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En Chine, des garçons conditionnés pour devenir de "vrais hommes"

Image d'illustration : des enfants sur un terrain de football à Pékin en 2016.
Image d'illustration : des enfants sur un terrain de football à Pékin en 2016. Greg Baker, AFP

Dans plusieurs grandes villes chinoises, des clubs prônent l’apprentissage de la virilité aux petits garçons. Derrière ce phénomène en plein essor se cache le poids des traditions et la peur de ne pas correspondre à un modèle familial classique.

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"Qui sont les meilleurs ? Nous ! Qui sommes-nous ? Nous sommes de vrais hommes !", scandent une vingtaine de petits garçons réunis dans un parc de Pékin, sous les yeux de leur coach Tang Haiyan. Dans un article du Los Angeles Times paru le 26 avril, la routine de ce club pour garçons est décrite en détails. Entre entraînements de football américain et bandeaux estampillés "Real Man" ("vrai mec"), tout y est mis en œuvre pour que les petits garçons ne se transforment pas en "figures efféminées", comme l’explique Tang Haiyan.

Depuis 2012, Tang Haiyan, ancien maître d’école et coach sportif, apprend aux 2 000 membres de son club à être des "durs", pour contrer l’influence des idoles coréennes de K-pop – de jeunes artistes au style très souvent androgyne – qu’il considère comme une "calamité" pour son pays. Inspiré par une visite en Californie en 2006, Tang Haiyan a pris pour modèle la façon dont les petits garçons étaient entraînés au football américain, afin de façonner son "Real Men Training Club". Déjà interrogé en 2018 par le New York Times, il s’épanchait sur les valeurs qu’un petit garçon doit porter selon lui : "la galanterie, le courage, la capacité de différencier le bien du mal".

L’enfant unique doit réussir

"En Chine, la société tourne autour de la famille", explique à France 24 Marie Holzman, sinologue et présidente de l’association Solidarité Chine. "Il y a une absence totale d’imagination d’une quelconque forme d’altérité. Ne pas être dans le moule, c’est impensable." Et payer l’équivalent de 2 000 dollars par semestre pour que son petit garçon entre dans le fameux moule paraît logique pour ces familles. "Depuis la mise en place de la politique de l’enfant unique, le rapport parent-enfant s’est inversé", continue Marie Holzman. "Désormais, c’est l’enfant qui domine, tout est mis en place pour sa réussite." Pour réussir, l'enfant doit suivre les traditions, et éviter à tout prix les chemins alternatifs.

Point de vue partagé par Julie Remoiville, docteure en étude de l’Extrême-Orient à l’École pratique des hautes études, qui évoque elle aussi le poids de la politique de l’enfant unique. "Il faut que cet enfant soit le meilleur pour réussir, aussi bien à l'école pour pouvoir entrer dans une grande université que dans le monde du travail par la suite, afin qu'il fasse honneur à la famille", explique-t-elle à France 24. "Le nombre de petits garçons étant nettement supérieur à celui des petites filles", la concurrence est rude. "Mettre son fils dans ce genre d'endroit est pour beaucoup de parents un atout qui lui permettra de se démarquer et de trouver une épouse plus facilement que ses homologues masculins", ajoute Julie Remoiville.

Virilité et sexualité

Slogans à la gloire de la masculinité, activités sportives et mise en avant de la virilité par tous les moyens : un programme qui n’est pas sans rappeler ceux utilisés dans les centres de thérapies de conversion, dans lesquels de jeunes homosexuels – majoritairement aux États-Unis – sont envoyés afin de changer leur orientation sexuelle. Un sujet de plus en plus médiatisé, notamment à travers "Boy Erased", film du réalisateur australien Joel Edgerton sorti en mars 2019 retraçant l’histoire d’un jeune garçon américain homosexuel forcé par ses parents à suivre ce genre de thérapie. Et si les mentalités évoluent en Chine, "l'homosexualité est encore un sujet tabou dans la société", précise Julie Remoiville. "Le carcan de la culture chinoise traditionnelle reste très présent à l'esprit des Chinois de la société contemporaine et l'importance d'avoir une descendance pour notamment respecter le culte aux ancêtres reste une priorité aujourd'hui." Alors s’appuyer sur une vision occidentale de la masculinité devient un moyen de s’assurer une descendance, malgré l’amalgame entre genre et sexualité.

Qu’il pleuve ou qu’il vente, Tang Haiyan fait courir ses disciples, âgés de 7 à 12 ans, en extérieur. Pas question d'envisager des activités moins radicales, plus tournées vers l'écoute ou le partage. "Il y a une négation très forte de l’aspect psychologique en Chine", constate Marie Holzman. "Pour désintoxiquer les jeunes accros aux jeux vidéo, on les envoie dans des camps de redressement façon militaire. L’action prime toujours sur l’écoute." Les parents, présents pour assister à l’entraînement de leur progéniture, sont frigorifiés. Mais ils les prennent en photo, coûte que coûte, car, comme la mère de l’un des enfants le confie au LA Times, "c’est une bonne opportunité pour qu’ils cultivent une personnalité de macho".

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