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Qui est Rama X, le sulfureux nouveau roi de Thaïlande ?

Le nouveau roi, Maha Vajiralongkorn, assis sur le palanquin royal lors de son couronnement à Bangkok, le 4 mai 2019.
Le nouveau roi, Maha Vajiralongkorn, assis sur le palanquin royal lors de son couronnement à Bangkok, le 4 mai 2019. Thai Royal Household Bureau, AFP

Aussi bien connu pour ses extravagances que pour son autoritarisme, Maha Vajiralongkorn, fils du défunt roi de Thaïlande Bhumibol, a été couronné samedi, à l'âge de 66 ans, après une période de deuil de deux ans.

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La cérémonie, mêlant rites bouddhistes, hindouistes et brahmanistes, aura duré une heure et demie. Peu après midi le samedi 4 mai, alors que plusieurs coups de canons sont tirés, Maha Vajiralongkorn pose lui-même sur sa tête la Grande couronne de la Victoire. Sept kilos d’émail doré et de pierres précieuses trônent enfin sur la tête de celui qu’il faudra désormais appeler Rama X, son nom de roi.

Celui-ci aura dû s’armer de patience pour accéder officiellement à la fonction suprême. À 66 ans, après deux ans de deuil en hommage à son défunt père (le célèbre et très respecté roi Bhumibol), Rama X monte sur le trône en tant que dixième monarque de la dynastie Chakri, fondée en 1782. "Je règnerai en justice pour le bien du royaume et du peuple, et ce pour toujours." Telles furent les premières paroles de roi de Maha Vajiralongkorn, assis sous ce parapluie à neuf étages – lien entre lui et les cieux – où il est le seul au monde à pouvoir se tenir.

Général d’armée "colérique"

Seul héritier mâle du roi Bhumibol Adulyadej, Maha Vajiralongkorn était prédestiné à monter sur le trône. "Depuis la première seconde de ma vie, je suis un prince" avait-il déclaré lors d’une interview à la BBC en 1979.

Avant de devenir officiellement roi, il a surtout été général d’armée, après des études à l'Académie militaire de Duntroon (Australie) au cours desquelles il a piloté hélicoptères et avions de chasse.

Souvent qualifié de "colérique", le souverain supporte "difficilement que son autorité soit remise en question" souligne, sous couvert d'anonymat, un homme d'affaires thaïlandais ayant travaillé pour le palais, ajoutant que la difficulté à le cerner "le rend lointain et parfois inquiétant".

Depuis son accession au trône, il y a plus de deux ans, Maha Vajiralongkorn n'a pas changé ses habitudes. Contrairement à son père, qui visitait sans arrêt les provinces du royaume et dont les discours annuels étaient des évènements politiques très attendus, Rama X n'apparaît que très rarement en public. Parmi les monarques les plus riches du monde, il passe la majeure partie de son temps en Allemagne, où il possède plusieurs résidences et d'où il aime à piloter son Boeing 737.

Un "Don Juan"

Passionné de voitures de sport, de femmes et d’avions, Rama X se distingue par son caractère capricieux, pour ses mariages, ses divorces, ses femmes répudiées et ses enfants reniés.

"Mon fils est une sorte de Don Juan" avait prévenu la reine Sirikit, mère de Rama X, dans un entretien au quotidien américain Dallas Times Herald, en 1981. "Les femmes le trouvent intéressant et il trouve les femmes encore plus intéressantes. Sa vie de famille n’est pas sans repos."

Ce n’est pas peu dire. D’abord marié à l’une de ses nièces (qui lui a donné une fille), Maha Vajiralongkorn tombe, un an plus tard, sous le charme d’une actrice qu’il épousera en secret et avec laquelle il aura cinq enfants. Après des accusations d’infidélité, cette dernière sera toutefois chassée du palais et contrainte à l’exil aux États-Unis. Même sort pour Srirasmi, sa troisième épouse. Celle-ci sera répudiée et assignée à résidence. Ses frères et oncles, eux, seront jetés en prison pour crime de lèse-majesté.

Le 1er mai dernier, Rama X a créé la surprise en scellant son quatrième mariage, à quelques jours de son couronnement, avec Suthida Tidjai. Cette ancienne hôtesse de l’air de 42 ans, désormaise reine de Thaïlande, partageait sa vie depuis plusieurs années après avoir fait partie de ses gardes du corps.

Nombreuses excentricités

Difficile à cerner, imprévisible, le nouveau souverain s'est parfois invité dans la presse à scandales. En juillet 2016, une photo publiée par le quotidien allemand Bild le montrant en jean taille basse et petit haut blanc échancré laissant apparaître son ventre ainsi que de larges tatouages avait défrayé la chronique et conduit le gouvernement thaïlandais à censurer les images.

Huit ans plus tard, son chien Foo Foo meurt. Anéanti par la perte de son caniche nain, Maha Vajiralongkorn l’élève au rang de maréchal en chef des forces aériennes, à titre posthume. Les cérémonies de crémation dureront quatre jours.

Autant de frasques qui ont contribué à écorner l’image du souverain. Mais gare à celui qui viendrait à le critiquer. La Thaïlande est en effet dotée d’une des lois contre le crime de lèse-majesté les plus dures au monde. Connue sous le nom d'"article 112", elle prévoit de 3 à 15 ans de prison pour quiconque diffame le roi, la reine, son héritier ou le régent, pour chaque délit.

Renforcement de ses prérogatives

Le couronnement de Rama X a lieu dans une Thaïlande plus divisée que jamais. Un mois après des élections législatives dont on n'a toujours pas les résultats, les deux camps rivaux – anciens militaires au pouvoir contre opposition – revendiquent la victoire. À la veille du scrutin, bien qu'il n'ait pas donné de consigne de vote (sa fonction le lui interdit), le roi a exhorté les Thaïlandais à "soutenir les bonnes personnes" pour "empêcher le chaos". Une déclaration perçue par les experts comme un soutien aux militaires, mais aussi comme un signe de ses ambitions de souverain.

S’il passe le plus clair de son temps à l’étranger, ses absences répétées ne l'empêchent pas pour autant d'être très investi dans les affaires de la monarchie, qu'il a profondément remodelée depuis plus de deux ans.

En 2017, après la mort de son père, il a fait amender la Constitution pour renforcer ses prérogatives de roi. Il n’a désormais plus besoin de la signature d’un ministre pour faire paraître un décret royal. Il s’est aussi octroyé, via un amendement, les clés du coffre du Bureau des avoirs de la couronne, qui gère les investissements de l’institution royale et dont la fortune est estimée à 40 milliards de dollars, soit 40 fois plus que la couronne britannique.

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