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Dakar: "L'Arabie saoudite vient jouer sur le terrain du Qatar", analyse une experte

Le pilote Topota, victorieux du Dakar 2019, Nasser Al-Attiyah, lors de la 5e étape de l'épreuve entre Tacna et Arequipa au Pérou, le 11 janvier 2019
Le pilote Topota, victorieux du Dakar 2019, Nasser Al-Attiyah, lors de la 5e étape de l'épreuve entre Tacna et Arequipa au Pérou, le 11 janvier 2019 AFP/Archives
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Al-Qiddiya (Arabie saoudite) (AFP)

L'Arabie saoudite, qui a présenté jeudi les contours de l'édition 2020 du rallye Dakar qu'il accueillera pour la première fois, développe depuis peu une stratégie sportive qui permet d'appuyer sa politique étrangère classique, analyse Carole Gomez, chercheuse à l'Institut des relations internationales et stratégiques.

La pétromonarchie, décrypte cette spécialiste de la diplomatie sportive, a deux objectifs: maintenir la pression sur ses rivaux, Qatar en tête, et préparer l'après-pétrole.

Question: Est-ce surprenant de voir l'Arabie saoudite accueillir le Dakar ?

Réponse: Il y avait un faisceau d'indices ces derniers mois et années qui laissaient penser que le pays allait accélérer sur le terrain du sport. Même s'il y a beaucoup plus de tâtonnements qu'au Qatar, où le sport est un "soft power" majeur, l'Arabie saoudite a une activité de plus en plus soutenue. Elle devait accueillir un tournoi de tennis en décembre 2018, annulé suite à l'affaire Khashoggi (journaliste saoudien assassiné dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul en octobre de la même année), a été hôte de la Supercoupe d'Italie, d'une épreuve de Formule électrique... et il y a eu les folles rumeurs sur un possible rachat de Manchester United. Le pays est aussi devenu, dans le sport le plus populaire, le football, le 7e plus gros investisseur sur le marché des transferts après la Chine et derrière le "Big Five" européen. L'augmentation est d'environ 400%. Il y a donc une vraie volonté d'investir massivement dans ce domaine-là.

Q: Donc c'est antérieur à l'affaire Khashoggi ?

R: Oui, le changement a été impulsé en 2017 sous "MBS" (le prince héritier Mohammed ben Salmane), qui s'est rendu compte que le sport est un formidable vecteur pour apparaître sur la carte du monde. L'Arabie saoudite en est encore au tout début de cette diplomatie sportive et cela se fait dans un contexte compliqué. Entre l'affaire Khashoggi, la guerre au Yémen et le maintien du Qatar sous le joug des sanctions saoudiennes... Sur le dernier point, le royaume s'est rendu compte que cette stratégie n'a pas été aussi efficace qu'escompté. Car malgré tous ses efforts, on n'entend pas moins parler du Qatar et l'isolement n'est pas efficace. Du coup, l'Arabie saoudite vient jouer sur le terrain du Qatar, qui a toutefois une stratégie beaucoup plus nette. Côté saoudien, c'est un peu de l'impressionnisme.

Q: Cela peut-il être payant pour le pays ?

R: Les retombées de cette nouvelle stratégie vont dépendre de la feuille de route saoudienne. Sur le plan des résultats sportifs, ce n'est pas rentable. L'Arabie saoudite ne va pas devenir une grande nation du football... Mais il s'agit surtout d'amoindrir l'image extrêmement négative qu'on a du royaume en terme de droits de l'homme et des libertés. Et aussi de diversifier son économie (pour préparer l'après-pétrole): car c'est comme ça que le royaume va pouvoir mettre en avant ses start-up et ses produits dans l'économie du sport. De fait, le Dakar, pour l'Arabie saoudite, ce n'est pas complètement aberrant. C'est une vraie carte postale."

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