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La France veut étendre les aires maritimes protégées pour préserver la faune et la flore

En Nouvelle-Calédonie, des récifs coralliens sont préservés dans la plus importante aire maritime protégée de France.
En Nouvelle-Calédonie, des récifs coralliens sont préservés dans la plus importante aire maritime protégée de France. Sandrine Job, Pala Dalik, AFP

En réponse à un rapport alarmant sur la biodiversité, Emmanuel Macron a, parmi d'autres annonces, proposé d’étendre les aires maritimes protégées. Pour comprendre leur importance, France 24 s'est entretenu avec Frédéric Ménard, chercheur à l'IRD.

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Après la publication, lundi 6 mai, d'un rapport de l'ONU catastrophique sur l'état de la nature, Emmanuel Macron a annoncé une batterie de mesures en faveur de la biodiversité, allant de la lutte contre le gaspillage alimentaire à la réduction des pesticides dans l'agriculture. L'une de ces mesures concerne la protection des aires maritimes et terrestres protégées.

Elles devraient passer à 30 % du territoire d'ici 2022 (contre 20 % actuellement tous statuts confondus), dont un tiers "protégées en pleine naturalité", a notamment annoncé le président. La préservation du patrimoine marin est un enjeu de taille, dans un pays qui dispose du deuxième espace maritime mondial : "10 % des récifs coralliens et 20 % des atolls de la planète sont localisés dans les eaux françaises. Près de 10 % de la diversité mondiale des espèces marines est présente en outre-mer", nous apprend ainsi le site du ministère de l'écologie. Pour comprendre la portée de cette annonce et l'importance de la protection des aires maritimes, France 24 s'est entretenu avec le chercheur Frédéric Ménard, directeur du département Océans, climat et ressources au sein de l'Institut de recherche pour le développement (IRD).

France 24 : Comment fonctionnent les aires maritimes protégées ?

Frédéric Ménard : Le principe des parcs nationaux en milieu terrestre est appliqué aux milieux marins. Il s'agit d'instaurer un périmètre dont on règlemente l'accès, et au sein duquel l'accès aux ressources est lui aussi contrôlé. Il peut y avoir des zones de protection intégrale et des zones de protection réglementée, qui autorisent des activités humaines au sein de l'aire marine protégée.

L'objectif est de préserver la vie marine et de permettre la reconstitution du vivant – poissons, crustacés, mollusques… Il s'agit aussi de protéger la flore et les habitats, comme par exemple les herbiers de Posidonies, qui sont des plantes à fleur du littoral dans le sud de la France. Ces plantes aquatiques jouent un rôle capital dans l'écosystème, du même ordre que la mangrove dans les pays tropicaux. Et bien ils sont aujourd'hui à l'abri dans certaines aires marines protégées.

Pour arriver à faire respecter une aire maritime protégée, il faut une bonne gestion et des moyens. Il est par ailleurs nécessaire d'établir des réseaux d'aires cohérentes les unes par rapport aux autres.

Sous l'égide de l'agence française pour la biodiversité, ces zones sont souvent cogérées par un ensemble d'acteurs locaux. C'est la meilleure solution : il faut associer le territoire pour une gestion optimale, et faire adhérer l'intégralité des usagers pour qu'ils deviennent acteurs. Cela marche plutôt bien dans les milieux littoraux, mais c'est plus compliqué dans les zones plus éloignées des côtes, là où la pêche se pratique.

Emanuel Macron a annoncé vouloir porter la part des aires marines et terrestres protégées à 30 % du territoire d'ici à 2022, dont un tiers "protégées en pleine naturalité".Est-ce une mesure pertinente ?

C'est une belle annonce, c'est un signe important et j'espère que la France se montrera en capacité de porter ce discours de protection pour provoquer un effet d'entraînement au niveau mondial. 30 % d'aires maritimes protégées, c'est un bon objectif. La France a déjà dépassé les 20 %, donc faire cet effort supplémentaire d'ici à 2022, c'est très bien. C'est en résonnance avec les conclusions du rapport sur la biodiversité remis en début de semaine par l'IPBES.

Il faut continuer à porter ce discours lors des échéances à venir : le G7 qui aura lieu à Biarritz fin août, le congrès mondial de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) qui se déroulera à Marseille en 2020, et bien sûr la COP25 au Chili en novembre prochain.

Le rapport de l'IPBES montre bien que la biodiversité est un problème global, pas uniquement national, donc trouvons à l'échelle mondiale des moyens de conservation, changeons de paradigme.

