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Décès de l'ancien patriarche maronite au Liban Nasrallah Boutros Sfeir

L'ancien patriarche maronite, Nasrallah Boutros Sfeir, arrivant au palais présidentiel à Baabda pour un rassemblement religieux entre chrétiens et musulmans, le 24 juin 2008.
L'ancien patriarche maronite, Nasrallah Boutros Sfeir, arrivant au palais présidentiel à Baabda pour un rassemblement religieux entre chrétiens et musulmans, le 24 juin 2008. Jamal Saidi, REUTERS

Nasrallah Boutros Sfeir, ancien chef quasi centenaire de l'Église maronite, s'est éteint dimanche à l'âge de 98 ans. Le Liban perd là une figure-clé de son histoire contemporaine, l'un des artisans de la fin de l'hégémonie syrienne sur son pays.

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L’ancien patriarche maronite Nasrallah Boutros Sfeir, figure respectée qui joua un rôle incontournable dans la vie politique au  Liban, et ardent partisan du retrait de la Syrie, est décédé dimanche 12 mai à l’âge de 98 ans.

C’est en 1986, alors que le Liban est déchiré par une guerre civile meurtrière opposant communautés religieuses et milices (1975-1990) que Mgr Sfeir est élu chef de la communauté chrétienne la plus importante du Liban.

"Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient", il avait également été nommé cardinal de l'Église catholique en 1994 par le pape Jean-Paul II. Il a présenté sa démission au Vatican en 2011, à l'âge de 90 ans.

Dans un communiqué publié en fin de journée, l'Élysée a présenté ses condoléances au cardinal Bechara Boutros Raï et à tous les fidèles de l'Église maronite, qualifiant le cardinal Nasrallah Boutros Sfeir de "patriote exemplaire et valeureux, qui a joué un rôle éminent pour mettre fin à la guerre dans son pays."

"Ami sincère de la France, francophone et francophile, il a eu à coeur de maintenir les liens étroits établis de longue date entre notre pays, les communautés chrétiennes et les peuples du Proche-Orient dans toute leur diversité" ajoute le communiqué. "Il a marqué son temps d'une empreinte profonde."

"Pilier de la nation"

Le 76e patriarche maronite a ensuite été remplacé par Béchara Boutros Rahi. Ce dernier, dans un communiqué diffusé par l'agence de presse officielle ANI, a qualifié son prédécesseur d'"icône" de sa fonction et de "pilier de la nation". "L'Église maronite et le Liban sont en deuil", a-t-il ajouté.

Né en 1920 à Rayfoun, un village de la région du Kesrouan, dans le nord-est de Beyrouth, Mgr Sfeir a étudié la théologie et la philosophie. Polyglotte, il parlait couramment l'arabe et le français, ainsi que l'anglais.

Connu pour son amour des randonnées dans la nature, il a continué d'exercer cette activité jusqu'à un âge avancé, arpentant chaque année les sentiers sinueux de la "vallée sainte", fief historique des maronites dans le nord du Liban. Il aurait fêté ses 99 ans le 15 mai.

"Son plus grand combat"

Durant la guerre civile, Mgr Sfeir a avant tout œuvré pour un arrêt des hostilités, appuyant notamment les "accords de Taëf" qui ont mis fin au conflit.

Suite à cela, il avait fait de la souveraineté du pays son principal cheval de bataille, prenant ouvertement position contre la mainmise de Damas, qui maintenait plusieurs milliers de soldats au Liban depuis 1976.

En 2000, c’est après son appel que le mouvement opposé à la tutelle syrienne a commencé à prendre de l'ampleur, jusqu'au retrait des troupes de Damas en 2005, dans la foulée de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri.

"Son plus grand combat a été de mettre fin à la présence syrienne au Liban, ce que nous pensions tous être quelque chose d'impossible", explique son biographe, Antoine Saad, avant d’ajouter que le patriarche "y a travaillé de manière méthodique, objective, avec calme et méticulosité".

Tout au long de ses années à la tête de l'Église maronite, Nasrallah Boutros Sfeir avait refusé de visiter la Syrie.

"Perte irréparable"

Bien qu’elle ait été affaiblie par l’exode massif de ses membres durant la guerre civile, la communauté maronite compte toujours plusieurs centaines de milliers de fidèles au Liban.

Plusieurs postes clés au sein de l'État libanais lui sont réservés par la Constitution, dont notamment la présidence de la République.

Après le retrait des troupes syriennes, l'ancien chef de l'Église maronite avait également critiqué le Hezbollah, puissant mouvement chiite appuyé par Téhéran, le qualifiant en 2010 d'"anomalie" dans le paysage politique en raison de son refus de rendre ses armes.

Fervent défenseur du dialogue inter-religieux, Nasrallah Boutros Sfeir avait scellé la "réconciliation" en 2001 avec le chef de la communauté druze, Walid Joumblatt, mettant fin ainsi à des années d'hostilités entre les deux groupes religieux.

"Il agissait selon ses convictions, avec courage et sans crainte", assure son biographe. Sa mort "est une perte irréparable."

Avec AFP

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