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L’affaire de violence sexuelle à l'origine des ennuis de Julian Assange

Cette photo a été prise à Stockholm en 2010, à l'époque où Julian Assange est accusé d'avoir agressé sexuellement deux femmes.
Cette photo a été prise à Stockholm en 2010, à l'époque où Julian Assange est accusé d'avoir agressé sexuellement deux femmes. Bertil Ericson, AFP

La Suède a décidé de rouvrir, lundi, une enquête pour viol contre le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, qui remonte à août 2010. Une affaire à rebondissements, et dont la médiatisation s'est révélée douloureuse pour les victimes présumées.

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Après les États-Unis, c’est au tour de la justice suédoise de réclamer aux autorités britanniques l’extradition de Julian Assange. Le parquet de Stockholm a rouvert, lundi 13 mai, l’enquête au sujet de l’affaire de viol présumé qui est à l’origine de la décision du fondateur de WikiLeaks de se réfugier à l’ambassade d’Équateur à Londres, en 2012.

La justice suédoise a décidé de réactiver les poursuites parce que le ressortissant australien ne bénéficie plus de l’asile politique que lui avait accordé Quito il y a sept ans. La procédure judiciaire suédoise avait été mise entre parenthèse en 2017 car Stockholm s’était trop longtemps cassé les dents sur le refus de coopération des autorités équatoriennes. Mais la décision du président Lenin Moreno de lâcher Julian Assange et autoriser la police britannique, le 11 avril, à venir l’arrêter au sein de l’ambassade a changé la donne. “Julian Assange étant incarcéré en Grande-Bretagne, les conditions sont réunies pour demander sa remise [à la Suède] en vertu d'un mandat d'arrêt européen”, a expliqué Eva-Marie Persson, procureure adjointe, lors d'une conférence de presse.

Deux plaintes

Le célèbre hacktiviste australien continue à nier les faits qui lui sont reprochés et qui remontent à fin août 2010. Julian Assange est accusé d’avoir fait subir des violences sexuelles à deux femmes lors d’une semaine qu’il a passée à Stockholm.

Il avait d’abord été visé par une plainte pour agression sexuelle émanant d’Anna Ardin, une Suédoise qui avait accordé le gîte à l’Australien durant son séjour et collaboré à l’organisation de sa venue. Elle avait raconté aux policiers comment après avoir à plusieurs reprises repoussé les avances de son illustre invité, elle avait finalement cédé “pour en finir avec ça”. Mais elle lui a reproché d’avoir passé outre sa demande d’utiliser un préservatif, violant ainsi son consentement et son intégrité physique.

Mais ce n’est pas cette affaire, la plus médiatisée, qui pourrait valoir à Julian Assange d’être extradé vers la Suède. En 2015, le délai de prescription de cette plainte pour agression sexuelle a, en effet, expiré. L’autre victime présumée soutient, quant à elle, avoir été violée par le fondateur de WikiLeaks. Une accusation dont le délai de prescription court jusqu’en 2020.

Sofia W. a expliqué avoir rencontré Julian Assange à la sortie d'une conférence de presse après avoir demandé à Anna Ardin de pouvoir y participer. Elle a reconnu devant les policiers avoir été séduite par le personnage et avoir accepté de coucher avec lui. Mais elle lui a aussi reproché de n’avoir pas respecté sa demande de porter un préservatif lors de leur rapport sexuel. En outre, dans son cas, elle a ajouté qu’il avait abusé d’elle alors qu’elle était endormie.

Campagne de dénigrement

Les défenseurs de WikiLeaks avaient été prompts à réduire ces accusations à de simples manœuvres téléguidées depuis Washington pour obtenir l’extradition de Julian Assange d’abord vers la Suède puis vers les États-Unis. Des personnalités aussi célèbres que le documentariste américain Michael Moore ont volé au secours de l’hacktiviste qualifiant les affirmations des deux femmes de “ruses” et “manipulations” pour faire taire quelqu’un qui, quelques mois plus tôt, avait rendu public des centaines de milliers de documents diplomatiques américains secrets. Un fait d’arme qui avait été fermement dénoncé par l’administration américaine. Il avait aussi réduit l’affaire à une “simple histoire de capote percée”.

Mais surtout, les deux femmes avaient fait l’objet d’une intense campagne de dénigrement. La féministe américaine Naomi Wolf s’était fendue d’une tribune pour regretter que des femmes utilisent la “rhétorique féministe pour se venger d’avoir été blessées dans leurs sentiments”. Naomi Wolf a reconnu, par la suite, avoir réagi sans connaître tous les détails de l’affaire. Mais sa prise de position initiale a contribué à faire écho à d’autres articles dépeignant les deux victimes présumées comme des “féministes enragées” voulant se venger ou en essayant de débusquer des liens entre elles et la CIA… Des sites aussi respectables que le “Daily Beast” avaient publié des articles assurant même que les deux Suédoises “desservent la cause des femmes”.

“Cela a été une période très longue et pénible pour ma cliente” a reconnu Elisabeth Massi Fritz, l’avocate de Sofia W. La désinvolture avec laquelle les récits des deux femmes ont été traités par une partie des commentateurs à l’époque démontre aussi à quel point les mentalités ont évolué depuis le mouvement #metoo. Les réactions de l’époque “vont sûrement horrifier les journalistes d’aujourd’hui qui s’intéresseront de plus près au climat entourant l’affaire”, estime la journaliste américaine Sady Doyle, qui s’était élevée contre la manière dont Michael Moore avait défendu Julian Assange. Et cette fois-ci, le fondateur de WikiLeaks ne devrait pas bénéficier du même élan de solidarité.

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