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Romantique, politique, footballistique... ce que le festival de Cannes réserve

Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée, Maradona, Leonardo DiCaprio et Isabelle Huppert au casting du festival de Cannes 2019.
Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée, Maradona, Leonardo DiCaprio et Isabelle Huppert au casting du festival de Cannes 2019. Metropolitan, MR FIlms, Sony Pictures, SBS Distibution

Les organisateurs du festival de Cannes l’ont annoncé : la sélection officielle 2019 sera "romantique et politique". Mais pas seulement. À la veille du coup d’envoi des festivités, France 24 fait le point sur les tendances attendues sur la Croisette.

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"Romantique et politique sera cette sélection." C’est en ces termes que Thierry Frémaux, en bon maître Yoda de la Croisette, avait dessiné les contours de sa programmation, il y a quelques semaines. Mais avec une cinquantaine de films en sélection officielle, dont 21 concourant pour la Palme d’or, il y a fort à parier que la quinzaine ne se limitera pas aux deux épithètes annoncées. De quels adjectifs le festival de Cannes 2019 prendra-t-il la direction ? Petit tour d’horizon des grandes tendances attendues sur la Croisette.

• Romantique

"Chabadabada, chabadabada…" Quoi de plus romantique que la mythique musique composée par Francis Lai pour le non moins mythique "Un homme et une femme" ? Plus d’un demi-siècle après avoir entêté la Croisette, la célèbre ritournelle résonnera à nouveau dans le palais des festivals. Hors compétition, Claude Lelouch présentera "Les plus belles années d’une vie", suite gérontologue de la Palme d’or 1966.

À en croire les premières images, le deuxième volet semble allégrement puiser dans les codes qui ont façonné la légende du premier. Outre le "chabadabada", on renouera donc avec le duo de comédiens composés par Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée, les virées en voiture (limitées à 80 km/h cette fois-ci) et, bien-sûr, Deauville, ses planches et sa plage… Quand romantique rime avec nostalgique.

Dans la course à la Palme d’or, il sera aussi question d’amour ou plus précisément de son apprentissage. Comme chez l’infatigable Xavier Dolan qui revient à Cannes avec "Matthias et Maxime", chronique des ébats amoureux de deux amis d’enfance dans laquelle le prodige québécois, tout juste trentenaire, joue l’un des rôles titres. La naissance des sentiments sera également au centre du "Portrait de la jeune fille en feu" de la Française Céline Sciamma qui signe ici une fresque en costumes bretons sur le trouble amoureux entre une peintre et son modèle (Noémie Merlant et Adèle Haenel).

Six ans après le sacre de "La Vie d’Adèle", le Franco-Tunisien Abdellatif Kechiche signe son retour en compétition avec "Mektoub my love : Intermezzio", deuxième opus d’un ambitieux triptyque sur la jeunesse azuréenne des années 1990. Alors que le premier volet avait l’insouciance des flirts estivaux, le second, nous annonce-t-on, aurait la gravité des désillusions amoureuses. Les souffrances du jeune Werther à la mode Kechiche ? So romantic…

Romantisme des passions amoureuses donc, mais romantisme aussi des passions créatrices. L’artiste, son inspiration, son statut, son œuvre… c’est le sujet de "Douleur et gloire" de Pedro Almodovar qui explore les tâtonnements existentiels d’un réalisateur reconnu, joué par Antonio Banderas. Film autoportrait ? "Non et oui, absolument", a malicieusement répondu le cinéaste espagnol.

Dans ce même registre du cinéma-qui-réfléchit-sur-lui-même, l’Américain Ira Sachs se présentera à Cannes avec "Frankie" dans lequel il dirige Isabelle Huppert en actrice célèbre qui, parce qu’elle se sait malade, part chercher le réconfort des siens. On va bien rigoler…

• Politique

Le septième art étant le reflet du monde tel qu’il va (mal, généralement), il semble difficile que le plus grand festival de cinéma au monde ne revête pas un caractère politique. Quand, en outre, des cinéastes tels que les frères Dardenne et Ken Loach font partie de sa sélection (ce qui est souvent le cas), le caractère politique ne revêt plus, il emmitoufle.

Avec "Le jeune Ahmed", leur 11e long-métrage, les deux Belges se penchent sur les tentations du fondamentalisme religieux chez les adolescents. Tandis que le vieux briscard britannique met en scène, dans "Sorry we missed you", une famille modeste de Newcastle qui se fracasse contre le miroir aux alouettes de la révolution numérique (Uber, Amazon, Deliveroo et consorts… ça va chauffer pour votre matricule).

