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Européennes : la drôle de campagne des Britanniques

Nigel Farage veut peser sur le processus de négociations du Brexit en faisant élire des eurodéputés au sein de son nouveau parti "le parti du Brexit".
Nigel Farage veut peser sur le processus de négociations du Brexit en faisant élire des eurodéputés au sein de son nouveau parti "le parti du Brexit". Oli Scarff, AFP

Empêtré dans un Brexit sans fin, les Britanniques se préparent tant bien que mal aux élections européennes du 23 mai. Face au désintérêt des conservateurs et du Labour quant au scrutin, le parti du Brexit de Nigel Farage (ex UKIP) a le vent en poupe.

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C'est l'invité surprise. Celui qui, après avoir juré pendant des jours et des semaines qu'il n'y reviendrait pas, se présente à la dernière minute. La procédure de sortie de l'Union européenne – ou Brexit – s'enlisant, le Royaume-Uni est contraint de participer au scrutin des européennes du 23 au 26 mai. Un scénario que la Première ministre et la Commission européenne auraient voulu éviter.

Le Parlement britannique refuse d'adopter les accords de sortie qui ont été proposés par l'UE. Initialement prévu pour le 29 mars, le Brexit a connu de multiples reports. L'échéance est désormais fixée au 31 octobre. En attendant cette solution politique – que le Labour de Corbyn a encore retardé vendredi 17 mai en rompant les négociations avec Theresa May –, le Royaume-Uni est contraint juridiquement d'organiser un scrutin pour élire ses députés européens. Ironie de l'histoire, ces futurs élus pourraient ne jamais avoir à siéger dans l'hémicycle européen : Theresa May pense être en mesure de faire valider l'accord de retrait en juin par le Parlement de Westminster alors que l'entrée officielle des eurodéputés n'aura lieu que le 2 juillet.

>> À voir aussi : Élections européennes : le casse-tête des sièges britanniques

Dans ces conditions, la campagne des partis britanniques est loin d'un "business as usual".

• Les conservateurs se font discrets

Conservateur échaudé craint l'eau froide. Empêtré par la gestion calamiteuse du Brexit de leur cheffe de file actuelle, Theresa May, les Tories sortent d'élections locales difficiles qui les ont vus perdre plus d'un millier d'élus début mai.

Dans ce contexte, le parti a opté pour un service minimum pour la campagne des européennes : aucun évènement de lancement, pas de programme publié, pas de discours des figures conservatrices, peu de moyens... Les candidats ont été choisis à la va-vite et la plupart n'ont même pas pris la peine de mettre à jour la bio de leur compte Twitter ou leur site Internet. Rien ne fait mention du scrutin à venir, relève le Guardian.

"Ce service minimum donnera à Theresa May une excuse pour les mauvais résultats du scrutin, le 26 mai. Le parti est résigné à perdre la moitié de ses eurodéputés, et même finir cinquième", explique le quotidien britannique.

Faire campagne est "difficile" et les électeurs sont "en colère", justifie pudiquement à l'AFP Ashley Fox, chef des députés européens conservateurs britanniques.

Pour le Guardian, la stratégie du parti conservateur est simple : serrer les dents, faire le dos rond en espérant que les électeurs reviennent dès que l'épreuve du Brexit sera derrière le Royaume-Uni.

• Le Labour, plombé par son flou sur le Brexit

Du côté de l'autre grand parti de la vie politique britannique, le Labour, la campagne est tout aussi morose. Lors de son lancement, le chef de file du parti, Jeremy Corbyn, a promis de "rassembler le pays". "La vraie fracture de notre pays ne dépend pas de la façon dont les gens ont voté sur le Brexit. La vraie fracture est entre le peuple et les possédants", a affirmé Corbyn.

Pour Mary Kaldor, directrice du Centre for the Study of Global Governance à la London School of Economics and Political Science, la stratégie de la direction du Labour est simple : "Les dirigeants estiment que les résultats médiocres du Labour aux élections locales de ce mois démontrent que les [Britanniques] veulent avant tout qu'on en finisse 'avec cet accord' sur le Brexit. Ils sont également persuadés que leur approche ambiguë du Brexit lors des élections de 2017 les a aidés à gagner des électeurs."

Mais le Labour veut-il réellement en finir avec le Brexit ? La question se pose après que Jeremy Corbyn a rompu vendredi 17 mai les négociations avec Theresa May autour d'un accord bipartisan sur le Brexit.

