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À CANNES

Cannes, jour 1 : en attendant les zombies, les stars et les polémiques

L'icône rock Iggy Pop, mort bien vivant de "The Dead Don't Die" de Jim Jarmusch.
L'icône rock Iggy Pop, mort bien vivant de "The Dead Don't Die" de Jim Jarmusch. Focus Features

Le 72e festival de Cannes donne le coup d'envoi de sa compétition mardi soir avec un film de zombies au casting prestigieux. En attendant les morts-vivants et les stars, les festivaliers tuent le temps en évitant de parler de cinéma. Embargo oblige.

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Agnès Varda est là qui, la première, nous cueille sur la Croisette. Déployée sur les imposantes façades du Palais des festivals, la regrettée réalisatrice, juchée sur le dos d’un assistant, l’œil vissé à une caméra d’un autre temps, semble ne rien rater des derniers préparatifs. Comme par un effet de miroir, les guetteurs de stars, en équilibre sur leur escabeau, se tiennent prêts à saisir au flash les célébrités attendues au pied d’un tapis rouge tout juste déroulé.

La météo, que l’on sait imprévisible, a, elle aussi, décidé de jouer le jeu. Un premier nuage, toutefois, est venu assombrir le ciel cannois, forçant les organisateurs à réagir. L’association féministe Women In Hollywood, très active aux États-Unis, a lancé une pétition pour que la Palme d’or d’honneur ne soit pas attribuée à Alain Delon, comme prévu ce dimanche. Le collectif féministe reproche à l’acteur français des positions "racistes, homophobes et misogynes", qu’il a prises par le passé. À l’heure où nous écrivons, l’initiative avait récolté plus de 17 000 signatures. Dans un communiqué, Thierry Frémaux, délégué général du festival, a dénoncé une "police de la pensée" qui porte atteinte à la "liberté d’expression". Grosse ambiance. Un festival de Cannes classique, en somme. La 72e édition peut débuter.

Le bal d’ouverture sera donné, ce soir, par "The Dead Don’t Die", film de zombies signé de l’Américain Jim Jarmusch, qui a réuni pour l’occasion un casting hollywoodien à réveiller les morts. Bill Murray, Adam Driver, Chloë Sevigny, Iggy Pop, Danny Glover, Selena Gomez exécuteront donc la première montée des marches, sous les injonctions de photographes trop heureux de retrouver les strass et les paillettes qui faisaient quelque peu défaut l’an passé.

En donnant le coup d’envoi de la compétition, les morts-vivants de Jarmusch viennent affirmer la forte présence du film de genre sur la Croisette, où gangsters chinois côtoieront mafiosi italiens, pistoleros brésiliens et flics à la française. Les cinéphiles s’en frottent déjà les mains. D’autant que les réalisateurs en lice pour la Palme d’or concourent avec le statut d’auteur confirmé. De Quentin Tarantino à Bong Joon-ho en passant par Terrence Malick, Xavier Dolan et Abdellatif Kechiche, la compétition est, cette année, particulièrement alléchante.

En attendant les stars, les zombies et les scandales, les festivaliers patientent comme ils peuvent. En évitant de parler cinéma. Les quelques privilégiés (des journalistes parisiens bien introduits) qui ont pu avoir la primeur de certains films en compétition sont, en effet, soumis à un impitoyable embargo. Motus et bouches cousues ! Un pesant climat d’omerta qui contraint donc aux conversations badines. Petit florilège des petites phrases que vous entendrez uniquement sur la Croisette.

  • "Je vois bien Terrence Malick faire une remontada"

On a tendance à l’oublier mais le festival de Cannes, c’est avant tout une compétition. Avec des gagnants, des perdants, des favoris, des déçus, des sanctionnés (une déclaration malheureuse en conférence de presse peut vous valoir une expulsion), des supporters ("ils ont l’air chaud ce soir, les ultras du kop Jean-Luc Godard"), des concurrents en forme (ou en méforme), des mauvais joueurs, des blessés (une montée des marches mal négociée, ça arrive), etc.