Pour sa première apparition en compétition avec "Atlantique", son premier long métrage, la Franco-Sénégalaise Mati Diop évoque, quant à elle, l’émigration des travailleurs dakarois. De son côté, le Français Ladj Ly aborde dans "Les Misérables" les relations plus que tendues entre la police et la jeunesse des banlieues hexagonales.

Concluons cette séquence politique avec le plus triste des clowns palestiniens Elia Suleiman qui, avec "It must be heaven", offre une nouvelle réflexion sur l’identité et le besoin d’appartenance à un territoire. L’intrigue, telle qu’elle nous est présentée, affiche tous les traits du burlesque si cher au cinéaste : un Palestinien, en quête d’une terre d’accueil, se rend compte qu’il est systématiquement suivi par… son pays d’origine.

• Balistique

Les balles vont siffler durant la quinzaine, dès le premier jour d’ailleurs. Présenté le 15 mai en ouverture de la compétition, "The dead don’t die" de l’Américain Jim Jarmush promet un débauche de coups de feu - et de sabre, si on s’en réfère à la bande-annonce. Comme son titre l’indique ("Les morts ne meurent pas" pour les non-anglophones), la dernière production de l’apôtre du cinéma cool met en scène des zombies contre lesquels la crème de la hype hollywoodienne (Bill Murray, Adam Driver, Chloé Sévigny, Tilda Swinton, Iggy Pop…) sera appelée à livrer bataille. "Game of Thrones", petit joueur.

Dans un genre peut-être pas si éloigné, on devrait également jouer du pistolet dans "Bacurau", thriller d’anticipation présenté comme un western au cœur d’un village brésilien disparu de la carte. À la réalisation : Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho, auteur des sublimes "Bruits de Recife" et "Aquarius".

Udo Kier dans "Bacurau", de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles.
Udo Kier dans "Bacurau", de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles. SBS Distribution

Les règlements de comptes pétaradants et trébuchants devront être également légion dans "Le Traître" de Marco Bellocchio. Seul Italien de la compétition, le cinéaste à l’abondante filmographie s’est intéressé à l’histoire (vraie) de Tommaso Buscetta, mafioso repenti de la Cosa Nostra qui a collaboré avec la justice.

D’une manière générale, le polar s’est taillé la part du lion dans la sélection. Même le Français Arnaud Desplechin, qu’on n’attendait pas là, s’y est mis avec "Roubaix, une lumière", l’histoire de deux flics chargés d’enquêter sur le meurtre d’une vieille femme. Au casting figurent Roschdy Zem, Léa Seydoux et Sarah Forestier, mais pas Mathieu Amalric (ce qui est rare pour un film de Desplechin).

Déjà lauréat de la Palme du meilleur titre pour un film policier (prix décerné par nos soins), "Le lac aux oies sauvages" du Chinois Diao Yinan devrait lui aussi faire honneur au genre. La lecture du synopsis livre quelques indices : on y trouvera (outre le lac et les oies sauvages) un chef de gang, une rédemption, une prostituée, une chasse à l’homme. Les ingrédients de base sont là.

Poursuivons avec celui qui a réinventé le polar à l’américaine : Quentin Tarantino. Inutile de préciser (mais on le fait quand même) que son "Once upon a time… in Hollywood" est la plus grosse attente de ce 72e festival de Cannes. Frayeur, le film a bien failli ne pas être présenté à Cannes. Il aura fallu toute la ténacité d’un Tarantino – enfermé depuis quatre mois en salle de montage – pour qu’il intègre la compétition.

En mal de productions américaines ces dernières années, la Croisette ne peut que se réjouir de la présence de cet "enfant de Cannes" qu’est Tarantino. D’autant que "Once upon a time… in Hollywood" a des allures de cocktail cannois parfait : une bonne dose de stars ultra-célébrissimes (Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Al Pacino, Kurt Russell…), un zeste d’hommage au cinéma hollywoodien (le film se déroule dans le Los Angeles de la fin des années 1960), une pincée de faits réels (l’intrigue a pour toile de fond l’assassinat de Sharon Tate par les adeptes de Charles Manson) et un storytelling taillé sur mesure pour le festival (Tarantino de retour en compétition 25 ans après sa Palme d’or pour "Pulp Fiction").

Enfin, signalons la présence annoncée de Sylvester Stallone durant la quinzaine. L’acteur américain n’est au programme d’aucun film sélectionné en officiel ou ailleurs. Il viendra pour assurer la promotion de "Rambo V : Last Blood" qui sortira à l’automne prochain. Et puisqu’il sera de passage, les organisateurs du festival en profiteront pour projeter la version restaurée du premier de la saga, "Rambo : First Blood". Beaucoup de "blood" donc en perspectif.