Cependant à ménager la chèvre et le chou, le Labour finit par perdre sur les deux fronts. Selon un sondage cité par Le Monde, une partie des électeurs travaillistes (13 %), pro-Brexit, a l’intention de voter pour le nouveau parti de Nigel Farage – le parti du Brexit –, tandis qu’à l’inverse, 28 %, pro-européens, se tournent vers les partis ouvertement anti-Brexit comme les Lib-Dem (7 % d’intentions de vote), les Verts (7 %) et, en Écosse, le Parti national écossais (indépendantiste). L'ambiguïté entretenue risque donc de mener à l'implosion de l'électorat travailliste.

• Le Brexit Party : aujourd'hui l'Europe, demain le Royaume-Uni ?

Décimer les Conservateurs (Tories) aux élections européennes, puis entrer au Parlement britannique : tel est le plan de bataille de l'europhobe Nigel Farage (ex-UKIP), dont le Parti du Brexit (Brexit Party), nouvellement créé, caracole dans les sondages, de l'institut ComRes notamment.

Encore plus inquiétant pour les Tories au pouvoir, ce nouveau parti les dépasse dans un sondage portant sur les intentions de vote en cas d'élections législatives anticipées. Celles-ci pourraient être convoquées en cas de motion de défiance envers la Première ministre, Theresa May, dont l'autorité est contestée jusque dans son camp. Selon cette enquête, le parti du Brexit raflerait 49 sièges de députés, devenant le second parti politique britannique, derrière le Labour.

Dans le climat de mécontentement ambiant, ce parti pro-Brexit siphonne les voix des eurosceptiques, dénonçant les promesses "trahies" du gouvernement.

En cas de victoire aux élections européennes, Nigel Farage, 55 ans, compte peser sur les discussions entre Londres et Bruxelles, et "exiger que les députés européens du parti du Brexit intègrent l'équipe de négociation du gouvernement", a-t-il déclaré dimanche à la BBC.

Pour le professeur Matthew Goodwin, de l'université du Kent, ce parti "a le potentiel d'être beaucoup plus qu'un feu de paille".

"Il attire les votes de groupes spécifiques dans la société – principalement des conservateurs désillusionnés et des membres de la classe ouvrière – qui sont très en colère à propos de [la possibilité] d'un Brexit 'doux' ou de pas de Brexit du tout", a-t-il souligné auprès de l'AFP.

Si Nigel Farage a les faveurs des électeurs selon les sondages actuels, il lui faut encore transformer l'essai. Selon un sondage YouGov publié lundi, 63 % des Britanniques pensent que le Parti du Brexit "ne sera probablement pas un acteur de la scène politique britannique dans dix ans".

• Les partis pro-"Remain" divisés et à la peine

Face à l'indifférence des Tories, l'ambiguïté du Labour et l'hostilité anti-UE du parti du Brexit, trois partis adoptent des positions résolument pro-"Remain" : les Verts, les Lib-Dem (libéraux démocrates, centriste) et le néo-parti Change UK constitué de transfuge du parti travailliste et des conservateurs militant pour le maintien dans l'UE.

Mais, comme le souligne la BCC, les trois listes peinent à susciter l'enthousiasme des foules. "Franchement, nous ne recevons pas un accueil très chalereux", concède ainsi Vince Cable, le leader Lib-Dem.

À sa création, Change UK avait suscité un certain engouement, quelque 3 700 personnes avaient alors proposé de figurer sur ses listes aux élections européennes. Mais depuis, le nouveau parti s'est heurté à la réalité du terrain jusqu'à tomber à moins de 2 % des intentions de vote.

S'ils rassemblaient leurs forces, les libéraux-démocrates, les Verts et Change UK, qui défendent tous trois un second référendum sur la sortie de l'UE, auraient été capables d'apparaître comme un concurrent sérieux aux autres listes. Mais aucun des partis n'a semblé réellement vouloir s'entendre.

Dans le quotidien The Times, un ancien collaborateur de l'ex-Premier ministre Tony Blair devenu chroniqueur, Philip Collins, a fustigé l'attitude du nouveau parti, qui a selon lui placé l'orgueil" devant le "réalisme".

Former une alliance anti-Brexit "aurait validé les prétentions du parti à faire de la politique autrement", a regretté Philip Collins, soulignant que "les Britanniques disent régulièrement aux instituts de sondage qu'ils aimeraient que les partis laissent de côté leurs intérêts partisans".

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