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Premier vote des détenus en prison : une "magnifique réussite" pour les associations

Un détenu choisit des bulletins de vote à la prison de Fleury-Mérogis, le 21 mai 2019.
Un détenu choisit des bulletins de vote à la prison de Fleury-Mérogis, le 21 mai 2019. Philippe Lopez, AFP

Les détenus français ont voté pour la première fois en prison, lors du scrutin européen de dimanche. Une initiative saluée par les associations comme l'administration pénitentiaire.

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Pour la première fois, les détenus de 165 des 188 prisons françaises ont pu voter aux élections européennes par correspondance. En tout, 4 413 personnes incarcérées (sur 5 184 admises au vote) ont glissé un bulletin dans l'urne entre le 20 et le 22 mai, soit une participation de 84,78 %. "Dire qu'on nous assurait à une époque que les détenus ne s'intéressaient pas à la politique !", ironise François Korber, délégué général de l'association d'aide aux détenus Robin des lois, contacté par France 24.

Concrètement, un isoloir a ainsi été installé dans chaque prison, permettant aux détenus de choisir leur bulletin de vote avant de le remettre au greffe de leur établissement. Puis, l'ensemble des voix ont été collectées dans une urne commune, avant le dépouillement au ministère de la Justice, à Paris.

Ce vote inédit a largement profité au Rassemblement National, avec 23,6 % des suffrages, devant la France insoumise (19,7 %) et LREM avec 9 %. Pas franchement une surprise pour François Korber, qui y voit "un vote ras-le-bol, contre le système". "J'ai vu beaucoup de détenus en manque de repères ou qui cherchent un cadre, ce qui n'est pas incompatible avec l'image que véhicule le Rassemblement national", analyse-t-il.

Un isoloir en prison

Au delà de ces résultats, l'association salue une "magnifique réussite" démocratique et une "participation inattendue", surtout pour "une élection qui ne mobilise pas". Seul regret soulevé par le délégué, les inscriptions manquées de "5 000 autres détenus volontaires" qui se sont manifestés trop tard.

Pour convaincre chacun de passer derrière l'isoloir, l'administration et les services pénitentiaires d'insertion et de probation (SPIP) ont redoublé d'efforts pour sensibiliser les détenus aux enjeux du scrutin. Affiches dans les couloirs, débats et ateliers se sont multipliés ces dernières semaines dans les prisons concernées. Un travail qui a visiblement payé. "Des familles ont rapporté des programmes aux détenus, certaines ont abordé les élections dans les parloirs", ajoute le délégué.

Autre victoire pour l'association, celle de voir simplement un isoloir en prison. "Une image très forte symboliquement", estime François Korber, qui avoue avoir même eu les larmes aux yeux à la vue de certaines photos.

Une promesse de campagne

Jusqu'à présent, les détenus pouvaient voter par procuration ou lors d'une permission de sortie. Mais ces dispositions qui nécessitent des démarches longues et complexes ne se sont jamais traduites par des taux de participation remarquables. À titre d'exemple, 809 détenus avaient pu faire une procuration pour voter et 200 s'étaient vu accorder une permission de sortir, lors de l'élection présidentielle de 2017.

Voulant faciliter le vote des personnes incarcérées, Emmanuel Macron avait alors fait de ce scrutin inédit, l'une de ses promesses de campagne. Pour rappel, depuis 1994, une condamnation à la prison ferme n'est plus synonyme de déchéance des droits civiques.

"Personne n'imagine un retour en arrière"

Si ce premier vote est une réussite pour les associations d'aide aux détenus comme pour l'administration pénitentiaire, reste à savoir quelles suites lui donner. "C'est un formidable détonateur pour le futur, mais les élections municipales de 2020 vont nous donner du fil à retordre", juge François Korber.

En effet, une élection à deux tours nécessite une logistique plus importante et des problèmes administratifs à résoudre. "Les détenus devront-ils être inscrits dans leur commune d'origine ? Ou dans celle de leur prison ? La question n'est pas encore tranchée", soupire le militant. L'hypothèse d'un vote électronique circule déjà. "Une chose est sûre à l'heure actuelle : personne n'imagine un retour en arrière", conclut le militant.

 

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