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Deutsche Bank, la banque qui en savait trop... sur les finances de Donald Trump

Deutsche Bank a commencé à prêter de l'argent à Donald Trump en 1998.
Deutsche Bank a commencé à prêter de l'argent à Donald Trump en 1998. Kai Pfaffenbach, Reuters

Le président américain Donald Trump a décidé, lundi, de poursuivre la Deutsche Bank en justice pour l'empêcher de collaborer avec le Congrès. Pendant vingt ans, la banque allemande a été le principal bailleur de fonds de l'empire Trump.

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Pas question. Le président américain Donald Trump n'a aucune envie que la Deutsche Bank révèle ses petits secrets financiers. Lundi 24 avril, il s'est joint à ses trois enfants pour lancer des poursuites en justice contre le géant bancaire allemand afin de l'empêcher de remettre des documents au Congrès.

Le 15 avril, la Chambre des représentants, dominée par les démocrates, avait adressé une assignation à comparaître à la banque allemande, dans le cadre de l'enquête parlementaire sur les finances de l'empire immobilier Trump et sur l'ingérence russe durant la campagne pour la présidentielle américaine de 2016.

Contre vents, marées et mauvaises fortunes financières

Les élus ont fait de même pour d'autres institutions financières comme JP Morgan, Capital One, Bank of America ou encore Citigroup. Mais c'est le cas Deutsche Bank qui est le plus sensible pour le président américain.

"Ces assignations ont pour seul but de harceler Donald Trump, de farfouiller dans chaque recoin de ses finances personnelles, de ses affaires et des informations personnelles du président et de sa famille. [...] Elles n'ont pas d'autres raisons d'être que politiques", ont réagi les avocats de la Trump Organisation.

Depuis vingt ans, la banque allemande soutient financièrement le magnat de l'immobilier contre vents, marées et mauvaises fortunes financières, tout en récupérant de juteux intérêts sur les prêts accordés. D'après les calculs du Wall Street Journal, l'établissement lui a avancé plus de 2,5 milliards de dollars au fil des ans, quand la plupart des autres banques américaines refusaient de faire affaire avec un entrepreneur qui avait fait faillite plusieurs fois et dont les prises de position devenaient de plus en plus controversées à mesure que ses ambitions politiques se précisaient.

La relation entre la Deutsche Bank et Donald Trump débute par la rencontre de deux ambitions en 1998. Celle du milliardaire, désireux de prouver que son légendaire "art of the deal" ("l'art de la négociation", titre de son livre phare) avait survécu à deux faillites, en 1991 et 1994. Et celle de la banque allemande qui "essayait de se faire un nom à Wall Street dans les années 1990", rappelle le New York Times.

Perpétuel besoin d'argent

Pour y parvenir, le géant de Francfort décide de prendre des risques. La banque recrute des traders de Goldman Sachs pour s'occuper de la division immobilier d'affaires. C'est l'un d'eux, Mike Offit, qui va accepter, le premier, de prêter 125 millions de dollars à Donald Trump pour rénover la tour que le magnat de l'immobilier détient à Manhattan.

L'homme d'affaires se révèle être un client en perpétuel besoin d'argent. Il demande 300 millions de dollars pour construire un tour en face du siège de l'Unesco, puis des dizaines de millions supplémentaires pour un nouveau casino à Atlantic City.

En 2005, la Deutsche Bank accepte de lui prêter 500 millions de dollars supplémentaires pour construire un gratte-ciel de luxe à Chicago. Mais les banquiers allemands ne vont pas tarder à s'en mordre les doigts. Donald Trump a, en effet, du mal à vendre les appartements de ce nouveau bâtiment et la crise financière de 2008 n'arrange pas ses affaires. Il se retrouve dans l'incapacité de rembourser une échéance de 338 millions de dollars, raconte le Wall Street Journal.

Couac judiciaire

Le milliardaire décide alors de contre-attaquer. Il assigne la Deutsche Bank en justice au motif que la crise financière a été un "événement de force majeure" qui le dispenserait de payer le moindre centime. En prime, il réclame 3 milliards de dollars à la banque allemande, qu'il accuse d'être en partie responsable de la crise des subprimes.

Prise de court, la banque poursuit, à son tour, Donald Trump en justice pour récupérer 40 millions de dollars et la division immobilier d'affaires de la Deutsche Bank, qui s'occupait des affaires du magnat de l'immobilier, décide d'arrêter les frais.

Mais ce couac judiciaire ne va pas décourager tout le monde à la Deutsche Bank. Après la signature, en 2010, d'un accord à l'amiable entre la banque et Donald Trump, il devient client de la discrète division de gestion des grandes fortunes de la Deutsche Bank.

Entre 2011 et 2016, l'homme d'affaires a ainsi continué à emprunter plus d'un milliard de dollars pour essayer de racheter une équipe de football américain, construire un hôtel de luxe à Washington et… rembourser une partie de la dette qu'il devait à la Deutsche Bank.

Il faudra attendre 2016 pour que la direction de la banque allemande change son fusil d'épaule. Dans une longue enquête parue en mars 2018, le New York Times révèle que, dans les bureaux de la banque, "les employés étaient avertis qu'ils ne pouvaient plus prononcer le nom de 'Trump' dans leurs communications avec l'extérieur" pour éviter d'attirer l'attention sur la longue relation entretenue avec un milliardaire devenu président controversé.

Trop tard. Ce lien n'a pas échappé au procureur spécial Robert Mueller, qui a enquêté pendant deux ans sur les relations de l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie. À ce titre, il a interrogé plusieurs responsables de la banque allemande. Les démocrates seraient, quant à eux, trop heureux de mettre la main sur tous les documents financiers que la Deutsche Bank a dû amasser au fils des ans d'une longue et tumultueuse relation.

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