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La Chine à la croisée des "routes de la soie"

Le président chinois Xi Jinping à l'ouverture du deuxième sommet des "routes de la soie".
Le président chinois Xi Jinping à l'ouverture du deuxième sommet des "routes de la soie". Damir Sagolj, Reuters

Le président chinois Xi Jinping doit jouer au VRP de ses nouvelles "routes de la soie", critiquées de toute part, à l'occasion du deuxième sommet, qui a débuté jeudi, consacré à ce vaste programme d'investissement.

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Ils ne sont pas tous venus. Une trentaine de chefs d’État ont honoré l’invitation du président chinois Xi Jinping à participer au deuxième sommet des "routes de la soie", qui s’est ouvert jeudi 25 avril à Pékin et doit durer trois jours. Mais des pays comme l’Espagne, la Turquie, le Sri Lanka ou encore l’Argentine ont préféré s’abstenir, alors qu’ils avaient assisté à la première édition, en 2017, de ce grand raout à la gloire du vaste programme d’investissement dans les infrastructures hors de Chine.

Ces absences illustrent les réticences grandissantes de certains pays à emprunter les "routes de la soie", initiées en fanfare par Xi Jinping en 2013 et qui suscitent un nombre croissant de controverses au fur et à mesure de la montée en puissance du programme chinois. "L’enjeu majeur de ce forum pour le président chinois est de désamorcer les critiques afin qu’elles ne remettent pas en cause la pérennité d’un projet qui se révèle être, aujourd’hui, plus important que jamais pour la Chine", résume Jean-François Dufour, spécialiste de l'économie chinoise et directeur du cabinet de conseil DCA Chine-Analyse, contacté par France 24.

Service après vente

L’économie chinoise fait en effet face à un double défi : sa croissance tourne au ralenti et le "made in China" s’exporte moins bien aux États-Unis – premier débouché pour les produits chinois – à cause du conflit commercial avec Washington. Les "routes de la soie" apportent une solution à ces deux problèmes puisqu’elles "offrent des débouchés aux entreprises chinoises dans d’autres pays où elles participent à la construction d’infrastructures financées par les prêts chinois. Pékin trouve ainsi des relais de croissance en-dehors de la Chine où l’activité a ralenti", explique Jean-François Dufour.

Xi Jinping doit donc assurer le service après-vente de son ambitieux plan d’investissement durant les trois jours du sommet sous peine de mettre en danger la santé économique de son pays. Une tâche ardue tant les critiques sont nombreuses. Le principal reproche adressé à Pékin est qu’il enterre le pays récipiendaire de ses prêts sous une montagne de dettes… et le met ainsi sous sa coupe économique.

Les mésaventures du Sri Lanka, en 2017, sont souvent invoquées pour dénoncer cette forme d’impérialisme économique dont se rendrait coupable la Chine. À partir le début des années 2000, Colombo avait reçu 8 milliards de dollars de prêts chinois pour développer des infrastructures, dont un port à Hambantota (au sud de l'île), que le gouvernement s’est trouvé incapable de rembourser. Pour effacer leur ardoise, les autorités sri-lankaises ont accepté d’accorder à Pékin une concession de 99 ans pour l’exploitation du nouveau port – qui est devenu de facto une enclave chinoise dans l’île. Mais le Sri Lanka n’est pas le seul exemple. L’Éthiopie et la Malaisie ont aussi dû renégocier les conditions de leurs prêts pour éviter de faire défaut.

Arme géopolitique ?

Au-delà du problème de la dette, plusieurs pays ont aussi dénoncé l’opacité des conditions du financement chinois. "Le Népal et le Pakistan ont décidé, en 2018, de suspendre certains projets avec la Chine, arguant que les conditions d’exécution du contrat s’étaient révélées trop favorables aux entreprises chinoises", rappelle le cabinet de conseil chinois Belt and Road Advisory.

Mais les critiques ne sont pas qu’économiques. Certains détracteurs de l’initiative chinoise, à commencer par l’administration Trump, estiment que les "routes de la soie" sont utilisées comme une arme géopolitique par Pékin pour étendre sa sphère d’influence. "Lorsqu’on fait construire un port au Sri Lanka en pleine sphère d’influence maritime de l’Inde, lorsque Pékin investit agressivement dans le port de Djibouti, un pays qui héberge aussi des bases militaires américaine et française, ou que la Chine veut participer au développement du port de Haïfa (Israël) qui se trouve être le lieu où les navires militaires américains viennent se ravitailler en priorité en mer Méditerranée, il est naturel de se poser des questions sur les motivations chinoises", souligne le cercle de réflexion américain Brookings Institute dans une récente note d’analyse.

Défilé de chefs d’État

Face à cette avalanche de controverses, Xi Jinping va "mettre en avant certains chefs d’État qui sont venus au sommet comme autant de cautions de la viabilité des ‘routes de la soie’", estime Jean-François Dufour. À ce titre, le président chinois peut se féliciter d’avoir réussi à convaincre Mahathir Mohamad, le Premier ministre malaisien.

La Malaisie a en effet été depuis plusieurs mois l’une des principales épines dans le pied des promoteurs chinois des routes de la soie. Peu après son élection en mai 2018, Mahathir Mohamad avait décidé d’annuler un vaste projet de chemin de fer pour lequel les Chinois avaient avancé 20 milliards de dollars. C’était le chantier le plus coûteux des "routes de la soie" et le retrait d’un pays voisin de la Chine, directement dans sa sphère d’influence, envoyait un signal très négatif à d’autres pays susceptibles d’accepter des investissements de Pékin. Finalement, un mois avant la tenue du sommet, Xi Jinping a réussi à remettre le chantier sur les rails en acceptant de faire des concessions sur les conditions de remboursement et sur la participation d’entreprises locales. "La venue de Mahathir Mohamad au sommet montre que la Chine prend en compte les attentes de ses partenaires", explique Jean-François Dufour.

La venue du Premier ministre italien, Giuseppe Conte, dont le pays est la première puissance économique majeure à avoir rejoint officiellement, en mars 2019, le projet des "routes de la soie" est l’occasion pour Xi Jinping "de souligner que son programme intéresse aussi des économies de premier plan", souligne l’expert français. Enfin, la présence du président russe Vladimir Poutine ne devrait pas passer inaperçue. Même si Moscou ne soutient pas officiellement "les routes de la soie", le fait que le maître du Kremlin fasse le déplacement indique que la Russie est prête à faire front avec la Chine face aux États-Unis pour défendre le projet chinois.

Mais Xi Jinping est aussi prêt à reconnaître que la Chine doit faire davantage d’efforts pour apaiser les craintes des autres pays. Pékin a ainsi profité de l’ouverture du sommet pour affirmer que dorénavant, les banques chinoises prendraient davantage en compte le niveau d’endettement des pays qui bénéficient de l’argent chinois. Comme le souligne Jean-François Dufour, Pékin acceptait jusqu’ici de prêter de l’argent "sans se préoccuper de savoir si le pays débiteur pouvait rembourser".

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