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Guerre au Yémen : le cargo saoudien n'a pas chargé d'armes françaises au Havre

Le cargo saoudien, Bahri Yanbou, près du port du Havre le 9 mai 2019, veille de son déroutage vers l'Espagne.
Le cargo saoudien, Bahri Yanbou, près du port du Havre le 9 mai 2019, veille de son déroutage vers l'Espagne. Loïc Venance, AFP

Le cargo saoudien, qui devait charger des armements français depuis Le Havre à destination du royaume wahhabite a été dérouté, vendredi.

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Le cargo saoudien supposé embarquer des armes françaises à destination de l'Arabie saoudite s'est mis en mouvement, vendredi 10 mai, à destination de l'Espagne, sans s'approcher du port du Havre, où attendait son chargement.

Selon son plan de route, le Bahri Yanbu, géant de 220 m qui mouillait depuis mercredi 8 mai à 30 km du Havre, doit désormais faire route directement vers le port de Santander en Espagne, selon le site Marine Traffic, sans faire escale par le nord de l'Europe, comme initialement annoncé.

"L'escale [au Havre] n'aura pas lieu", a indiqué une source portuaire à l'AFP.

"Pas un danger caractérisé et imminent"

Entre-temps, la justice a rejeté l'un des deux recours déposés par les associations Action sécurité éthique républicaines (ASER) et l’Action des chrétiens pour l’abolition de l’esclavage (ACAT) qui arguaient, pour empêcher ces exportations, que les armes pourraient être utilisées contre des civils au Yémen, où Riyad conduit une coalition en soutien au président yéménite.

Le tribunal administratif de Montreuil, qui s'est penché sur le recours, a estimé dans sa décision que "l'autorisation de sortie douanière de ces armements ne crée pas un danger caractérisé et imminent pour la vie des personnes" exposées au conflit au Yémen.

L'avocate de l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), Me Laurence Greig, conteste le raisonnement du tribunal. "L'imminence existe bien car c'est le dernier moment où on pouvait arrêter cette livraison d'armes. Une fois que le bateau sera parti, on ne pourra plus intervenir", a-t-elle expliqué.

D'après le site d'investigation Disclose, le bateau devait prendre livraison de "huit canons de type Caesar" destinée à l'Arabie Saoudite dans sa guerre contre la minorité chiite du Yémen. Confirmant l’arrivée du cargo au Havre et le chargement d’armes sur BFMTV, la ministre de la Défense Florence Parly n’avait cependant donné aucune précision sur la nature de la cargaison.

Emmanuel Macron prône la "transparence"

Prônant la "transparence", Emmanuel Macron a reconnu jeudi "que la France, depuis plusieurs années – au plus fort il y a cinq, six ans, dans les contrats qui ont été faits à l'époque – a vendu des armes à la fois aux Émirats arabes unis et à l'Arabie saoudite".

Selon lui, "l'essentiel des armes qui ont été vendues sont plutôt utilisées à l'intérieur du territoire ou à la frontière", et dans la lutte des Saoudiens contre le terrorisme.

Paris affirme ainsi régulièrement que les armements qui leur sont vendus ne sont utilisés que de manière défensive et "pas sur la ligne de front". Une position qui ne convainc guère les ONG, ni l'opposition.

Attaques dirigées contre des civils

"Quand on vend des armes à un pays, il en fait ce qu'il veut", a fait valoir le député communiste Jean-Paul Lecoq lors d'un rassemblement qui a réuni une centaine de personnes sur le port du Havre, jeudi, pour dénoncer ces ventes d'armes à l'Arabie saoudite.

Une note de la Direction du renseignement militaire (DRM), publiée par Disclose mi-avril, indique que 48 canons Caesar produits par l'industriel français Nexter "appuient les troupes loyalistes, épaulées par les forces armées saoudiennes, dans leur progression en territoire yéménite".

Même si l'exportation de ces armes est techniquement légale, les ONG contestent l'autorisation donnée par la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) en vertu du Traité de l'ONU sur le commerce des armes, de matériels de guerre et matériels assimilés.

L'article 6 de ce Traité, ratifié par la France, interdit toute vente dès lors que les armes concernées pourraient servir à conduire "des attaques dirigées contre des civils".

Riyad a pris la tête en 2015 d'une coalition militaire comprenant les Émirats arabes unis (EAU) pour soutenir le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi contre les rebelles houthis. Ce conflit, l'une des pires crises humanitaires en cours, a entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes.

Avec AFP

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