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Grève des urgences : "On ne peut pas soigner si les soignants ne vont pas bien"

Des soignants de l'AP-HP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris) en grève, le 15 avril 2019.
Des soignants de l'AP-HP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris) en grève, le 15 avril 2019. Kenzo Tribouillard, AFP (archives)

Au bord du gouffre, le personnel soignant poursuit sa grève dans toute la France. Les urgentistes ont appelé, mardi, à un débrayage symbolique de cinq minutes devant tous les hôpitaux.

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Débutée à Paris à la mi-mars, la grève des professionnels paramédicaux (infirmiers, brancardiers, aide-soignants…) ne cesse de s'étendre. De Strasbourg à Marseille, en passant par Lyon, elle concerne désormais 65 services dans toute la France, selon le collectif Inter-Urgences. Mardi 28 mai, les urgentistes ont appelé à un débrayage symbolique de cinq minutes devant tous les hôpitaux. Pour le personnel, le constat est le même : le manque d'effectifs contraint les soignants à aller toujours plus vite, quitte à expédier les patients. En parallèle, l'attente toujours plus longue dans les services entraîne parfois une colère chez ces derniers.

Une exaspération qui tourne parfois à l'agression, comme le rapporte Abdel Dougha, aide-soignant de nuit à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, interrogé par France 24. "Avec l'attente, certains patients deviennent agressifs. Parfois cela vire à l'agression physique, sans compter les crachats et les insultes. Alors qu'on n'y peut rien, nous !", s'emporte ce soignant de 45 ans. Une énième agression, survenue le 18 mars dernier dans le service d'accueil des urgences de l'hôpital Saint-Antoine a d'ailleurs marqué le départ de cette grève devenue nationale. "Ce fut la goutte d'eau qui a fait déborder le vase", estime Candice Lafarge, 33 ans, aide-soignante dans cet établissement.

"Allez voir un peu ce qui se passe dans les hôpitaux !"

Dans la foulée, le collectif Inter-Urgences s'est créé, rassemblant l'ensemble des soignants en grève de l'AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris). Leurs revendications ? L'arrêt des fermetures de lits, une hausse des rémunérations de 300 euros net et une augmentation des effectifs.

"On ne peut pas soigner si les soignants eux-mêmes ne vont pas bien. L'un ne va pas sans l'autre", résume pour France 24 Aura, aide-soignante depuis plus d'un an à l'hôpital Bichat, à Paris. "On manque de moyens humains, de moyens matériels, et de reconnaissance. Allez voir un peu ce qui se passe dans les hôpitaux ! Dans tous les services, la prise en charge des patients s'est abîmée", explique-t-elle.

21 millions de passages aux urgences

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon un rapport du ministère de la Santé datant de 2018, près de 21 millions de passages en urgenceont été recensés en 2016 dans les 719 structures publiques ou privées d'urgence. Un record qui témoigne d'une tendance de fond observée depuis 20 ans : à titre de comparaison, en 1996, le nombre de passages aux urgences s'établissait à 10,1 millions. Le nombre de soignants paramédicaux dans les hôpitaux publics n'a pourtant augmenté que de 5 %, entre 2012 et 2016.

Voulant apaiser les tensions, le directeur général de l'AP-HP, Martin Hirsch, avait annoncé le 18 avril un renforcement de "10 % des effectifs" ainsi qu'une prime dangerosité multipliée par dix. Celle-ci passerait ainsi de 5,76 euros à "environ 60 euros". Des mesures jugées insuffisantes par le personnel soignant.

Si la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a assuré lundi "entendre la fatigue et l'agacement" des urgentistes, elle admet toutefois qu'il n'y a "pas de solution miracle" tant qu'il "n'y a pas plus" de personnel formé. Mais un cercle vicieux semble s'être insidieusement installé : puisque le manque de moyens entraîne à la fois frustration et colère des patients comme des soignants, la profession pourrait avoir du mal à susciter des vocations.

"Donnez-nous les moyens d'être humains"

Cependant la ministre l'assure : "Il y aura dans les années qui viennent 400 urgentistes formés par an qui vont se déployer sur le territoire, donc cette période de tension devrait s'apaiser dans les années qui viennent". Une déclaration qui peine à convaincre les principaux intéressés.

Quelque 200 soignants des urgences hospitalières se sont rassemblés, samedi 25 mai, pour la première fois depuis le début de la grève. Pour chacun, l'enjeu consiste à structurer le mouvement pour faire front commun face au ministère de la Santé.

Des témoignages se sont succédés à la tribune avec banderoles et slogans ("Donnez-nous les moyens d'être humains") à la Bourse du travail. Le collectif, qui ne compte pas s'arrêter en chemin, appelle désormais à une mobilisation nationale devant le ministère de la Santé, le 6 juin prochain.

 

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