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"Sugar-dating" : la justice belge condamne un site incitant des étudiants à la prostitution

Le camion publicitaire vantant le site Rich Meet Beautiful dans les rues de Paris, en octobre 2017.
Le camion publicitaire vantant le site Rich Meet Beautiful dans les rues de Paris, en octobre 2017. Anaïs Caquant, AFP

Le gérant norvégien du site, qui proposait à des étudiantes de rencontrer de riches hommes âgés, a été condamné à six mois de prison avec sursis. En France, l’enquête ouverte par le parquet de Paris contre le même site est toujours en cours.

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L’entrepreneur norvégien Sigurd Vedal, gérant d'un site internet proposant à des étudiantes de rencontrer de riches hommes âgés, a été condamné, mercredi 8 mai, en Belgique, à six mois de prison avec sursis pour incitation à la prostitution. C'est la peine qu'avait requise le parquet à l'encontre du prévenu le 4 avril dernier devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

"C’est un sentiment de satisfaction de voir que la justice a pris en compte nos arguments", indique à France 24 Alain Levêque, vice-recteur des affaires étudiantes à l'Université libre de Bruxelles (ULB), qui avait porté plainte contre l’homme d’affaires norvégien, aujourd’hui âgé de 57 ans.

Rappel des faits : lors de la rentrée universitaire de 2017, le site Rich Meet Beautiful lance à Bruxelles une campagne de publicité vantant son service de "sugar-dating". En clair, le site propose aux étudiantes de rencontrer un "Sugar Daddy", terme américain désignant un homme âgé qui entretient financièrement une jeune personne. Pour les besoins de sa promotion, l’entreprise a affrété un camion publicitaire qui circule près de l’université lors des heures d’affluence. L’affiche collé sur le véhicule montre une poitrine féminine à peine cachée par un soutien-gorge. Le slogan annonce : "Hey les étudiantes, améliorez votre style de vie, sortez avec un Sugar Daddy !"

"Agressivité publicitaire"

Très vite, l’ULB porte plainte pour "incitation à la prostitution". "C’était vraiment choquant de voir une telle agressivité publicitaire dans un environnement extrêmement proche de l’université, rappelle Alain Levêque. Au vu de la nature de la publicité qui était présentée aux passants, c’est-à-dire aux étudiants, il était évident, pour nous, de réagir."

Lors du procès en avril, Sigurd Vedal, qui est aussi conseiller en développement personnel, avait expliqué favoriser simplement des rencontres "sortant de l'ordinaire" entre des personnes aisées et d'autres qui le sont moins. Une version fermement contestée par la représentante du parquet, pour qui la communication du site était "hypocrite", car "même si on parle à mots couverts, tout le monde comprend de quoi il s'agit".

>> À lire sur les Observateurs : "Pourquoi prendre un 'Sugar Daddy' : 'j’ai accepté car j’avais un besoin vital d’argent'"

"Ce qui est important pour nous c’est que ce qui était une incitation à la prostitution dans un environnement proche de l’université ait été reconnu et puni comme telle", commente le vice-recteur de l’ULB, qui précise que c’est la première et seule fois, depuis ses prises de fonctions en 2017, que l’établissement porte plainte pour des événements se déroulant à l’extérieur du campus. "Nous n’avons pas l’intention de maîtriser tout ce qui se passe dans l’espace public mais nous avions jugé qu’il s’agissait-là d’une véritable provocation", estime-t-il.

Peu après l’annonce du verdict, l’avocat de l’université, Me Laurent Kennes, a indiqué à l’AFP que "la fermeture provisoire du site dev[enait] définitive en Belgique". Sigurd Vedal a également été condamné à une amende de 24 000 euros, et sa société à régler 240 000 euros. On ignore, pour l’heure, s’il entend faire appel de la décision.

"Prostitution déguisée"

En France, l’enquête pour "proxénétisme aggravé" qui avait été ouverte fin octobre 2017 par le parquet de Paris contre le même site est toujours en cours. Là aussi, la publicité incitait ouvertement les étudiantes confrontées à des problèmes d'argent à recourir à un "Sugar Daddy". Le camion utilisé pour la campagne promotionnelle avait été saisi pour "affichage non autorisé".

L’association française Équipes d’actions contre le proxénétisme (EACP) espère que la décision de la justice belge poussera les autorités françaises à "faire évoluer la situation en France", où la notion de proxénétisme fait l’objet d’un flou juridique. "Est-ce qu'il s'agit de rencontres consenties ou est-ce qu'il s'agit de proxénétisme et d'une forme d'incitation à la prostitution qui pourrait tomber sous le coup de la loi ? On est en train de regarder très précisément les aspects juridiques", avait expliqué Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, au moment de l’affaire en 2017.

Pour les EACP, il ne fait pas de doute des sites de "sugar-dating" comme Rich Meet Beautiful, sont "de la prostitution déguisée". "Il s’agit de mettre en relation des jeunes filles ou garçons avec des hommes d’un âge avancé et avec un gros compte en banque. Ensemble, ils ont des relations sexuelles en échange de cadeaux ou d’argent", a estimé l’une des coordinatrices de l’association sur le plateau de BFM-TV.

Reste que la majorité des sites de "sugar-dating" restent plus discrets que Rich Meet Beautiful et sont, de ce fait, plus difficiles à repérer. Sauf pour le public ciblé : les étudiants et les étudiantes. "Nous avons toujours eu une vigilance, mais elle est maintenant accrue dans la mesure où les mécanismes qui permettent des recrutements via les sites web et les réseaux sociaux prennent une place considérable. Comme dans la société, il existe, dans le monde étudiant, des situations de précarisation qui font que notre public peut être est public vulnérable", affirme Alain Levêque.

Avec AFP

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