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La monogamie devient la règle en Guinée, sauf "accord explicite"

Des parlementaires guinéens votant, le 23 février 2017, à Conakry.
Des parlementaires guinéens votant, le 23 février 2017, à Conakry. Georges Gobet, AFP

Les députés guinéens se sont prononcés jeudi dernier en faveur d'une modification de la loi qui inscrit la monogamie comme règle par défaut dans le Code civil. La polygamie, dans ce pays à dominante musulmane, reste toutefois possible.

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La polygamie n’est plus la bienvenue en Guinée. Les députés guinéens ont voté jeudi 9 mai en faveur d’une modification du Code civil pour faire de la monogamie le régime général du mariage. Le texte de loi ne bannit toutefois pas la polygamie : les hommes qui voudront épouser une nouvelle femme devront obtenir un "accord explicite" de la première épouse.

La monogamie par défaut

"Le futur mari peut, au moment de la célébration du mariage, en présence de sa future épouse et avec l'accord explicite de celle-ci, déclarer qu'il opte pour la polygamie limitée à deux, trois ou quatre femmes au maximum", selon un texte qui fait écho à la situation au Sénégal voisin. À défaut, "le mariage est placé de manière irrévocable sous le régime de la monogamie".

En décembre dernier, les députés avaient largement adopté un nouvel Code civil, dont l'article 281 affirmait que "le mariage peut être conclu soit sous le régime de la monogamie, soit sous le régime de la polygamie limitée à quatre femmes". Le texte disait aussi que "faute pour l'homme de souscrire à l'une des options", "le mariage est présumé être placé sous le régime de la polygamie", laissant donc le dernier mot à l'époux.

Mais le président Alpha Condé n'avait "pas apprécié" le vote de cette loi, selon ses services, et renvoyé le texte au Parlement. En seconde lecture, 71 des 73 députés présents ont voté en faveur d'une nouvelle version de l'article 281, qui affirme à présent que "le mariage est soumis au régime de la monogamie pour tous les citoyens guinéens".

Un texte critiqué

Voté jeudi en séance plénière, le nouveau texte fait l'objet de critiques dans les médias guinéens, tant la polygamie fait partie des pratiques courantes, y compris au sein de la classe dirigeante, dans ce pays d'Afrique de l'Ouest très majoritairement musulman.

"Les lois qui sont prises aujourd'hui, c'est pour faire plaisir aux Occidentaux sans tenir compte de nos coutumes et de nos meurs", a fustigé Aboubacar Soumah, l'un des deux députés à avoir voté contre.

Même discours tenu par un ancien ministre de la Communication, Alhoussein Makanéra Kaké, arguant qu'"il y a plus de femmes que d'hommes", et qui assure à l'AFP "préférer" voir sa fille "deuxième ou troisième épouse que de la voir vieillir sans homme".

"Si par la grâce de Dieu, un homme décide d'épouser une fille et que quelqu'un vient lui dire qu'il ne peut pas parce qu'il est marié à une autre, vous voyez ce que ça fait", a commenté le grand imam de la mosquée de Kipé, un quartier de Conakry, en expliquant que le Coran autorise jusqu'à quatre épouses "à conditions d'être justes avec elles".

De leur côté, les féministes guinéennes se réjouissent de la modification du texte du Code civil. "Les discriminations au détriment des femmes ont été corrigées. Le principe de la monogamie est consacré comme par le passé et la polygamie est devenue une exception", a déclaré la députée Traoré Zalikatou Diallo, se disant "vraiment émue".

La peur du "qu’-en-dira-t-on"

De très nombreux hommes en Guinée ont plusieurs femmes, mais les deuxièmes, troisièmes ou quatrièmes épouses, avec qui ils s'unissent lors de mariages religieux ou traditionnels, ne jouissent pas des mêmes droits que les femmes épousées en premier lors de mariages civils, notamment en matière d'autorité parentale ou de succession.

Il faudra toutefois du temps pour faire changer les pratiques et les mentalités dans une société traditionnelle. "Ça sera difficile parce que les femmes aujourd’hui n’arrivent pas à vivre réellement et concrètement en phase avec les textes de loi, détaille sur RFI Moussa Yero Bah, qui dirige l'ONG Femmes, Développement et Droits humains en Guinée. La réalité c’est que les acteurs socio-culturels prennent le dessus le plus souvent. Les femmes ont par exemple, plutôt peur de partir quand un mari prend une seconde femme. Elles préfèrent rester et subir parce qu’elles ont peur de ce que dirait la société, elles ont peur de divorcer, elles ont peur du 'qu’en-dira-t-on'…"

Avec AFP

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