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Au Soudan, reprise des négociations entre armée et contestataires pour le partage du pouvoir

Le porte-parole du Conseil militaire de transition, le général Chamseddine Kabbachi et l'un des leaders de la contestation, Madani Abbas Madani, durant une conférence de presse, le 20 mai 2019.
Le porte-parole du Conseil militaire de transition, le général Chamseddine Kabbachi et l'un des leaders de la contestation, Madani Abbas Madani, durant une conférence de presse, le 20 mai 2019. Ebrahim Hamid, AFP

Les négociations entre les militaires et les chefs de la contestation au Soudan sur la composition d'un futur Conseil souverain de transition, reprennent lundi, plus d'un mois après le renversement du président Omar el-Béchir par l'armée.

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Après une nuit de débats qui ont duré jusqu'au petit matin, dimanche 19 mai, les discussions entre les militaires et les chefs de la contestation devaient reprendre lundi soir au palais présidentiel.

Porte-parole du Conseil militaire de transition, le général Chamseddine Kabbachi prévoit une reprise des échanges vers 21 h, "avec l'espoir d'arriver à un accord définitif."

Limiter la présence de l'armée

"Nous ne sommes pas pressés pour une victoire cruciale", a indiqué à l'aube l'Association des professionnels soudanais (SPA), pilier du mouvement de protestation, sur Twitter. "Quelle que soit l'issue des négociations, il s'agit d'un pas en avant", a-t-elle assuré, ajoutant qu'elles portaient sur "l'autorité de transition".

Pour les leaders de la contestation, cette future institution clé devra être dirigée par un civil. Même volonté du côté de la communauté internationale, qui a lancé un appel à ce que les négociations entre l'armée et les chefs de la contestation débouchent sur une transition "vraiment dirigée par les civils".

Selon l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), véritable fer de lance du mouvement, la répartition des sièges du Conseil souverain et son futur chef seraient au cœur des discussions. Les généraux insistent pour y obtenir une majorité de sièges tandis que les leaders de la contestation veulent, eux, limiter la présence de l'armée et placer un des leurs à sa tête.

Démantèlement de barricades

Avant la suspension des négociations, mercredi 15 mai, militaires et protestataires s'étaient entendus sur plusieurs points, parmi lesquels la durée de la période de transition (trois ans) et la création d'un Parlement composé de 300 personnes, dont les deux tiers seraient issus de l'ALC.

Les négociations avaient été suspendues par le Conseil militaire dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhane, qui a pris le pouvoir suite à la destitution et l'arrestation du président Omar el-Béchir, le 11 avril dernier. L'armée réclamait la levée des barricades installées par des manifestants à Khartoum.

Constitués aujourd'hui en microsociété, des milliers de Soudanais campent devant le QG de l'armée à Khartoum depuis le 6 avril. Ils demandent le transfert du pouvoir à une administration civile. Vendredi, ils ont démantelé plusieurs barricades.

Si les discussions semblent aujourd'hui avancer, ces progrès ont toutefois été précédés d'une première poussée de violence au cours de laquelle six personnes (cinq manifestants et un militaire) ont été tuées lundi dernier.

Application de la loi islamique

Avant la reprise des négociations et pour la première fois depuis la destitution d'Omar el-Béchir, des centaines d'islamistes ont manifesté, samedi 18 mai, devant le palais présidentiel.

Ils ont rejeté toute future administration civile qui n'utiliserait pas la charia comme source de la législation.

La loi islamique est appliquée au Soudan depuis le coup d'État, en 1989, d'Omar el-Béchir, soutenu par les islamistes. Selon les défenseurs des droits humains, cela a entraîné des abus comme la flagellation de femmes pour "comportement indécent".

À la tête d'une coalition de vingt mouvements islamistes, Al-Tayeb Moustafa estime que "la principale raison de cette mobilisation réside dans le fait que l'ALC ignore l'application de la charia dans le cadre de l'accord" négocié avec les militaires.

L'ALC n'a pour le moment pas exprimé sa position sur la charia, la priorité étant pour elle d'instaurer une administration civile.

Au cours du rassemblement qui a eu lieu samedi, l'islamiste radical Mohamed al-Jazuli a averti l'armée, "si vous envisagez de transférer le pouvoir à une certaine faction (civile), alors nous considérerons cela comme un coup d'État" a-t-il prévenu.

Sur la question de la place de la religion dans les nouvelles institutions, Sadek al-Mahdi, ex-Premier ministre, chassé du pouvoir en 1989, et parmi les principaux leaders de l'opposition avait également fait entendre sa voix.

"L'islam fait partie de l'identité de la majorité des Soudanais. Ça a été une grande erreur, au sein des forces d'opposition, de parler de laïcité", avait déclaré celui dont le parti Oumma fait partie de l'ALC.

À la tête du Soudan pendant près de 30 ans, Omar el-Béchir a été destitué par l'armée à l'issue d'un mouvement de contestation inédit déclenché le 19 décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain dans un pays miné par une grave crise économique. Les manifestations se sont vite transformées en contestation du pouvoir.

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