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Analyse

En France, LREM et le RN au coude-à-coude

Marine Le Pen, dimanche 26 mai 2019, après la victoire du Rassemblement national aux élections européennes.
Marine Le Pen, dimanche 26 mai 2019, après la victoire du Rassemblement national aux élections européennes. Bertrand Guay, AFP

Le chef de l’État, qui s’était personnellement impliqué dans la campagne européenne, subit un revers majeur dans le duel qu’il a choisi d’installer face au Rassemblement national. Pour Marine Le Pen, cette victoire a un goût de revanche sur 2017.

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Emmanuel Macron aura tout tenté pour sauver la liste de La République en marche (LREM) aux élections européennes. Alors que les sondages annonçaient ces derniers jours une victoire du Rassemblement national (RN), le chef de l’État a donné une interview surprise sur YouTube, vendredi, dans les dernières heures de la campagne officielle, pour tenter de convaincre les plus jeunes d’aller voter. Peine perdue. C’est bien le parti de Marine Le Pen qui est arrivé en tête au soir du dimanche 26 mai, infligeant au président de la République une défaite.

Si l’écart qui sépare le RN (23,3 %) et LREM (22,1 %) n’est pas abyssal, c’est la victoire du RN qui marque les esprits, notamment car Emmanuel Macron avait lui-même installé ce duel entre "progressistes" et "nationalistes".

Tout au long de la campagne, sa tête de liste Nathalie Loiseau, son Premier ministre Édouard Philippe, les membres de son gouvernement, le chef de son parti Stanislas Guérini et lui-même n’ont cessé d’appeler les électeurs à faire barrage aux extrêmes. Injonction était faite aux électeurs favorables à la construction européenne de voter pour la liste Renaissance, du titre de la lettre d’Emmanuel Macron adressée aux Européens le 4 mars.

>> À lire : "Nathalie Loiseau à Caen, un premier grand meeting en guise d'électrochoc"

Grâce à cette stratégie, qui avait pour conséquence d’occulter les autres enjeux de ces élections européennes, le président de la République espérait, comme en 2017, arriver en tête de ce scrutin européen pour que celui-ci se transforme en plébiscite. Six mois après le début de la crise des Gilets jaunes et un mois après ses annonces post-grand débat national, un succès lui aurait permis de reprendre le fil de ses réformes en se prévalant d’une victoire récente au suffrage universel. Cette défaite change la donne. Alors que l’Élysée a fait savoir dès dimanche soir que le président comptait "intensifier l’acte 2 de son quinquennat" et qu’il n’y aurait "pas de changement de cap", il ne pourra compter sur le vote européen pour justifier le maintien de sa politique.

Exprimant sa "détermination à poursuivre le rassemblement des forces de progrès de notre pays, à préparer l'avenir de notre pays", le chef du gouvernement a, lui, prévenu qu'il serait "dès demain à pied d'œuvre pour poursuivre le projet du président et de la majorité", faisant taire les rumeurs sur son départ de Matignon et un remaniement imminent.

La liste RN "principal réceptacle de la colère et du vote anti-Macron"

Tout sourire, Marine Le Pen, qui a appelé Emmanuel Macron dimanche soir à "dissoudre l’Assemblée nationale", ne pouvait rêver meilleur scénario. "Le peuple français a infligé une sanction claire ainsi qu'une leçon d'humilité au président de la République", a déclaré sa tête de liste, Jordan Bardella, pour qui "c'est (Emmanuel Macron) et sa politique qui sont rejetés".

>> À lire : "Le Rassemblement national mise sur le vote sanction pour prendre sa revanche"

Le Rassemblement national a su cristalliser le vote anti-Macron en évitant l’éparpillement des voix. D’autres listes proposaient un message eurosceptique, mais il semble que le vote utile, auquel avaient appelé Marine Le Pen et Jordan Bardella le 24 mai, avant leur dernier meeting de campagne à Hénin-Beaumont, les ait asséchées. Nicolas Dupont-Aignan (3,6 %), François Asselineau (1,1 %) et Florian Philippot (0,5 %) n’ont ainsi obtenu que des miettes, tandis qu’une partie des électeurs potentiels de François-Xavier Bellamy (8,5 %) a sans doute opté pour un bulletin Bardella le jour du scrutin.

"La crise des Gilets jaunes et l'installation d'un match par Emmanuel Macron et par Marine Le Pen a contribué à installer la liste de Jordan Bardella comme principal réceptacle de la colère et du vote anti-Macron", analyse Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l'institut Ifop, interrogé par l’AFP.

Deux ans après son terrible débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle qui avait provoqué de nombreuses interrogations au sein même de son parti, Marine Le Pen est de nouveau debout. Elle peut affirmer en interne que ses choix stratégiques – abandon de la sortie de l’UE et de l’euro, changement de nom du parti – ont été validés par le résultat des européennes. Alors que La France insoumise a connu dans le même temps un échec important, dimanche, avec seulement 6,2 % des voix, le Rassemblement national peut de nouveau s’autoproclamer premier parti d’opposition. Pour Marine Le Pen, ces élections européennes "confirment le nouveau clivage nationaux-mondialistes" dans le paysage politique français.

Estimation des résultats aux élections européennes en France
France24

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