Sylvester Stallone reprend du service en Rambo.
Sylvester Stallone reprend du service en Rambo. Lionsgate

• Footballistique

Pas besoin de convoiter la Palme d’or pour déchaîner les foules massées autour du tapis rouge. Pas besoin non plus d’être une star du cinéma. Il suffit d’être une légende. Maradona en est une, vivante en plus, qui a déjà eu l’occasion de gravir les marches cannoises. C’était en 2008 à l’occasion du documentaire qu’Emir Kusturica lui avait consacré (qui, modestement, s’appelait "Maradona by Kusturica").

Cette année, l’ancien footballeur de génie retrouvera le palais des festivals pour les mêmes raisons. Sauf que, cette fois-ci, c’est Asif Kapadia qui s’est occupé de son cas. Le réalisateur britannique, à qui l’on doit notamment des documentaires sur Ayrton Senna et Amy Winehouse (c’est dire son appétence pour les icônes que l’on dit "sacrifiées sur l’autel de la célébrité"), s’est concentré sur les années napolitaines du joueur argentin, de 1984 à 1991, son âge d’or.

Les premières images qui font office de "teaser" montrent la première apparition de la star au stade San Paolo de Naples où sont réunis quelque 70 000 supporters scandant "Diego ! Diego !" Une séquence folle, presque surréaliste, qui dépasse la sphère purement sportive (au même titre que le chant des supporters de Liverpool lors de la victoire des Reds contre le Barça et la signature d’Hatem Ben Arfa au Stade rennais). On a hâte de voir ça.

• Pléthorique

A-t-on déjà vu autant de réalisateurs remettre leur Palme d’or en jeu ? Sur les 21 films en lice pour le sacre 2019, cinq sont l’œuvre de "palmés" : Quentin Tarantino, Terence Malik, Abdellatif Kechiche, Ken Loach ainsi que les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne (les trois derniers comptent d’ailleurs deux Palmes d’or dans leur salle des trophées). Si on ajoute les cinéastes déjà passés par la case compétition (Pedro Almodovar, Xavier Dolan, Bong Joon-ho, Arnaud Desplechin, etc.), on peut parler d’un festival d’habitués. De fait, seuls huit cinéastes sont des primo-entrants (bonne chance à eux).

Mais pour les amateurs de beaux tapis rouges, ce qui compte surtout c’est le retour des stars internationales. Après une édition 2018 un peu chiche en vedettes, le cru 2019 verra défiler pléthore de VIP : Penelope Cruz, Antonio Banderas, Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Al Pacino, Bill Murray, Adam Driver, Selena Gomez, Danny Glover, Isabelle Huppert, Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos…

La démesure, on la trouvera également dans la durée des films. Si le prolixe Xavier Dolan semble avoir calmé ses ardeurs (seulement 1h59 pour son "Matthias et Maxime"), on n’oubliera pas d’apporter une petite collation pour les films du bavard Quentin Tarantino (2h41) et du contemplatif Terence Malik (2h53). Quant à la projection du Abdellatif Kechiche, on exigera un entracte, histoire de pouvoir se dégourdir les jambes durant les 4 heures de son "Mektoub my love : Intermezzio". Le palmarès nous dira si, à Cannes, la valeur atteint le nombre de minutes.

• Terrence Malick

Terrence Malick est de retour. Huit ans après avoir remporté la Palme d’or avec "The Tree of life", le plus mystérieux des réalisateurs américains présentera "Une vie cachée" en compétition. Le titre aurait été parfait pour une œuvre autobiographique puisque, comme chacun sait, personne ne connaît la vie de Terrence Malick. Son dernier long métrage est en fait inspiré d’une histoire vraie, celle d’un couple de paysans autrichiens qui, durant la Seconde Guerre mondiale, ont refusé de se ranger du côté des nazis.

L'amour est dans le pré dans "Une vie cachée" de Terrence Malick.
L'amour est dans le pré dans "Une vie cachée" de Terrence Malick. Iris Productions

On l’a dit, le réalisateur texan aime entretenir le mystère sur sa personne. Sera-t-il à Cannes pour défendre son film ? En 2011, il y était mais personne ne l’a vu (à part le critique français Michel Ciment qui, paraît-il, à son 06). On s’attend en tous cas à une déferlante de tweets prétendant avoir aperçu l’homme invisible au café du coin. Les quelques photos connues de lui le montre affublé d’une barbe blanche et d’un chapeau. Ce qui devrait donner lieu à quelques malentendus sur la Croisette ("Hello, Terrence !" –"Non moi, c’est Michel…").

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