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Primaires aux États-Unis : pour l’emporter, Joe Biden devra réveiller l’enthousiasme des démocrates

L'ancien vice-président démocrate Joe Biden annonce sa candidature à la Maison Blanche, le 25 avril 2019.
L'ancien vice-président démocrate Joe Biden annonce sa candidature à la Maison Blanche, le 25 avril 2019. Campagne de Joe Biden, AFP

L’ex-vice président américain Joe Biden compte sur son côté rassembleur pour remporter les primaires démocrates. Mais son âge, 76 ans, et son profil modéré risquent de freiner l’enthousiasme de la nouvelle génération progressiste du parti.

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, correspondante à Washington

Joe Biden s’est enfin lancé. L’ex-vice président de Barack Obama a annoncé sa candidature aux primaires démocrates, jeudi 25 avril. Il s’agit de sa troisième tentative de briguer la Maison Blanche, après deux échecs en 1988 et 2008. Cette fois, il se présente comme le guérisseur, le rassembleur d’une Amérique qu'il considère comme malade et divisée depuis l’élection de Donald Trump en 2016. "Nous sommes dans une bataille pour l’âme de cette nation", a-t-il écrit sur Twitter.

Face à ses 19 concurrents démocrates, Joe Biden estime être le seul à pouvoir battre le milliardaire en 2020. Issu d’une famille modeste de l’État post-industriel de Pennsylvanie, celui qui se surnomme "Middle-Class Joe" ("Joe de la classe moyenne") a critiqué son parti comme étant trop "élitiste". "S’il arrive à récupérer ne serait-ce qu’un petit pourcentage des électeurs de Trump dans des États-clés comme le Michigan, la Pennsylvanie ou le Wisconsin, cela pourrait être suffisant pour les faire basculer dans le camp démocrate", analyse Kyle Kondik, politologue à l’université de Virginie, interrogé par France 24.

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Une étude de Morning Consult, publiée le 24 avril, le donne en effet en position de force face à Donald Trump. Depuis le 13 janvier, le même institut de sondage le place chaque semaine en tête de l'investiture démocrate, avec environ 30 % des intentions de vote, devant le socialiste Bernie Sanders.

Un enthousiasme à cultiver

Comment expliquer cette première place ? "Le fait que son nom soit connu par tous joue beaucoup", indique Kyle Kondik. "Il y a aussi une grande bienveillance à son égard en raison de son temps passé aux côtés de Barack Obama comme vice-président", ajoute le chercheur.

"Joe Biden est sociable - très amical, très affectueux avec les hommes comme les femmes", raconte à France 24 Susan Milligan, une journaliste politique qui l’a côtoyé à Washington. "Il connaît beaucoup de dirigeants étrangers ainsi que les rouages du Congrès. Il a tendance à parler avant de réfléchir, ce qui peut lui causer quelques soucis mais le rend attachant", continue la reporter. "Joe Biden est incontestablement populaire chez les démocrates, abonde Kyle Kondik. Reste à savoir si cette popularité va survivre dans ce qui s’annonce comme une campagne brutale."

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Une tâche d’autant plus difficile au sein d’un parti divisé. "Joe Biden n’attire pas la partie de l’électorat démocrate qui domine les réseaux sociaux et qui se déplace vers la gauche, estime Kyle Kondik. Il attire un flanc plus modéré, noir comme blanc, pour qui battre Donald Trump est le plus important. Il compte sur l’existence de cette sorte de majorité silencieuse au sein du parti pour le soutenir."

Le Parti démocrate connaît depuis quelques années un double changement. En matière politique, d’abord, la formation est de plus en plus progressiste, en témoignent les promesses actuelles de plusieurs candidats, comme l’assurance santé publique universelle. Or Joe Biden est résolument centriste. Sénateur du Delaware (est) durant sept mandats, il était connu pour sa proximité avec les banques et les entreprises.

Un Parti démocrate post-#MeToo

Le changement au Parti démocrate est aussi identitaire : la voix des femmes et des minorités raciales se fait de plus en plus puissante en son sein. Joe Biden, homme blanc de 76 ans, ne correspond pas au candidat idéal pour représenter la diversité. "La vieille garde du Parti démocrate n’a pas su arrêter Trump, et il ne faut pas compter sur elle aujourd’hui pour mener le combat contre sa politique du diviser-pour-mieux-régner", a ainsi affirmé Alexandra Rojas, la directrice de Justice Democrats, un groupe opposé à la candidature de Joe Biden.

Déjà, les casseroles s'enchaînent pour l’ex-vice-président. Sa gestion de l’affaire Anita Hill, cette professeure de droit qui avait accusé le juge Clarence Thomas de harcèlement sexuel en 1991 alors que ce dernier était en voie d’être confirmé à la Cour suprême, lui est revenue comme un boomerang cet été, en même temps que l'affaire Kavanaugh. En tant que chef du comité judiciaire du Sénat lors de l’audition de la jeune femme, il n’avait pas su calmer ses collègues républicains qui la malmenaient. Le candidat a appelé Anita Hill le mois dernier pour lui présenter ses "regrets". Des excuses qu’elle n’a pas acceptées.

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Plus récemment, Joe Biden a été accusé de baisers et de contacts inappropriés par plusieurs femmes. Ses excuses maladroites n’ont pas suffi.

"Ça n’est pas un bon moment pour la candidature d’un homme de l’establishment blanc et âgé, en particulier un homme pour qui les frontières liées à #MeToo semblent floues", a ainsi tancé Tresa Undem, co-fondatrice de l’institut de recherche PerryUndem qui a mené des sondages sur le lien entre les élections et le mouvement #MeToo contre les violences sexistes et sexuelles.

Joe Biden peut cependant arguer du fait qu'il ait soutenu l’adoption de la loi sur les violences contre les femmes (Violence Against Women Act) de 1994, qui a notamment créé un service fédéral, au sein du ministère de la Justice, consacré à la lutte contre les violence domestiques et les agressions sexuelles.

Reste que le Parti démocrate de 2019 n’est déjà plus celui de 2016 et que Joe Biden sera peut-être perçu comme un candidat du passé. Pour la journaliste du site de gauche Vox Anna North, Joe Biden s’adresse à "des électeurs nostalgiques d’un temps révolu - avant Trump, certes, mais aussi avant #MeToo et la montée du socialisme. Un temps où les choses paraissaient - du moins pour certains - moins compliquées."

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