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Avec le centre droit occupé par Emmanuel Macron, quel avenir pour Les Républicains ?

Laurent Wauquiez, le 20 septembre 2018, à Divonne-les-Bains.
Laurent Wauquiez, le 20 septembre 2018, à Divonne-les-Bains. Jean-Pierre Clatot, AFP (archives)

Le résultat catastrophique de la liste de François-Xavier Bellamy aux européennes a plongé Les Républicains dans la crise. De nombreux élus estiment que Laurent Wauquiez est une partie du problème. Gérard Larcher entend, lui, rebâtir hors les murs.

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Laurent Wauquiez s'attendait à une semaine agitée. La réunion du bureau politique de son parti, lundi 27 mai au soir, et celle du groupe des députés Les Républicains, mardi matin, ne l'ont sans doute pas déçu. De nombreux élus lui ont en effet demandé, plus ou moins explicitement, de quitter la présidence du parti après le crash aux européennes de la liste conduite par François-Xavier Bellamy.

En n'obtenant seulement 8,48 % des voix, le parti de Laurent Wauquiez a réalisé le pire score électoral de son histoire au niveau national. Un résultat qui, pour de nombreux membres de LR, doit entraîner un changement de ligne politique. Car dans le cas contraire, "le risque, c'est la disparition", a prévenu le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau.

>> À voir : "Davet et Lhomme : 'À droite, une série de détestations a abouti à une scène de désolation'"

Conscient du danger et de la fronde qui se lève, Laurent Wauquiez a proposé lundi soir de tenir à partir de septembre des "états généraux" de la droite afin de "tout remettre à plat" : "Les valeurs, le projet, le fonctionnement et la stratégie d'alliance".

Mais beaucoup ne veulent pas attendre la rentrée pour que de nouvelles orientations soient prises et voient cette proposition comme une façon, pour le patron de LR, de gagner du temps. Parmi eux, le président du Sénat, Gérard Larcher, a annoncé mardi matin qu'il lancerait dès le mois de juin et hors du parti une "démarche au travers des territoires pour reconstruire un projet qui rassemble la droite et le centre".

"Je ne peux pas me résoudre à ce que Les Républicains n'incarnent qu'un segment qui aujourd'hui pèse 8 % – c'est la réalité –, un segment conservateur", a averti Gérard Larcher sur FranceInfo. "Je ne laisserai pas les familles politiques de la droite et du centre, mais plus avant les élus qui incarnent ces valeurs, à l'abandon, en déshérence, soumis au ballottement", a-t-il ajouté, citant notamment l'UDI et des personnalités comme le président de la région Normandie, Hervé Morin, ou le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand.

"L'avenir de la droite, ça ne peut pas être d'être contre l'IVG"

"Le problème, c'est que Laurent Wauquiez n'avait pas tellement le choix, juge Bruno Cautrès, politologue chercheur au Cevipof, contacté par France 24. À partir du moment où Emmanuel Macron va globalement dans une direction qui couvre une partie de l'électorat de droite en reprenant les thématiques de la compétitivité de l'économie française, de la valeur travail, de la méritocratie et de la baisse de la dépense publique, ça devient difficile pour LR de se démarquer."

De fait, depuis 2017, Laurent Wauquiez ne disposait plus tellement de cartes dans son jeu pour s'opposer à la politique d'un gouvernement dont le Premier ministre, le ministre de l'Économie et le ministre du Budget sont tous les trois issus de la droite : les valeurs traditionnelles, les questions sociétales, l'immigration, l'abandon des territoires ruraux et la baisse du pouvoir d'achat des retraités étant devenus les seuls angles d'attaque à sa disposition.

>> À lire : Avec Bellamy tête de liste LR aux européennes, Laurent Wauquiez s'accroche aux "cathos tradi"

Le scrutin européen a montré les limites électorales de cette ligne politique. Alors qu'une partie de l'électorat de droite avait déjà opté pour Emmanuel Macron en 2017, ce sont cette fois-ci 27 % des électeurs de François Fillon du premier tour de la dernière présidentielle, selon Ipsos, qui ont préféré voter La République en marche. La question, désormais, pour Les Républicains, est donc de savoir s'ils peuvent être en mesure de récupérer cet électorat.

Directeur de campagne de François-Xavier Bellamy, Geoffroy Didier a imploré la droite "d'abandonner son conservatisme sociétal". "L'avenir de la droite, ça ne peut pas être d'être contre l'IVG", a-t-il lancé sur France Inter dans une claire critique des positions conservatrices de la tête de liste LR, choisie pour cibler l'électorat de François Fillon.

"Il ne s'agit pas de demander des têtes au bout de piques, mais il faut un aggiornamento idéologique pour notre parti", a plaidé de son côté Guillaume Peltier, premier vice-président des Républicains, lors de la réunion du groupe LR à l'Assemblée nationale, selon des propos rapportés.

"Quel projet face à Macron ?"

"Le problème, c'est quel projet, quelle ligne et quelle personne pour venir se présenter face à Macron aujourd'hui ? Je ne vois pas bien quels ressorts idéologiques pourraient inciter l'électorat à revenir vers la droite", juge le politologue Bruno Cautrès.

La ligne souhaitée par Gérard Larcher ou par Valérie Pécresse, d'une droite "qui aime l'ordre", "laïque", "écologique" et "profondément sociale", selon la description faite par la présidente de la région Île-de-France lundi sur France 2, est en effet déjà occupée, aussi bien par La République en marche que par Agir.

Les cofondateurs de ce parti constitué d'ex-LR pro-Macron et présidé par le ministre de la Culture Franck Riester ont d'ailleurs, mardi après-midi, dans une tribune au Monde, appelé "solennellement les élus locaux de la droite et du centre droit qui veulent mettre l'intérêt de leur territoire avant tout à [les] rejoindre".

Une façon de mettre Les Républicains face au choix qui s'offre désormais à eux : rester dans une opposition franche sur une ligne conservatrice et identitaire en prenant le risque de disparaître, ou se recentrer et tenter un jeu d'alliance avec LREM en acceptant de n'être qu'un parti satellite de la majorité.

Sauf qu'aucun de ces deux choix n'est satisfaisant pour un parti qui aspire à reprendre le pouvoir en 2022. "La troisième voie consiste à attendre le bilan économique d'Emmanuel Macron, juge Bruno Cautrès. Si le chef de l'État échoue à réduire le chômage, les inégalités sociales, la pression fiscale et les déficits, la droite aura alors une chance de redevenir audible. Mais c'est un pari incertain qui demande en plus de la patience."

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