponibles pour confirmer ou infirmer cette croyance", explique le docteur Wei Bao, assistant professeur en épidémiologie à l’Université de l'Iowa et principal auteur de l’étude. "Nos recherches apportent des preuves qu’il existe des conséquences à long terme pour ceux qui ne mangeraient pas le matin".

Les auteurs de l'étude ont interrogé 6 550 Américains âgés de 40 à 70 ans, entre 1988 et 1994, au sujet de leurs habitudes alimentaires. Puis en 2011, ils se sont penchés sur l’état de santé des participants. Ils affirment aujourd'hui avoir réussi à établir un lien entre le fait de ne pas se nourrir le matin et les cas de maladies cardiovasculaires ayant ou non entraîné la mort. Une hypothèse qui mérite attention, à l'heure où les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité dans le monde. En 2016, un rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recensait 15,2 millions de décès dus à ces problèmes de santé.

Des données manquantes à l’étude

Cependant, les auteurs de l’étude nuancent leurs conclusions : si un lien a été établi entre le fait de ne pas manger le matin et des maladies cardiovasculaires, rien ne prouve que renoncer à petit-déjeuner entraînerait inévitablement ce genre de conséquence. Par ailleurs, le contenu même des petits-déjeuners n’a pas été pris en compte. Des recherches complémentaires devraient être menées par la suite.

L'étude s'est attirée des critiques aux États-Unis. Krista Varady, assistante professeur de nutrition à l’Université d’Illinois, a ainsi pointé du doigt ses imprécisions dans un article de CNN. "Le plus gênant, c’est que l’on ignore si les personnes qui ne prennent pas de petit-déjeuner avaient également d’autres comportements mauvais pour la santé. S’ils étaient d’anciens fumeurs, de gros buveurs, ne faisaient pas de sport ou encore avaient un régime alimentaire peu sain, par exemple."

Interrogée par France 24, Béatrice Morio, présidente de la Société française de nutrition, s’interroge elle aussi sur les "habitudes alimentaires de la journée complète" des participants à l’étude, sans lesquelles il est, selon elle, très difficile de tirer des conclusions. "Quelques études montrent aujourd'hui qu'un rythme alimentaire basé sur la consommation d'un dîner à des heures tardives, suivi d'une absence de petit-déjeuner, est associé à une augmentation du risque de troubles du rythme cardiaque et d'infarctus du myocarde", explique la chercheuse. "Dans une étude sur le risque de développer un diabète, une équipe japonaise s'est demandé quel était le facteur le plus important : dîner tardif ou manque du petit-déjeuner. Elle a conclu que c'était la prise tardive d'un dîner."

Si les rapports concernant les effets du petit-déjeuner sur la santé se sont multipliées ces dernières années, les résultats n'ont cessé de varier. En 2016, le British Medical Journal publiait une synthèse de 13 études différentes affirmant ou infirmant que le petit-déjeuner avait une influence sur le poids, et donc la santé. Pour finalement conclure qu’il est impossible de trancher la question, en précisant qu’il est nécessaire "d’interpréter les résultats avec prudence, compte tenu de la pauvreté des études prises en compte".

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