Certes, le festival de Cannes n’est pas la Ligue des champions, et les impressionnants retournements de situation devraient intervenir en nombre limité ("oulala, le magnifique film de Terrence Malick qui laisse Ken Loach littéralement KO debout !"). Reste que cette quinzaine n’est pas sans enjeu. Sur les 21 films en compétition, cinq sont signés de réalisateurs déjà "palmés". Quentin Tarantino, Abdellatif Kechiche et Terrence Malick auront ainsi l’occasion d’intégrer le club très fermé des double-détenteurs de Palme d’or. Encore mieux, Ken Loach et les frères Dardenne peuvent réussir l’exploit – encore inédit – de rafler la troisième Palme de leur carrière. Un triplé qui les ferait entrer dans la légende du festival. De là à provoquer des effusions de joie dans les rues d’Angleterre et de Belgique…

 

  • "Il faut avoir fait Polytechnique pour comprendre les horaires de projections"

Pour la deuxième année consécutive, les journalistes sont priés de prendre leur mal en patience. Les projections presse qui précédaient de plusieurs heures les projections publiques, c’est fini. Désormais, les critiques sont invités à voir les films de la compétition en même temps que tout le monde. Voire, dans certains cas, douze heures après. Par exemple, un film présenté le soir (avec tapis rouge, montée des marches et tout le tralala) ne sera pas visible avant le lendemain matin. Une nouveauté cette année : quelques journalistes VIP auront toutefois la possibilité d’assister à une projection restreinte la veille au matin, à condition de ne pas en parler avant sa présentation le soir. Non, nous non plus, on n’a rien compris.

 

  • "C’est Jean-Pierre et Luc ou Jean-Luc et Pierre Dardenne ?"

Ce n’est pas parce que vous avez remporté deux Palmes d’or qu’on finit par retenir votre état civil. Cela fait vingt ans que les Dardenne participent régulièrement à la compétition, vingt ans que les festivaliers ne savent toujours pas précisément s’il s’agit de "Jean-Pierre et Luc" ou de "Jean-Luc et Pierre" (une fois, on a même entendu un "Pierre-Luc et Jean Dardenne", mais il était tard). Astuce (c’est cadeau) : pour éviter le moindre impair, il suffit de ne pas spécifier les prénoms. On dira donc "les frères Dardenne" ou, pour les plus aventureux, "les frères" tout court (au risque de créer la confusion avec les rappeurs de PNL).

 

  • "J’ai zappé Maradona pour 'Game of Thrones'…"

C’est la boulette. Cette année, l’ultime épisode de l’ultime saison de 'Game of Thrones', qu’on ne présente plus, sera diffusé durant les festivités cannoises (dans la nuit du dimanche 19 au lundi 20 mai pour être plus précis). Événement mondial contre événement planétaire, la guerre va faire rage. Afin de ne pas se faire voler la vedette, les organisateurs du festival ont concocté un programme particulièrement concurrentiel pour la journée de dimanche. Notez sur vos agendas : cérémonie en l’honneur d’Alain Delon (encore plus controversé que Cersei Lannister), projection du film de Terrence Malick (encore plus mystérieux que Bran Stark), présentation hors compétition du moyen-métrage "Lux Æterna" de Gaspard Noé (encore plus dingue que Ser Bronn) et du documentaire consacré à Maradona (encore plus fort que tous les dragons réunis). "Winter is coming."

 

  • "J’en peux déjà plus de ‘La Carioca’"

En 1994, les Nuls sortaient "La Cité de la peur". Comédie potache made in France sur les coulisses du festival de Cannes. Le film s’achevait sur une chanson humoristico-absurde appelée "La Carioca" (on résume). C’était drôle sur le moment. Puis la vie a suivi son cours. Las, aux yeux de certains, la scène est devenue culte. Pour célébrer les 25 ans de la pitrerie, les plus grands fans se sont mobilisés. Il y a quelques semaines, ils ont lancé une pétition pour que les acteurs (Alain Chabat et Gérard Darmon) viennent pousser la chansonnette lors de la cérémonie d’ouverture. Ce qui, apparemment, ne se fera pas. Qu’à cela ne tienne : les pétitionnaires ont décidé d’organiser, jeudi, une "Carioca" géante dans le centre de Cannes… Faut nous laisser tranquille maintenant.

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