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Comment Theresa May a creusé sa tombe politique

La démission de Theresa May était attendue au regard des difficultés politiques que la Première ministre a rencontré ces derniers mois.
La démission de Theresa May était attendue au regard des difficultés politiques que la Première ministre a rencontré ces derniers mois. Yves Herman, Reuters (archives)

Après un nouveau revers pour sauver son accord sur le Brexit au Parlement, la Première ministre britannique a finalement démissionné vendredi. Une fin de parcours qu'elle a précipitée à force d’erreurs, explique une politologue.

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Elle a fini par déclarer forfait. Au lendemain du vote des Britanniques pour les européennes, la Première ministre Theresa May a annoncé vendredi 24 mai qu'elle quittait le 10 Downing street, un départ qui sera effectif au 7 juin.

La cheffe du gouvernement a vécu une semaine difficile de plus, après des mois de pressions politiques de tous bords pour qu’elle prenne la porte. Theresa May a en effet proposé lundi un "nouvel" accord sur la sortie de l’Union européenne (UE) qui semblait avoir été concocté pour faire plaisir à tout le monde. Elle avait fait des promesses sociales, offert la possibilité de convoquer un nouveau référendum et proposé une option pour instaurer une phase transitoire durant laquelle le Royaume-Uni resterait dans une union douanière avec l’UE. Mais ses efforts n’ont servi qu’à cimenter le front du refus au Parlement.

"Pire Première ministre en cent ans" ?

"Ces concessions de dernière minute ont vraiment été perçues par les députés comme le signe d’une Première ministre désespérée qui n’avait plus de stratégie", explique Louise Thompson, politologue à l’université de Manchester, contactée par France 24. Ce "nouvel" accord s’est donc révélé être un faux pas politique. Un de plus.

Theresa May aurait, en effet, creusé sa propre tombe politique, une erreur après l’autre. "Certains conservateurs la décrivent dorénavant comme la pire Première ministre de ces cent dernières années", raconte Andrew Rawnsley, l'un des principaux éditorialistes politiques du Guardian. "C’est peut-être un peu dur, surtout au regard du défi immense que représente le Brexit, mais il faut reconnaître qu’elle s’est souvent trompée", ajoute Louise Thompson.

Pour la politologue, le péché originel de la Première ministre a été d’avoir attendu trop longtemps pour faire avancer le débat sur le Brexit. "Après avoir déclenché l’article 50 [qui débute le processus de sortie de l’UE, NDLR] en mars 2017, elle n’a fourni aucune information aux députés sur son plan de sortie de l’UE pendant des mois, faisant comme si de rien n’était, frustrant ainsi le Parlement", rappelle Louise Thompson.

Mais ce n’était pas, comme certains médias britanniques ont pu l’affirmer, le signe que Theresa May fonçait droit dans le mur du Brexit sans stratégie. "Son but était de dévoiler son plan le plus tard possible, en misant sur le fait que les députés, pressés par le temps, préféreraient voter pour sa proposition plutôt que de risquer une sortie sans accord ['hard Brexit', NDLR]", analyse la politologue britannique.

Faire plaisir aux acharnés du Brexit

La Première ministre avait identifié les partisans les plus acharnés du Brexit – les Boris Johnson, Jacob Rees-Mogg ou Dominic Raab – comme les seuls à même de faire capoter son grand dessein. Ils étaient capables de lui tenir tête quitte à plonger le Royaume-Uni dans le "hard Brexit". C’est pour cette raison qu’elle a surtout courtisé l’aile droite de son camp. C’était sa deuxième grande erreur : "en ignorant les 48 % qui ont voté contre le Brexit lors du référendum de 2016, et en ne négociant ni avec les conservateurs modérés ni avec les travaillistes, elle a raté l’occasion de faire émerger des alternatives à son plan qui auraient pu obtenir une majorité au Parlement", explique Louise Thompson.

Pour avoir un Parlement au pas, il lui fallait aussi une majorité confortable. D’où la décision d’organiser des élections générales anticipées en juin 2017. Theresa May, qui était alors populaire au sein de l’opinion publique et dont l’autorité sur le Parti conservateur n’était pas contestée, pensait que ce vote serait une promenade de santé. Elle n’a quasiment pas fait campagne. Une analyse erronée de la situation puisqu’au lendemain du scrutin, les conservateurs avaient perdu des sièges, la laissant sans majorité. "Elle n’avait pas compris à quel point les électeurs en voulaient au Parti conservateur d’avoir organisé un référendum qui a profondément divisé la société britannique", rappelle Louise Thompson.

La déroute électorale de Theresa May suggérait déjà les limites de sa stratégie. Mais le vrai révélateur de son échec "a été le deuxième vote au Parlement sur son accord de retrait le 12 mars 2019", assure Louise Thompson. Pour elle, le premier rejet en janvier, bien qu’historique de par son ampleur, n’était pas si surprenant car les députés, frustrés d’avoir été mis aussi longtemps sur la touche, ont voulu manifester à la fois leur désaccord avec le texte et avec la méthode. Mais lorsqu’ils ont réaffirmé leur opposition à l’accord deux mois plus tard, il devenait évident que Theresa May avait perdu son pari initial. Les députés n’allaient pas céder pour éviter un Brexit dur.

"Theresa May n’avait alors plus le temps de négocier avec les députés une proposition alternative à son accord", résume Louise Thompson. Et depuis ce deuxième rejet, la Première ministre n’a fait que s’entêter, faute de mieux, perdant un peu plus de crédibilité à chaque nouvel échec. Elle quitte donc la scène politique par la petite porte. Mais au moins, elle a trouvé la sortie… contrairement au Royaume-Uni, qui cherche toujours comment faire pour sortir de l’UE.

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