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Cannes 2019 : "Parasite", détonante Palme d'or d'un palmarès politique

Le Sud-Coréen Bong Joon-ho, lauréat de la Palme d'or 2019.
Le Sud-Coréen Bong Joon-ho, lauréat de la Palme d'or 2019. AFP

Percutante farce sociale tendance "lutte des classes", "Parasite", du Sud-Coréen Bong Joon-ho, a reçu la distinction suprême d'un palmarès à forte teneur politique. Le prix d'interprétation masculine est revenu à Antonio Banderas.

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Le 72e festival de Cannes promettait d'être romantique et politique, c'est un palmarès plus politique que romantique que le jury présidé par Alejandro Gonzalez Iñarritu a dévoilé, samedi 25 mai. En décernant, "à l'unanimité", la Palme d'or 2019 à "Parasite" de Bong Joon-ho, les neuf jurés ont récompensé un film fou, une incroyable farce sociale tendance "lutte des classes" sur une famille des bas-fonds s'immisçant dans le quotidien d'une famille des beaux quartiers de Séoul. Comme une version sauvage et azimutée d'"Une affaire de famille", la Palme de l'an passé.

Après avoir rendu hommage au cinéma français, et plus particulièrement aux réalisateurs Henri-Georges Clouzot et Claude Chabrol, le primé s'est dit étonné de "pouvoir toucher de [s]es propres mains la Palme d'or". Son sacre n'est pourtant pas une grande surprise : depuis sa projection il y a quatre jours, "Parasite" faisait figure de favori pour la presse internationale. Belle revanche, en tous cas, pour Bong Joon-ho, dont la venue à Cannes, il y a deux ans, avec un film produit par "Netflix" avait suscité une vive polémique.

"Le meilleur est à venir" pour Antonio Banderas

Autre grand chouchou de la critique, le très beau récit autobiographique de Pedro Almodovar, "Douleur et gloire", repart avec un prix d'interprétation mérité pour son acteur principal, Antonio Banderas. L'acteur y est effectivement sublime, émouvant, magnifique. Gageons que cette distinction lui donne l'opportunité de renouer avec un grand rôle. "Le meilleur est à venir", a-t-il promis à la tribune avant de dédicacer son prix à Pedro Almodovar, son "mentor".

Plus surprenant, comme venu de nulle part, le prix d'interprétation féminine a, lui, été remis à la Britannique Emily Beecham pour son rôle de phytogénéticienne dans le décevant conte fantastique "Little Joe" de Jessica Hausner. On aurait pu s'attendre à Virginie Efira ("Sibyl") ou au beau duo formé par Adèle Haenel et Noémie Merlant dans "Portrait d'une jeune fille en feu", mais le jury en a décidé autrement.

Ce que les festivaliers n'avaient également pas vu venir, c'est l'attribution du Grand Prix, sorte de médaille d'argent de la compétition, à "Atlantique", premier film de la Franco-Sénégalaise Mati Diop. Distinction aux accents politiques là aussi pour ce film qui raconte l'immigration de la jeunesse dakaroise du point de vue de ceux, ou plutôt celles, qui restent. Loin d'être parfait, ce conte moderne témoigne d'une certaine ambition esthétique de la part de son auteure, qui ne pouvait rêver meilleur encouragement à poursuivre dans cette voie du politique et de l'étrange. C'est en tous cas la première fois qu'une réalisatrice africaine est distinguée à Cannes.

Tranchant

Politique aussi est le double Prix du jury accordé au film choc "Les Misérables" du Français Ladj Ly et au western futuriste "Bacurau" des Brésiliens Juliano Dorneles et Kleber Mendonça Filho. L'un comme l'autre sont des films dressant un accablant état des lieux de leur pays. Le premier est une chronique abrupte des violences policières dans les quartiers sensibles de la miséreuse Seine-Saint-Denis, le second une forte dénonciation de l'incurie d'un État brésilien plus soucieux des intérêts privés que collectifs. Tranchant.

Film le plus romantique du palmarès, "Portrait de la jeune fille en feu" reçoit le prix du scénario. Sensuelle romance entre une peintre et son modèle, le long métrage de la Française Céline Sciamma aurait pu partir avec une plus prestigieuse récompense. Tant pis.

On comprend moins bien que le prix de la mise en scène soit revenu aux Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne (déjà deux fois palmés) pour "Le Jeune Ahmed". Quentin Tarantino ("Once Upon a Time… in Hollywood") et le Chinois Diao Yinan ("Le Lac aux oies sauvages"), qui font œuvre de pur cinéma, auraient fait des lauréats plus convaincants.

Mais on le sait, il n'y a pas de prix pour tout le monde. Le jury a toutefois trouvé une petite parade en offrant une mention spéciale au Palestinien Elia Suleiman, réalisateur de "It Must Be Heaven", chronique burlesque d'un exil. Politique, définitivement politique.

 

Le palmarès complet du 72e festival de Cannes :

Palme d'or : "Parasite" de Bong Joon-ho

Grand Prix : "Atlantique" de Mati Diop

Prix d'interprétation masculine : Antonio Banderas dans "Douleur et gloire"

Prix d'interprétation féminine : Emily Beecham dans "Little Joe"

Prix du jury : "Les Misérables" de Ladj Ly et "Bacurau" de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

Prix de la mise en scène : "Le Jeune Ahmed" de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Prix du scénario : "Portrait de la jeune fille en feu" de Céline Sciamma

Mention spéciale du jury : "It Must Be Heaven" d'Elia Suleiman

Caméra d'or : "Nuestras madres" de Cesar Diaz

Palme d'or du court métrage : "La distance entre le ciel et nous" de Vasilis Kekatos

Mention spéciale du court métrage : "Monstruo Dios" d'Agustina San Martín

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