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Européennes : la présence de Steve Bannon à Paris agace l'exécutif français

Steve Bannon, à Rome, le 25 mars 2019.
Steve Bannon, à Rome, le 25 mars 2019. Alberto Pizzoli, AFP

Emmanuel Macron et son Premier ministre Édouard Philippe ont dénoncé lundi l’influence de Steve Bannon sur les élections européennes. Le populiste américain ne cache pas sa volonté de voir les partis nationalistes triompher le 26 mai.

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Dans un entretien accordé à la presse régionale, Emmanuel Macron a dénoncé lundi 20 mai "une connivence entre les nationalistes et des intérêts étrangers" pour démanteler l'Europe. Dans son viseur : le populiste américain et ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon.

En meeting à Vesoul le même jour, Édouard Philippe, a également sonné la charge contre l’ancien directeur éditorial du site d’extrême droite Breitbart News. Le Premier ministre a averti que les louanges de ce dernier sur Marine Le Pen et le Rassemblement national (RN) visent à influencer le scrutin européen et manifester "l’intérêt" de Donald Trump à affaiblir ou diviser l’Europe.

>> À voir : Européennes : Steve Bannon est-il un soutien du RN ?

"Monsieur Bannon vient en Europe, en France, pour dire combien, au fond, il y a un intérêt pour lui et pour le président Trump à ce qu'on change le périmètre européen ou les valeurs, qui ont permis la construction de l'Europe", a-t-il fait valoir.

"De toutes les élections du week-end prochain, c’est en France, la plus importante"

Installé au Bristol, luxueux hôtel parisien, Steve Bannon avait expliqué le 18 mai au Parisien être venu à Paris "parce que de toutes les élections qui auront lieu le week-end prochain en Europe, y compris au Royaume-Uni […], c’est de loin, ici, en France, la plus importante".

L’ex-conseiller de Donald Trump ne cache pas son soutien au parti de Marine Le Pen, même s’il affirme ne pas l’avoir financé. "Elle a remonté le parti. Elle sera une candidate incroyable si c’est son choix à la présidentielle. Si Macron ne gagne pas le 26 mai prochain, la politique française sera réinitialisée. La course pour la présidence commencera le lendemain des européennes !", croit-il savoir.

Mais, à quelques jours du scrutin européen Steve Bannon est-il véritablement un soutien pour le RN ? Rien n’est moins sûr car les adversaires du parti d’extrême droite – La République en marche (LREM) en tête – ont trouvé dans les prises de position du populiste américain, un angle d’attaque.

"Tranquillement Steve Bannon pose ses valises à Paris dans sa suite du Bristol à 2 500 euros la nuit pour faire gagner Le Pen ! C'est une atteinte à la souveraineté de l'élection dans la ligne droite de la stratégie des nationalistes... à vomir", a affirmé sur Twitter le directeur de campagne de LREM, Stéphane Séjourné, après la publication de l’interview du Parisien.

"La nouvelle internationale de l'extrême droite [...] est en train de se concrétiser pour détruire l'Union européenne, et aujourd'hui le Front national (RN, NDLR), c'est l'idiot utile de ce projet politique, c'est le cheval de Troie de Trump et de Poutine", a résumé, de son côté, dimanche Pascal Canfin, numéro deux de la liste LREM.

La semaine dernière, plusieurs députés et sénateurs de différents bords, y compris LREM, avaient réclamé une commission d'enquête sur les liens entre le RN et Steve Bannon après la diffusion d'un reportage d'Envoyé spécial, sur France 2, dans lequel on voit les dirigeants RN Louis Aliot – par ailleurs compagnon de Marine Le Pen – et Jérôme Rivière proposer à Steve Bannon d'assister à des réunions entre Marine Le Pen et des hauts fonctionnaires français.

Un observateur qui "s'intéresse beaucoup aux élections européennes"

Sentant sans doute que la présence du populiste américain à ses côtés devenait gênante pour sa campagne, Marine Le Pen a assuré lundi que la présence de Steve Bannon à Paris n’avait rien à voir avec la campagne des européennes. "Il est à Paris pour des affaires puisqu'il est en train de vendre une de ses sociétés à une grande banque française", a assuré la présidente du parti d’extrême droite.

De son côté, l’ex-stratège de Donald Trump a affirmé n’être à Paris qu’"en tant qu’observateur" qui "s'intéresse beaucoup aux élections européennes" de dimanche.

"[Marine Le Pen] n'a pas besoin de mon aide pour gagner. Je suis son ami, son collègue peut-être, mais elle gagnera cette élection elle-même et ce sera l'un des plus grands retours de l'histoire politique de son pays", a-t-il déclaré sur RMC et BFMTV.

Pourtant, dès 2017, Steve Bannon avait lancé à Bruxelles une fondation nommée The Movement, qui avait pour projet d'organiser les partis populistes en vue des élections européennes.

Concurrencer Georges Soros

En juillet 2018, le lobbyiste américain est reparti à l’attaque, avec la ferme intention de "concurrencer l’influence de l’Open society de Georges Soros" en Occident, avait-il expliqué au Daily Beast.

Selon lui, The Movement avait pour vocation d'offrir des conseils en matière de stratégie, de sondages, d'activation de réseaux et de récolte de données aux partis d'extrême droite du Vieux Continent.

>> À lire : Steve Bannon, futur grand ordonnateur des partis d’extrême droite européens ?

C’est dans cet objectif que Steve Bannon s’est rapproché de Marine Le Pen, de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, mais aussi de l’italien Matteo Salvini et du Hongrois Viktor Orban.

Mais pour Paul Jackson, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Northampton et spécialiste de l'extrême droite britannique et européenne, la capacité de l'ancien patron de Breitbart à unir les extrêmes droites du Vieux Continent n’a rien d’évidente. "Son approche très américaine des problèmes ne lui garantit pas d'être adopté par des groupes européens qui défendent leur indépendance et le respect de l'identité nationale."

Angelos Chrysogelos, un expert du programme européen du think tank de Chatham House, avance, lui, que Bannon sous-estime également la diversité de points de vue en matière d'économie. "Beaucoup des thèmes du trumpisme - bannonisme s'adaptent difficilement en Europe", a-t-il expliqué à France 24 en août 2018. "Par exemple, son obsession pour le commerce et le dumping économique de la Chine peuvent entrer en résonnance avec l'opinion publique en France et plus globalement en Europe de l'Ouest. Cependant, il sera difficilement compréhensible à l'Est, où les investissements chinois sont les bienvenus."

Menace réelle ou simple perturbateur, Steve Bannon s’est en tout cas imposé dans la campagne de LREM. Emmanuel Macron est allé jusqu’à avancer mardi un "risque existentiel" de dislocation de l'Europe.

Avec AFP

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