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Méfiance et prudence après l’annonce du retrait des houthis de trois ports au Yémen

Des observateurs de l'ONU aux côtés de reponsables yéménites dans le port de Salif, le 11 mai.
Des observateurs de l'ONU aux côtés de reponsables yéménites dans le port de Salif, le 11 mai. AFP

Alors que selon l’ONU, le retrait des houthis de trois ports de la région de Hodeïda, au Yémen, se déroule comme prévu, le manque de confiance entre les belligérants persiste, le gouvernement dénonçant une manipulation des rebelles.

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La méfiance est toujours de mise entre les acteurs de la guerre au Yémen. Deux jours après l’annonce, par les rebelles houthis, du retrait de leurs troupes de trois ports de la région de Hodeïda, le gouvernement yéménite du président Abd Rabbo Mansour Hadi dénonçait, dimanche 12 mai, une farce.

Le redéploiement des rebelles chiites s’est déroulé "conformément aux plans établis", a pourtant affirmé, dimanche, l'ONU, marraine des accords inter-yéménites de Stockholm, signés en décembre 2018 au terme d’âpres négociations. Le texte visait notamment à mettre fin à de violents combats autour de Hodeïda, dans l'ouest du pays, après des mois d'offensive militaire des forces progouvernementales yéménites soutenues par les Saoudiens et les Émiratis. En principe, selon le texte, les combattants houthis doivent se retirer à 5 kilomètres des ports de Hodeïda (stratégique et vital pour l’envoi d’aides humanitaires), de Ras Issa et Latif.

Une "vérification formelle" de l'ONU attendue le 14 mai

"Les trois ports ont été surveillés simultanément par des équipes des Nations unies, alors que les forces militaires quittaient les ports et que les gardes-côtes assumaient la responsabilité de la sécurité", a indiqué l'ONU dans un communiqué. "Au cours des prochains jours, les activités (dans les ports) devraient être axées sur l'élimination" des équipements "militaires et le déminage", a précisé la Mission des Nations unies chargée de superviser l'accord de Hodeïda. "La vérification formelle" par les Nations unies du premier redéploiement aura lieu dans les trois ports le mardi 14 mai, a-t-elle ajouté.

Malgré ces annonces, le gouvernement yéménite reste suspicieux et accuse les houthis d’avoir mis en scène un mouvement unilatéral, et d’avoir remplacé des combattants par d’autres houthis déguisés en gardes-côtes. "Ce que les miliciens houthis ont fait, c'est la répétition d'une pièce de théâtre sur le transfert du contrôle du port à des forces" qui leur sont favorables, a tweeté le ministre yéménite de l'Information Mouammar al-Iryani qui a qualifié de "manipulation" le retrait rebelle.

Le tweet du ministre yéménite de l'Information Mouammar al-Iryani
Le tweet du ministre yéménite de l'Information Mouammar al-Iryani

"Ce retrait unilatéral improvisé et sans contrôle n’est pas conforme aux accords de Stockholm, le gouvernement attend des clarifications de l’ONU, car le retrait doit se faire selon des modalités précises inscrites dans le texte signé en Suède et ce, sous la supervision d’un comité composé de représentants de l’ONU, du gouvernement yéménite et des houthis", explique Yaser al-Hasni, du service de presse de la présidence yéménite, interrogé depuis Riyad par la chaîne arabophone de France 24.

"La main des houthis est tendue vers la paix"

De leur côté, les houthis affirment être de bonne volonté et dénonce l’attitude du gouvernement yéménite. "S’il n’approuve pas l’application d’une partie du texte de Stockholm, comment peut-on s’attendre à ce qu’il respecte de son côté un accord de paix qui comprend de nombreuses concessions ?", s’est interrogé Mohammad Nasr al-Baghiti, cadre dirigeant du mouvement des houthis.

"C’est un évènement historique, conforme aux accords de Stockholm, qui démontre au monde entier que la main des houthis est tendue vers la paix et qu’ils tiennent à appliquer le texte signé en Suède, assure à France 24 Ali Qesher, élu de la province de Hodeïda , proche des houthis. Il s’agit d’attendre désormais un geste similaire de l’autre côté afin qu’ils prouvent également leurs bonnes intentions pour que le pays passe à d’autres étapes sur le chemin de la paix".

Interrogé sur les réserves du gouvernement yéménite, Ali Qesher hausse le ton. "Ces discours sont fallacieux, ceux qui les prononcent n’ont pas la main sur ce qui se passe sur le terrain, ils sont à Riyad ou aux Émirats, tonne-t-il. Les houthis ne prennent leurs ordres de personne, l’Iran [soupçonné de soutenir les houthis chiites, NDLR] ne joue aucun rôle dans ce dossier, moi, je parle depuis Hodeïda , depuis le port, et j’étais sur place lorsque le retrait a commencé".

L’ONU doit "prendre une posture plus agressive"

La prudence est également de mise du côté des experts de la région, en attendant un rapport final de l’ONU. "La tendance est à la prudence, même s’il s’agit tout de même du premier signe d’apaisement après des mois d'immobilisme, dans un conflit particulièrement dévastateur qui dure depuis 4 ans, note Bruno Daroux, spécialiste des questions internationales à France 24".

"Il faut rester prudent car je ne vois pas cette annonce comme une grande avancée, étant donné que le niveau de confiance entre les houthis et le gouvernement yéménite est extrêmement bas, souligne pour sa part Natasha Lindstaedt, professeure de relations internationales à l’Université d’Essex, spécialiste du Moyen-Orient, interrogée par France 24. Le pouvoir yéménite a d’ailleurs accusé les houthis de masquer leurs intentions réelles".

Selon elle, le fait  qu’aucune avancée décisive n’ait été enregistrée depuis la signature des accords de Stockholm, qui comprenait un échange de prisonniers entre les belligérants, un cessez-le-feu à Hodeïda  et d’autres villes portuaires ainsi qu’à Taez, la troisième ville du Yémen, complique la donne et contribue à maintenir un niveau de confiance aussi faible.

"Une partie du problème vient des capacités de l’ONU à faire plus qu’une mission d’observation, car l’accord de Stockholm est très vague. Peut-être qu’il fallait que texte le soit pour obtenir la signature des deux parties, confie Natasha Lindstaedt. Il faut par exemple que la question de l’échange de prisonniers soit conclue, l’ONU doit prendre une posture plus agressive sur ce dossier, car c’est une question affective pour les Yéménites. En réglant ce problème, une étape importante sera franchie et l’ONU pourra instaurer un climat de confiance et gagner en crédibilité, ce qui lui permettra d’avancer sur d’autres dossiers".

Annoncé à plusieurs reprises par l'ONU, notamment en février et en avril, le retrait effectif des ports tardait à être mis en œuvre alors que le pays est ravagé par la guerre, et que des millions de Yéménites, menacés par la famine, dépendent des importations et de l'aide humanitaire censés arriver via Hodeïda

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