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France : projet de loi "pour une école de la confiance", les points de discorde

Des manifestants contre le projet de loi Blanquer, défilant près de l'opéra Garnier, à Paris, le 4 avril 2019.
Des manifestants contre le projet de loi Blanquer, défilant près de l'opéra Garnier, à Paris, le 4 avril 2019. François Guillot, AFP

Le projet de réforme "pour une école de la confiance" de Jean-Michel Blanquer voté en février à l’Assemblée est soumis, mardi, au vote des sénateurs. Mais certains articles du texte de loi suscitent l'inquiétude des syndicats.

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La fameuse "confiance" voulue entre le ministre Jean-Michel Blanquer avec le monde éducatif est-elle déjà écornée ? Alors que le projet de loi "pour une école de la confiance", adopté par les députés, arrive mardi 14 mai au Sénat, certains enseignants et parents ne cachent pas leurs inquiétudes. SNUipp et FSU, UNSA et Sud, principaux syndicats des écoles primaires, appellent d’ailleurs le 18 mai prochain, enseignants, parents d’élèves et élus locaux à manifester à Paris contre le projet de lois du ministre de l’Éducation.

Instruction obligatoire dès trois ans, devoir d’exemplarité des enseignants, regroupement "écoles-collèges", drapeau dans les salles de classe, formation des enseignants, la loi Blanquer balaie un large spectre d’aspects de l’Éducation nationale et autant de craintes. "Dans ce projet de loi, on ne raisonne que sur le plan administratif et pas sur la pédagogie, regrette Francette Popineau, co-secrétaire générale du syndicat SNUipp-FSU dans un entretien à France 24. Il n’offre aucune réponse aux problèmes d’inégalités sociales, d’exclusion. Pire, il en pose de nouveaux."

Le regroupement écoles-collèges en question

Au chapitre des propositions sensibles figure le regroupement écoles-collèges. Le projet gouvernemental a pour ambition de créer de nouvelles structures baptisées "établissements publics des savoirs fondamentaux" (EPSF) qui regrouperaient les classes d’un collège et plusieurs écoles situées "dans le même bassin de vie", précise l'amendement. Le but affiché est d’assurer une meilleure continuité des apprentissages, de la maternelle à la troisième. Une telle structure permettrait à "de très petites écoles d’atteindre une taille critique rendant possibles certains projets pédagogiques, ainsi que des collaborations entre enseignants de cycles différents", selon les termes du texte.

L'établissement public des savoirs fondamentaux serait ainsi dirigé par un chef d'établissement, – celui du collège – et secondé par un directeur adjoint qui exercerait, "sous son autorité, les compétences attribuées au directeur d'école." Dans ce nouveau cadre, le directeur d’école pourrait ainsi déléguer certaines tâches administratives au personnel du collège dédié à ces fonctions pour davantage se consacrer au projet pédagogique.

Devant le scepticisme affiché par certains syndicats qui redoutaient une manière déguisée de supprimer le poste de directeur d’école pour réduire le nombre de fonctionnaires, Jean-Michel Blanquer est monté au créneau dans les colonnes du Parisien du 27 mars indiquant que la mesure ne remettait "pas en cause l’existence des écoles et de leurs directeurs" et ne serait nullement imposée. "Loin s’en faut. Si c’était imposé partout en France, je comprendrais complètement l’émoi, mais cela n’est absolument pas ça. […] Cela concernera probablement quelques unités, ou quelques dizaines de cas. Et ce sera le choix des élus et des communautés éducatives", a rétorqué le membre du gouvernement.

Cette mesure, d’ailleurs retoquée à l’Assemblée nationale, devrait revenir sous une forme nouvelle au Sénat de manière à soulager les craintes des membres du corps enseignant. Les syndicats ont d’ores et déjà annoncé qu’ils seraient particulièrement vigilants à la rédaction du nouveau texte.

Écoles privées et publiques, la lutte des classes

La mesure concernant l'école obligatoire dès trois ans pose également problème. Si les syndicats se réjouissent de cette nouveauté, ils sont en revanche plus réservés sur les moyens mis en place pour l’appliquer. La FSU voit notamment dans ce projet "un cadeau fait à l’école privée". "Si l’école maternelle devient obligatoire, les écoles privées toucheront automatiquement des financements des collectivités locales, or c’est autant de fonds publics que ne toucheront pas les écoles publiques," dénonce Francette Popineau.

L’article 1 du projet de loi fixe, en outre, un devoir d’exemplarité des enseignants et en retour le respect des élèves et des familles. Cette mesure a été maintenue en commission, son rapporteur estimant que "l’exemplarité nourrit le respect dû par les élèves et les familles aux professeurs et à l’institution". Mais les syndicats y voient là une remise en cause de la liberté d’expression. "Chaque enseignant doit garder ses opinions pour lui, cela est tout à fait normal, consent Francette Popineau, en revanche, il doit être en capacité de dénoncer d’éventuel dysfonctionnement sans craindre de représailles de l’académie. Il y a là une volonté d’intimidation."

Des étudiants rémunérés

Autre point de tension du vaste chantier lancé par Jean-Michel Blanquer : la formation des enseignants. Le projet de loi prévoit la possibilité, pour des étudiants qui peuvent hésiter à s'engager dans des études longues pour des raisons financières, de devenir enseignant via un dispositif dit de "pré-professionnalisation". Ces étudiants seraient recrutés en début de deuxième année de licence (L2) et se construiraient "une expérience progressive du métier pendant trois ans", jusqu'au concours, précise le ministère. Les enseignants "stagiaires" effectueraient ainsi deux demi-journées par semaine dans une école-collège ou un collège, à proximité de l'université où ils suivraient leur formation. En observation la deuxième année, ils pourraient dispenser quelques heures de cours lors de leur troisième année d’apprentissage. L’étudiant percevra alors un salaire de 693 euros net par mois en L2, puis de 963 euros en L3 et de 980 euros en M1, a déjà précisé Jean-Michel Blanquer.

Les syndicats redoutent que les assistants d'éducation ne soient "destinés à remplacer les personnels absents ou manquants". "C’est comme si l’on demandait à un apprenti de prendre les commandes d’un avion après s’être contenté d’observer le pilote. Vous accepteriez de monter à bord de son avion ? C’est la même chose pour l’école", s’indigne la syndicaliste de SNUIpp.

Les syndicats profiteront de la journée du 18 mai pour faire entendre leurs revendications. Mais pour l’heure, c’est aux sénateurs de se prononcer. La haute assemblée, à majorité de droite, votera le 21 mai sur l'ensemble du texte, déjà adopté en première lecture par l'Assemblée nationale. Les sénateurs ont adopté 141 amendements en commission et près de 500 ont été déposés en séance.

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