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Eurovision 2019 : entre appels au boycott et risque sécuritaire, Tel-Aviv sous tension

Une manifestation contre la tenue de l'Eurovision en Israël, le 14 mai 2019 à Tel-Aviv.
Une manifestation contre la tenue de l'Eurovision en Israël, le 14 mai 2019 à Tel-Aviv. Menahem Kahana, AFP

Israël, qui accueille l'Eurovision de mardi à samedi après de nouvelles tensions avec le Hamas dans la bande de Gaza, fait face à un risque sécuritaire accru et des appels répétés au boycott de la part de mouvements internationaux pro-palestiniens.

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Cette semaine, le pavillon 2 du Convention Center de Tel-Aviv s'est mis à l'heure de l'Eurovision, affichant une étoile de David bleue sur fond blanc, entourée du logo en forme de cœur de la compétition internationale.

Accueilli cette année par Israël, vainqueur de la précédente édition, le concours de la chanson européen – qui attire chaque année plus de 180 millions de téléspectateurs – a entamé sa phase finale, mardi 14 mai, moins de dix jours après les affrontements meurtriers qui ont opposé l'armée israélienne et le Hamas. Plusieurs centaines de roquettes ont été lancées de part et d'autre de la bande de Gaza, faisant 4 morts du côté israélien et 23 du côté palestinien. Après de tels événements, la tenue de l'Eurovision en Israël n'est pas du goût de tous.

Pression sécuritaire

À Tel-Aviv, où la fête bat son plein depuis mardi, 41 délégations internationales et des milliers de fans ont fait le déplacement, déboursant de 399 à 799 euros (la place) pour suivre samedi la finale de l'événement, organisé par Israël avec fierté. Si l'Eurovision représente pour certains l'incarnation du kitsch, elle est pour l'État hébreu une chance de promouvoir sa culture et son territoire, et de faire parler de lui de manière positive. Mais il a fallu, pour cela, mettre en place un dispositif de sécurité renforcé, l'entrée de la bande de Gaza ne se situant qu'à 45 minutes de la ville-hôte.

Au total, 20 000 policiers ont été mobilisés pour encadrer l'événement organisé à Tel-Aviv. Des patrouilles supplémentaires sont dépêchées dans les rues de la ville, mais aussi en mer, où des unités spéciales de patrouilleurs balaient les côtes.

Un encadrement qui s'opère dès l'arrivée des voyageurs sur le sol israélien. Des cartes leur sont remises par la police, sur lesquelles ils peuvent trouver plusieurs numéros de téléphone joignables à toute heure en cas de problème majeur.

En France, le ministère des Affaires étrangères a mis à jour ses conseils aux voyageurs, quelques jours avant les demi-finales de l'Eurovision en Israël, mettant en garde les touristes français sur la nécessité de suivre les consignes des autorités locales "à l'attention des voyageurs de passage en Israël à l'occasion de l'Eurovision". Consignes relayées par l'ambassade de France en Israël, qui fournit une liste d'"instructions à suivre en cas d'alerte de tir de roquette".

Une réalité que le pays avait pourtant tenté d'enjoliver, notamment grâce à un clip promotionnel qui n'a pas tardé à faire polémique. "C'est un pays en guerre et occupé. Mais nous avons bien plus que cela à vous proposer", déclarent tour à tour les personnages mis en scène dans cette courte vidéo censée mettre en scène, avec autodérision, les clichés négatifs qui circulent sur Israël.

En effet, les derniers affrontements entre l'armée israélienne et le Hamas en ont découragé plus d'un de se rendre sur le territoire. S'ils sont plusieurs milliers à s'être rendus à Tel-Aviv, ils sont malgré tout moins nombreux que ce qu'espéraient les autorités israéliennes.

Fausse alerte à la roquette

L'imminence de l'Eurovision a dissuadé le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, de procéder à une opération militaire de plus grande ampleur, laquelle aurait poussé les factions palestiniennes à répliquer avec des tirs de roquettes en direction de Tel-Aviv. Une telle configuration aurait conduit à une annulation pure et simple de l'événement et aurait représenté une catastrophe pour l'image d'Israël.

La menace n'en demeure pas moins présente. Mardi 14 mai, si la première demi-finale de l'Eurovision s'est déroulée conformément à ce qui était prévu, la retransmission de l'événement sur Internet a été piratée par une fausse alerte à la roquette, imputée par la télévision israélienne au mouvement islamiste Hamas.

Un rappel de la menace qu'un éventuel accès de violence fait peser sur le concours.

Nombreux appels répétés au boycott

C'est la troisième fois depuis son intégration au concours, en 1973, qu'Israël accueille la compétition.

Depuis la victoire en mai 2018 de sa candidate, Netta Barzilai, Israël fait face à de nombreux appels au boycott, portés principalement par le mouvement international Boycott désinvestissement sanctions (BDS) qui s'oppose à l'occupation israélienne par des appels répétés au boycott des compagnies du pays et à celles, étrangères, qui opèrent dans les territoires occupés.

"Il ne s'agit ni de priver les artistes qui le souhaitent de la possibilité de participer à ce concours, ni de priver des millions de téléspectateurs de le suivre. Mais celui-ci ne peut pas, ne doit pas, se dérouler en Israël !!!", peut-on lire, par exemple, dans une pétition lancée par BDS-France en décembre 2018, intitulée "Eurovision 2019 : pas en Israël, pas au pays de l'apartheid".

Quelques jours avant l'Eurovision, une centaine d'artistes français avaient appelé France Télévisions à ne pas diffuser la 64e édition de l'Eurovision, dans une tribune publiée par Médiapart. "Nous, artistes et travailleur·se·s culturels français qui signons cet appel, n'irons pas à Tel-Aviv blanchir le système de discriminations légales et d'exclusion qui y sévit contre les Palestiniens, et nous appelons France Télévisions et la délégation française à ne pas servir de caution au régime qui envoie ses snipers tirer tous les vendredis contre les enfants désarmés de la marche du retour à Gaza." Parmi les signataires, Imhotep du groupe de rap IAM, le dessinateur Willem, ou encore l'écrivaine Annie Ernaux.

Outre-Manche, où le programme sera diffusé par la BBC, la chaîne a elle aussi été interpellée. Plus de 50 artistes, parmi lesquels Vivienne Westwood, Peter Gabriel ou encore Roger Waters, se sont unis afin de demander à ce que l'édition 2019 du concours ne soit pas diffusée. Un appel que la chaîne a immédiatement rejeté.

Manifestations sur place

Appelée à ne pas se rendre au Convention Center de Tel-Aviv, sur la scène duquel elle doit se produire pour la finale de l'Eurovision, Madonna, dont la venue en Israël a suscité une vive polémique alimentée par les appels au boycott du BDS, a quant à elle déclaré refuser de "se plier à quelconques demandes politiques".

Si aucune des 41 délégations ne s'est retirée de la compétition, malgré les nombreuses pressions exercées, les appels au boycottage du concours et les manifestations se poursuivent, désormais, sur le territoire israélien, où un collectif de photographes engagés a déployé dès mardi des banderoles affichant des messages tels que "les chansons et les paillettes ne peuvent cacher la patrie occupée".

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