BÉNIN

Retour au calme au Bénin après les violences post-électorales

Des heurts ont éclaté dans les rues de Cotonou, mercredi 1er mai.
Des heurts ont éclaté dans les rues de Cotonou, mercredi 1er mai. Yanick Folly, AFP

Après deux jours de violentes manifestations post-électorales au Bénin, réprimées par des tirs à balles réelles, le calme est revenu jeudi soir à Cotonou, alors que la Cour constitutionnelle proclamait les résultats définitifs des législatives.

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Le calme était revenu au Bénin, jeudi 2 mai, dans la soirée, pendant que la Cour Constitutionnelle donnait les résultats définitifs des élections législatives, après deux jours de violentes manifestations post-électorales, réprimées par des tirs à balles réelles, et qui ont fait au moins deux morts, selon un nouveau bilan établi par l'AFP.

La Cour constitutionnelle a annoncé un taux de participation de 27,1 %. Soit un chiffre plus élevé que les 23 % précédemment évoqués par la Commission électorale dans les résultats préliminaires. L’Union progressiste et le Bloc républicain, les deux ensembles soutenant le chef de l’État et seuls autorisés à participer aux législatives ont obtenu respectivement 46 et 37 députés, qui devraient prendre leurs fonctions le 15 mai.

Des violences avaient éclaté mercredi après-midi, peu après l'annonce des résultats provisoires des élections de dimanche, où l'opposition n'a pas été autorisée à présenter de candidats. Deux anciens chefs de l'État, Thomas Boni Yayi (2006-2016) et Nicephore Soglo (1991-1996), avaient appelé le président Patrice Talon a annuler ce scrutin, qu'ils qualifient de "coup d'État électoral".

Des centaines de manifestants se sont réunis mercredi autour du domicile de Thomas Boni Yayi, dans le quartier de Cadjehoun, craignant que des policiers ne l'arrêtent. Des violences ont éclaté dans la soirée et une femme est morte des suites de ses blessures jeudi matin à l'hôpital de Cotonou. Dans le nord du Bénin, à Kandi, un jeune homme a également été abattu par des tirs de l'armée mercredi soir. "Ils l'ont visé", a raconté à l'AFP le père de la victime. "La balle est rentrée et ressortie, mon enfant est mort".

"Ils ont tiré des rafales de balles"

Dans cette localité, des manifestants ont mis le feu à l'usine de coton, un secteur dans lequel le président Talon a fait fortune avant de se lancer en politique et dont la société contrôle désormais la totalité de la production dans le pays.

Jeudi, les violences ont repris dès la matinée et après des heures de face-à-face, les forces de l'ordre ont délogé par des tirs d'armes automatiques des centaines d'opposants dans le centre de Cotonou. Les rafales ont été entendues dans le quartier de Cadjehoun et les manifestants, qui avaient dressé des barricades avec des pneus en feu ou des planches, ont été forcés de fuir.

"Ils ont fait une incursion brutale", a témoigné un proche de l'ex-président Boni Yayi. "Ils ont tiré des rafales de balles", a-t-il expliqué. Selon l'AFP, une vidéo montre clairement des militaires tirant à l'arme automatique sur les manifestants, dont certains sont à terre.

"La situation s’est aggravée dans le quartier de la résidence de l’ancien président, a confirmé Emmanuelle Sodji, correspondante de France 24. L’armée a pris d’assaut aux alentours de 14 h, heure locale, la rue dans laquelle se trouve sa maison. Je suis à côté, j’ai entendu beaucoup de rafales de tirs. Les militaires ont quadrillé tout le quartier. Chaque rue est inspectée. Là je n’entends plus de tirs mais peu avant l’assaut, j’ai entendu un regain de tension au niveau des partisans de Boni Yayi. Une voiture a été brûlée. La situation est très confuse."

Certains éléments des forces de sécurité "sont allés contre la consigne donnée"

Le ministre béninois de l'Intérieur Sacca Lafia a affirmé que les rumeurs de l'arrestation de l'ancien chef de l'État, très critique envers le pouvoir, étaient une "fake news" (fausse information), et que la police avait été déployée pour disperser une manifestation non autorisée. Sur RFI, le ministre a aussi reconnu que certains éléments des forces de sécurité "sont allés contre la consigne donnée" de ne pas faire usage d'armes létales. Il a promis une enquête et des sanctions à l'endroit des "forces de l'ordre qui sont passées outre la consigne donnée".

Après la séance du Conseil des ministres qui s'est déroulée jeudi après-midi, le gouvernement béninois a toutefois tenu à souligner "le professionnalisme" des Forces de défense et de sécurité dans le maintien de "l'ordre public". "Les meneurs du mouvement ont clairement affiché leur intention d'attenter à la stabilité de l'État", a accusé le gouvernement dans un communiqué.

D'importants contingents de la police et de l'armée étaient toujours postés dans la capitale économique jeudi soir et bloquaient les accès autour de la résidence de l'ancien chef de l'État.

Bénin en crise

Jeudi soir, les Nations unies ont dit "suivre de près la situation au Bénin", via leur porte-parole à New York, Stéphane Dujarric. "Nous prenons acte avec inquiétude des tensions et des troubles en cours, qui ont débouché sur des déprédations et sur une riposte musclée des forces de sécurité", a déclaré à la presse le porte-parole de l'ONU.

Élu en avril 2016, Patrice Talon est accusé d'avoir engagé un tournant autoritaire au Bénin, pays modèle de la démocratie en Afrique de l'Ouest. Amnesty International et de nombreuses associations locales de la société civile béninoise ont dénoncé les coupures d'Internet ainsi qu'un "niveau de répression alarmant" dans le pays.

Avec AFP

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