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Européennes : les scandales de pédophilie dans l'Église, clé du scrutin en Pologne

Un documentaire sur la pédophilie dans l'Église a provoqué un tollé en Pologne, en pleine campagne pour les élections européennes.
Un documentaire sur la pédophilie dans l'Église a provoqué un tollé en Pologne, en pleine campagne pour les élections européennes. Wojtek Radwanski, AFP

La déflagration provoquée en Pologne par la publication d'un documentaire sur la pédophilie dans l'Église catholique cristallise le débat à l'approche des élections au Parlement européen dimanche. Le parti conservateur en ressort fragilisé.

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Le scrutin qui s’ouvre dimanche 26 mai en Pologne est exceptionnel. Si l’enjeu reste les 52 sièges de députés au Parlement européen réservés aux Polonais, les lignes de clivage entre les différents partis sont tout autres : les conservateurs de Droit et justice (PiS) au pouvoir et la Coalition européenne de plusieurs partis d'opposition s’écharpent sur les sujets de société et notamment la place des valeurs catholiques dans la société polonaise.

"Le chef de file des conservateurs, Jaroslaw Kaczynski, l'a annoncé, ces européennes constituent pour le PiS le premier tour des législatives de novembre", rappelle Valentin Behr, chercheur en science politique au Cevipol (Centre d'études de la vie politique) à l'Université libre de Bruxelles, interrogé par France 24. "La campagne tourne autour des questions polonaises et culturelles : immigration, droits des femmes et des homosexuels, religion…"

Un documentaire explosif

Sur ce dernier sujet, le documentaire "Ne le dis à personne" des frères Tomasz et Marek Sekielski, posté le 11 mai sur YouTube, a fait figure de détonateur. D’une durée de deux heures, il comporte des séquences tournées en caméra cachée où des victimes, à présent adultes, confrontent des prêtres âgés aux abus qu'ils leur ont fait subir des dizaines d'années plus tôt. Certains de ces prêtres admettent les faits et présentent leurs excuses pour leurs agissements passés. Le documentaire explique que des prêtres polonais accusés de pédophilie, ou même condamnés, ont été transférés de leur paroisse vers une autre et ont pu continuer à exercer et à travailler avec des enfants.

Pour le PiS, il y a danger alors que le parti est dans une relation quasi symbiotique avec l'Église catholique et sa vision conservatrice en matière de société.

>> À lire aussi : "Les allocations familiales, la recette du populisme à la polonaise"

"Cette affaire risque de faire pencher la balance du côté de l'opposition", estime le politologue de l'Académie polonaise des sciences Stanislaw Mocek, interrogé par l’AFP. Aux élections européennes, le mouvement des voix de 1 ou 2 points sous l'effet du tollé provoqué par le doicumentaire peut s'avérer décisif, analyse l'universitaire.

Le parti conservateur a immédiatement réagi. Son chef Jaroslaw Kaczynski a annoncé le 19 mai un durcissement considérable des condamnations pour pédophilie. Les nouvelles dispositions prévoient des peines allant jusqu'à 30 ans d'emprisonnement ainsi que la prison à perpétuité pour les pédophiles les plus dangereux. La nouvelle législation supprime aussi la prescription pour les cas de pédophilie les plus graves.

Un progressisme "importé" menaçant "l'identité polonaise"

Les positions conservatrices sur les sujets de société constituent le fonds de commerce du PiS. L'intervention de Jaroslaw Kaczynski lors d'une conférence intitulée "Être Polonais - l'honneur et le devoir" organisée par l'Action catholique fin avril résume la ligne du parti.

Le leader du PiS y identifie une série de phénomènes qui, selon lui, menacent la Pologne, dont "une attaque contre la famille et les enfants, leur sexualisation, et des recommandations de l'OMS (qui, selon les conservateurs, appellent à la sexualisation des enfants en bas âge), le mouvement LGBT et la théorie du genre".

"Ces idéologies, ces philosophies, tout cela est importé, ce ne sont pas des mécanismes internes polonais. Ils créent la menace pour l'identité polonaise, pour notre nation, pour son existence, et donc pour l'État polonais", a déclaré Jaroslaw Kaczynski lors d'un discours de près d'une heure où il vise clairement l'influence occidentale sur l'ancien pays du bloc soviétique.

Un discours qui pousse les partis d'extrême droite à radicaliser encore leur position, relève le Guardian. Lundi 20 mai, Kaja Godek, figure de la lutte anti-avortement et candidat pour l'extrême droite aux européennes, a ainsi déclaré que les homosexuels souhaitaient être autorisés à adopter "pour battre les enfants et les violer".

“Pour lutter contre la pédophilie dans l'Église et partout, nous devons à tout prix limiter l'influence du lobby homosexuel (sic)", a-t-il notamment déclaré.

Wiosna et son discours sur la séparation de l'Église et de l'État

Face au PiS et à l'extrême droite se présentent plusieurs adversaires : la Coalition européenne, une alliance de partis d'opposition et, à leur gauche, le nouveau parti Wiosna ("Printemps") qui fait figure d'outsider.

"Wiosna a un positionnement résolument à gauche, notamment sur les questions environnementales et sociétales", explique Valentin Behr. Le parti multiplie les propositions radicales pour la Pologne : l’avortement jusqu’à 12 semaines de grossesse, mariage pour tous, remboursement de la fécondation in vitro (supprimé récemment par les conservateurs) et droit d’adoption pour les couples de personnes de même sexe. Son chef de file, Robert Biedron détonne. Il est le premier homme politique polonais à être ouvertement homosexuel.

"Il se présente comme un anticléricaliste assumé", explique Valentin Behr. "Il réclame ouvertement la séparation totale de l'Église et de l'État. Une position qui peut lui rapporter des voix au regard du scandale de pédophilie."

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