Et saisissons l'occasion de cette annonce présidentielle pour réfléchir à l'état actuel de la pêche mondiale et aux flottes de pêche qui surexploitent les ressources en poissons.

La France est donc bonne élève en matière de protection maritime ?

Par rapport à d'autres États dans le monde, oui. Mais il est possible de progresser en proposant des aires totalement protégées, sans aucune intervention de l'homme. C'est ce que semble souhaiter Emmanuel Macron lorsqu'il parle d'"un tiers protégées en pleine naturalité". C'est certainement le meilleur moyen de proposer des conditions optimales de protection.

La France a un territoire outre-mer très important, et beaucoup d'aires maritimes protégées s'y trouvent. C'est grâce à cela que notre pays offre une biodiversité tout à fait exceptionnelle. Je pense aux récifs coralliens en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie par exemple. Il faut bien sûr souligner que ce n'est pas uniquement la France qui agit dans ces secteurs sous statuts différents. Ces protections se mettent en place en collaboration avec les pays et les acteurs locaux.

Le parc naturel de la mer de corail en Nouvelle-Calédonie, est la plus grande aire marine protégée française [1 291 000 km2, soit deuxfois et demie la superficie de la France métropolitaine, NDLR]. Mais il n'est pas complétement protégé car il est gigantesque, et s'ajoute la difficulté de concilier le tourisme et la protection de ce joyau. Les scientifiques sont mobilisés pour éclairer les politiques et permettre d'étendre encore la zone de protection.

Quel est l'effet des zones maritimes protégées sur la nature ?

Depuis que ces zones ont connu une accélération au début des années 2000, nous avons pu constater des apports importants. La faune et la flore s'y développent naturellement. Ça permet aux poissons d'atteindre des tailles plus importantes, et à des espèces de croître en effectifs. Comme les aires marines protégées n'ont pas de frontière physique, on a des phénomènes de recolonisation des zones non protégées par des individus plus nombreux issus des zones protégées. Les mérous, par exemple, qui avaient quasiment disparu du sud de la France, évoluent à nouveau en Méditerranée grâce au déploiement de zones protégées.

Autre avancée, on note souvent une présence plus importante des prédateurs supérieurs, qui sont les premiers en danger dans les zones en péril. On trouve par exemple davantage de requins et de barracudas dans les milieux tropicaux, ou encore des bars de grande taille dans la zone métropolitaine…

Protéger ces zones permet aussi d'assurer une meilleure diversité génétique des espèces. L'autre avantage, c'est qu'elles protègent les habitats et les sédiments.

Des études ont par ailleurs montré qu'elles jouaient un rôle dans l'atténuation des effets du changement climatique. En effet, la fixation du carbone atmosphérique se fait mieux, car l'écosystème est en meilleure santé.

Mais se pose la question de la surface des aires à protéger, car on observe parfois des déplacements de poissons importants. Ce type de protection est plus efficace pour les espèces sédentaires… Pour le pélagique [en pleine mer, NDLR] plus l'aire est grande, plus on est à même de pouvoir protéger.

Y a-t-il des zones dans le monde particulièrement en péril et qui nécessiteraient une réponse globale ?

Beaucoup de zones de la ceinture intertropicale, associées aux PMA – les pays les moins avancés [catégorie de l'ONU regroupant les pays les moins développés, NDLR] – sont menacées. Car dès que les pays n'ont pas une capacité de surveillance, ils sont la proie de pêcheurs sans scrupules, parfois sans pavillon, qui viennent piller leurs ressources. C'est le cas pour des petits États insulaires du Pacifique, ou encore dans l'océan Indien… Donc il faut être ambitieux et offrir des moyens pour aider les PMA dans la gestion et la protection des milieux marins.

Autre problème, l'exploitation des ressources en vue de la transformation du poisson en farine pour nourrir l'aquaculture. On observe dans ce domaine une forte activité de la Chine ou de la Russie, pays qui exploitent, pas toujours légalement, les ressources des PMA pour alimenter leurs usines en farine.

Au Sénégal, par exemple, ce type d'usines a été construit et elles sont alimentées par la pêcherie sénégalaise. Du coup, tous ces poissons n'alimentent plus le marché local. Cette logique court-termiste pose problème pour l'alimentation des populations.

Au niveau européen, la question des subventions est également problématique. L'exploitation de certaines ressources en poisson est artificiellement maintenue, alors qu'elle ne serait pas rentable sans ces aides. Cela mène à une surpêche qui porte préjudice à la biodiversité.

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