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REPORTAGE

Européennes : le Rassemblement national mise sur le vote sanction pour prendre sa revanche

Marine Le Pen, le 24 mai 2019, en meeting à Hénin-Beaumont avec Jordan Bardella et Steeve Briois.
Marine Le Pen, le 24 mai 2019, en meeting à Hénin-Beaumont avec Jordan Bardella et Steeve Briois. Philippe Huguen, AFP

En appelant les électeurs à sanctionner Emmanuel Macron lors des élections européennes de dimanche, le Rassemblement national espère prendre sa revanche sur 2017 et prouver que ses choix stratégiques lui ont permis de se relever.

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Le Rassemblement national ne pouvait choisir de meilleur lieu pour conclure une campagne dans laquelle il n’a cessé de dénoncer "une mondialisation devenue folle". À Hénin-Beaumont, ville de la banlieue de Lens contrôlée par le RN depuis 2014 et symbole de la crise économique causée par la mondialisation, Jordan Bardella et Marine Le Pen ont appelé les électeurs, vendredi 24 mai, à sanctionner le président Emmanuel Macron.

"Les Français peuvent fermer la parenthèse de deux ans d’échecs et d’insultes, a lancé la tête de liste du RN, Jordan Bardella. Le 26 mai, on va voter pour stopper Macron. Nous allons voter non seulement contre l’Europe de Macron, mais aussi contre la politique de Macron et pour l’Europe des nations."

Le face-à-face entre République en marche et Rassemblement national était attendu et voulu aussi bien par le chef de l’État que par Marine Le Pen. Ces deux partis ont répété tout au long de la campagne que l’enjeu du scrutin européen était de trancher entre "progressistes" pro-européens d’un côté et "nationalistes" opposés à la construction européenne de l’autre. Quand La République en marche se posait en "rempart contre les extrêmes", le Rassemblement national tentait quant à lui de s’imposer comme l’unique vote sanction possible contre Emmanuel Macron.

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"Du vote de dimanche dépend tout le reste du quinquennat, a estimé Marine Le Pen devant les quelque 700 personnes présentes pour ce dernier meeting de campagne. Emmanuel Macron a clairement fait de cette élection un référendum pour ou contre son action, pour ou contre sa personne. Ou Emmanuel Macron arrive en tête et considérera ce vote comme un plébiscite (…) ou alors Jordan (Bardella) arrivera en tête et vous aurez désavoué Macron."

Pour Bernard, 61 ans et Gilet jaune revendiqué, il est "important d’envoyer un message" au président de la République. "On nous avait promis le déluge et le massacre avec Marine (Le Pen présidente) et on voit bien qu’avec le sieur Macron, c’est ce qu’il se passe actuellement, estime-t-il au micro de France 24. Pour dix manifestants Gilets jaunes qui distribuent des tracts devant un magasin, on envoie soixante flics. Macron, c’est la dictature ! Il fait tout pour les riches et rien pour les gens comme moi qui ont une petite retraite."

Jordan Bardella, symbole du rajeunissement du RN

En attendant de savoir si le message est effectivement envoyé dans les urnes dimanche, le Rassemblement national a au moins démontré durant cette campagne qu’il était toujours en vie. Durement fragilisé après la présidentielle de 2017 et le catastrophique débat d’entre-deux-tours de Marine Le Pen face à Emmanuel Macron, le parti d’extrême droite a pris le temps de se relever et de préparer sa campagne des européennes.

Constatant que le sujet effrayait les électeurs, un virage stratégique a d’abord été opéré concernant la sortie de l’Union européenne et de l’euro, provoquant le départ de l’ancien numéro 2 du parti, Florian Philippot. Désormais, le Rassemblement national promet de changer l’UE de l’intérieur en la contraignant à modifier ses traités.

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Le RN s’est également offert un ravalement de façade en abandonnant dans un premier temps le nom historique du Front national, puis en choisissant Jordan Bardella comme tête de liste pour les élections européennes. À seulement 23 ans, ce nouveau visage de la vie politique française incarne le rajeunissement d’un parti toujours orphelin du départ de Marion Maréchal il y a deux ans.

"À son âge, c’est étonnant ce qu’il a fait !", s’enthousiasme Julie, 30 ans, interrogée par France 24. "À chaque fois qu’il y a eu du sang neuf au Front national, on a fait des pourcentages en plus, donc cette fois-ci ça passera certainement."

Si Jordan Bardella a réjoui l’ensemble des militants, surpris par autant d’aplomb et d’assurance, on se félicite aussi en interne de la campagne de terrain menée ces derniers mois. En plus des meetings avec ses têtes d’affiche, le Rassemblement national a organisé de nombreuses réunions locales sur l’ensemble du territoire qui ont permis, semaine après semaine, de marteler son message.

"Une dynamique incontestable"

"Il y a une dynamique incontestable du Rassemblement national, depuis le début de la campagne où il était à 19-19,5 % des intentions de vote jusqu’à aujourd’hui où il est plutôt dans la zone des 24 % d’intentions de vote, voire un peu plus", a analysé vendredi matin Brice Teinturier, directeur de l’institut de sondage Ipsos, sur France 2.

"On a vu que de nombreuses personnes en colère se tournaient logiquement vers nous et que, dans cette optique, le changement de nom les a aidés à franchir le pas. Alors qu’ils n’auraient pas forcément osé nous rejoindre à l’époque du Front national, là ils ont cessé d’hésiter", juge une élue locale d’Hénin-Beaumont, au micro de France 24.

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Pour autant, le message n’a pas changé. Hormis les questions de la sortie de l’UE et de l’euro, le Rassemblement national dénonce toujours la mondialisation, l’immigration, l’insécurité, le terrorisme et souhaite notamment mettre en place des mesures protectionnistes, la fermeture des frontières et restituer la primauté du droit national sur toutes les décisions de l’UE.

Autant de mesures qui font miroiter à un certain nombre d’électeurs qui s’estiment victimes de la mondialisation un avenir meilleur. "Il y a quand même globalement une montée des mouvements nationaux dans le monde avec des gens qui prennent conscience des politiques qui n’ont pas été à la hauteur et qui s’interrogent sur les crises successives", explique Michelle, 48 ans, interrogée par France 24.

Le Rassemblement national entend capitaliser sur ces inquiétudes. Lors d’une conférence de presse organisée quelques heures avant le meeting, vendredi après-midi, Marine Le Pen a appelé les électeurs de Debout la France, des Républicains et même de la France insoumise à "voter utile", soulignant que la liste RN était "le seul bulletin de vote capable de faire échec à la liste de Macron".

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